face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

01 décembre 2007

Caminando...

Malgré une semaine très difficile, je n'ai pas pu résister à l'appel du soleil.
La semaine fut très arrosée. Et demain, c'est avis de tempête sur la Bretagne.
Premier jour de décembre, matin de lumière, la vie reprend son souffle.

Bientôt, très bientôt, au coeur des jours les plus noirs de l'année, l'hiver arrivera.
Et avec lui, la lente remontée du jour. Minute après minute.
Kerzu. Décembre, l'apogée des mois noirs.
Cette année Mizdu portait mal son nom...
Novembre, "Du" en breton, a été exceptionnellement lumineux.
Même du fond de mon atelier crasseux j'ai bien vu la différence avec les années précédentes.
Mizdu veut dire "les mois noirs". C'est la période qui regroupe novembre (Du) et décembre (Kerzu).

Et ce n'est pas cette dernière semaine, au brouillard sale, au crachin hésitant, qui aura terni l'éclat de novembre.
Matins blancs de givre, automne flamboyant.
Demain sera jour de tempête, il va falloir payer.
Qu'importe...
Lundi, la lumière reviendra. Et heureux seront ceux qui la verront, au coeur même du déluge prévu.
Demain, je voudrais être loin d'ici, loin vers l'Ouest, pour une fois.
Quelque part du côté de Saint Matthieu, ultime bout de terre d'Europe, avant les Iles. Enez Eussa, mon premier amour breton, trop loin de moi...
Ou à Saint They.
çà  me reprend, faut que  j'y aille...

Un dremwel henvel n'ez eus ket. Evel ar C'hap n'eus Bro ebet. Enez Sun zo en hor c'hichen...
Hor Bro ar C'hap eo staon ar bed...

chanson trouvée ici.
composée par l'Abbé Kersaudy natif de Plogoff en 1871.

Ce matin, je suis allée courir pour saluer décembre.
Courir très lentement, et longtemps. 2 heures.
Départ de l'étang, une vingtaine de kilomètres.

Je n'ai pas fait de photos, à part 3 panneaux, pas envie, juste envie de courir.
Le départ se fait par le chemin de croix, quelques minutes qui me laissent étourdie, le coeur battant la chamade, à bout de souffle, nauséeuse.
Puis la pente se calme enfin.

DSCN2039

La nausée, elle, mettra très longtemps à me quitter.
Quand je travaille à 4h du mat, je suis très mal le samedi. Mais ce n'est pas tout.
Ce matin, une immense battue est organisée dans le coin. Les chiens hurlent, les hommes hurlent, j'ai la tête qui tourne...
La campagne brille, rien ne bouge. Quel contraste avec l'enfer sonore qui m'agresse. Je cours, envahie par une immense tristesse. Je pense au jeune chevreuil que j'avais surpris pas très loin, le mois dernier.
Je traverse la forêt où se déroule la battue, sans un regard pour les groupes d'hommes aux casquettes  oranges fluos. Un mot à l'ancien qui garde le chemin qui grimpe très fort vers le moulin.
Il me précise "vous ne risquez rien, on ne tire pas sans savoir ce qui arrive"...
Je ne pense même pas à moi, je pense à la vie, en général...

Roches Noires se découpe sur la lande. Le calme est revenu par là. Un peu plus bas, après la descente glissante, le dernier groupe de chasseurs. Je crois reconnaitre au loin la silhouette trapue d'un ouvrier qui bosse avec moi.
Une demi heure que je cours, je suis toujours aussi mal. La côte m'épuise.
Mais je sais qu'après, je serai enfin seule avec la forêt.
300m après les derniers chasseurs, je lève la plus grosse perdrix que je n'ai jamais vue. Sourire...

40 minutes...
Enfin le pic d'endorphine s'annonce. Je n'accélère pas. Je me contente d'être plus légère, plus aérienne, je me contente d'être heureuse.
Le minuscule étang au coeur de la forêt est dans l'ombre.
Je grimpe jusqu'au hameau, fait demi tour, salue les chèvres gwenn ha du, et attaque le retour, par un autre sentier. Le retour est plus long que l'aller, et je crains une certaine ligne droite de 3km, pleine de cailloux, exposée au vent.

En traversant la route, je regarde le chrono, presque une heure.
Et je souris.
Ce panneau, voilà plus d'un an qu'il me fait sourire. Enfin je me retrouve devant, avec le numérique.

DSCN2031

Dans mon coin de Bretagne, un panneau de ce genre est une curiosité. Ici tous les lieux dits sont écrits en français. Celui ci doit être une francisation fantaisiste d'un lieu dit breton, que je n'arrive pas à traduire.
Kad, c'est "combat". au pluriel, Kadou, et donc logiquement Kado en vannetais.
Mais je ne vois pas le rapport avec ce coin paisible!
Et Noé...
Certainement un dérivé de "Noë", tiré d'un mot gaulois signifiant prairie humide.

Mais ce panneau me fait rire, et il a aussi surpris les enfants, par ce que l'on peut bêtement y lire en français.
Minimoi a comme moi remarqué: il y manque un "l"...
Et oui, surtout en décembre, il manque un "l"...

Sur la gauche, avant la ferme, j'entre dans la forêt pour un kilomètre de pur bonheur. Le "l" manquant, il est ici. Ce sentier est un vrai Cado de Noël.

Je vais attaquer la partie que j'appréhendais depuis le début.
Malgré les pluies récentes, j'ai le pied droit qui me fait terriblement souffrir, échauffement aggravé.
Mais depuis que je suis sortie de la zone de chasse je me sens bien. J'ai commencé à allonger le pas et les kilomètres passent sans me fatiguer.
Je me retrouve logiquement face au vent dans l'interminable ligne droite, qui en réalité dure plus de 4km. Les cailloux font souffrir mon pied droit, alors que le gauche reste insensible.

J'attaque la longue montée avant de basculer vers l'étang, et le bitume qui me ramènera à ma voiture. L'étang est malheureusement privé, et doit se contourner. Je ne me gène pas de traverser les bois, mais en saison pluvieuse une partie du sentier est totalement impraticable.

J'ai mal aux pieds, mais je suis intensément bien dans ma tête et dans mon corps.
J'ai une vie de merde, un travail de merde, je ne peux plus courir vite, mais je peux encore courir...
Même si j'enrage de me voir ainsi diminuée.
Le samedi matin, si le temps est clément, je vais courir. J'ouvre ma porte, je suis libre. Un pas, un autre... Je pars quand je veux, je rentre quand je veux...
Et mes pensées m'entrainent très loin, au delà du grand océan.

Je pense à ces mots. Ces mots qui, par leur existence, sont déjà un espoir, mais ces mots de douleur.

"Je vais mal physiquement, je ne mange plus, mes cheveux tombent, je n'ai envie de rien. (...) Ce n'est pas une vie, mais une lugubre perte de temps." (lettre de Ingrid Betancourt à sa famille)

Alors, j'accélère.
Je pense à toutes les Ingrid du monde, aux soeurs, aux frères, tombés, oubliés, massacrés, qui n'ont pas eu la chance (quel mot atroce!!) d'être des personnalités publiques... Qui ne sont plus.
J'ai mal au pied, et le mal disparait.
J'accélère encore. Je ne touche plus le sol.
J'ai une vie de merde, un travail de merde, une santé qui décline, des forces qui me manquent, mais je cours, en pleine lumière.
Ce matin, j'offre ma sueur, ma douleur, mon bonheur, cette lumière, mes muscles qui se contractent, mon coeur qui bat, qui bat... à Ingrid, à tous ceux qui ne peuvent pas aller courir, ou qui, si ils le faisaient, stopperaient, une balle leur traversant le dos.

Je file sur le bitume, plus vite que le temps qui les efface.. termine au sprint, face à ce panneau qui fait hésiter entre sourire et ironie:

DSCN2032

Autour du lac, les ronces s'entremêlent. Mais la lumière passe à travers...
Ces barbelés là ne tuent pas.

_smallDSCN2037

Midnight, our sons and daughters
Were cut down and taken from us
Hear their heartbeat...
We hear their heartbeat
In the wind
We hear their laughter
In the rain
We see their tears
Hear their heartbeat...
We hear their heartbeat
Night hangs like a prisoner
Stretched over black and blue
Hear their heartbeat...
We hear their heartbeat
In the trees
Our sons stand naked
Through the walls
Our daughters cry
See their tears in the rainfall

Mothers of the disappears. U2

We turn away to face the cold, enduring chill
As the day begs the night for mercy
Your sun so bright it leaves no shadows, only scars
Carved into stone on the face of earth
The moon is up and over One Tree Hill
We see the sun go down in your eyes
You ran like river to the sea
Like a river to the sea

And in our world a heart of darkness, a firezone
Where poets speak their hearts, then bleed for it
Jara sang his song a weapon, in the hands of love
You know his blood still cries from the ground
It runs like a river to the sea
Like a river to the sea

I don't believe in painted roses or bleeding hearts
While bullets rape the night of the merciful
I'll see you again when the stars fall from the sky
And the moon has turned red over One Tree Hill
We run like a river to the sea
Like a river to the sea

One Tree Hill. U2




Ecrit par Laouenanig à 14:41 - mes courses AVEC moi même - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Quelque chose à dire?

De bien belles ronces

Elle est superbe de mumière et de couleur cette photo ! Content que tu trouves la force de courir ca te fait apparemment beaucoup de bien alors tant mieux !

Ecrit par Jipes, 01 décembre 2007 à 17:51

Superbe photo de ronce. Sais-tu qu'il y aurait en France pas moins de 800 espèces de ronces (Rubus) ?

Ecrit par Cornus, 01 décembre 2007 à 18:52

je ne sais pas où tu trouves cette énergie!!!
et en te lisant,on a l'impression de courir avec toi...
mais c'est moins fatiguant!!!

le vent ne soufflait pas encore sur le lac...

bisoux
bonne nuit..
(bleu est de garde tout le week end..et je vais l'accompagner dans ces deplacements...la mienne risque d'etre courte!!)

Ecrit par melusine, 01 décembre 2007 à 20:23

beaucoup de choses ds ce texte mais merci pour cette belle phrase en breton (et en grand breton plus bas pour qui j'ai aussi quelques penchants!!) que je ne connaissais pas.

Ecrit par karagar, 01 décembre 2007 à 22:10

il est même question dans la chanson, je viens d'aller voir, de lap lage de traezh goaremm (orthographiée treiz goaremm) qui est si souvent en photo sur mon blog puisqe c'est "notre" plage, apperçue du bateau de sein et aujourd'hui à 800 m de notre maison!

Ecrit par karagar, 01 décembre 2007 à 22:16

Je fais d'une pierre deux coups, parce que les charmes de ton blog ont été longs à se dévoiler, normal c'est dimanche.
1) Je sèche pour la devinette là-haut, et pourtant ! ;-)
2) Je relève cette remarque récurrente et judéo-chrétienne qu'il va falloir payer le beau qu'on a eu en novembre. Elle n'ont pas cesser de le dire les p'tites dames de chez nous, pas moyen de se réjouir , le plaisir ça se paye.
Il est vrai que ça souffle ...

Ecrit par Méry, 02 décembre 2007 à 12:22

moi, faire une remarque judéo chrétienne? damned :-))
pour moi c'est plutôt une remarque bretonne.
ici, en novembre, il flotte beaucoup. il n'a pas plu, donc on va payer, on va se prendre un vrai déluge pendant un bon moment, la terre à soif.
mais tu as raison, çà sent la remarque judéo chrétienne à plein nez.
un peu comme "il faut souffrir pour être belle".
çà c'est marrant, mais d'autres sont pires:
"tu enfanteras dans la douleur"...
çà me rappelles tous ces connards qui persistent à croire qu'un nouveau né ne souffre pas, et donc qu'on peut le charcuter sans anesthésie..
l'homme doit payer pour cette connasse d'Eve qui aimait trop les pommes...
et hop, la femme, accusée de tous les vices...
comme le lièvre a payé pour se l'être un peu trop pété devant la tortue :-))

Pour la devinette, je donnerai la réponse si mes très rares lecteurs sèchent.
demain matin je pense!

Ecrit par laouen, 02 décembre 2007 à 12:36

Vos lecteurs ne sont peut-être pas si rares que ça , mais on n'a pas toujours le bon commentaire, au bon moment. J'ai découvert votre site sur le blog de Méry ; vos pages sont toujours très émouvantes; j'admire votre volonté, je ne serais pas capable de faire ce que vous faites.
Dommage que je ne comprenne pas le breton. Bonne journée.

Ecrit par Jean 74, 02 décembre 2007 à 15:48

por la misma senda

Saludos hermana, compañera y amiga.
Bogando también por la libertad de Ingrid Betancourt y de todas las personas del mundo que son presas del odio, la sinrazón, la inequidad y la injusticia.
Con la sonrisa siempre adelante, para no perder la buena estrella y para seguir soñando y luchando por un mundo mejor, mis saludos y toda mi energía en estas largas noches de Kerzu.
Te devuelvo un link a esa misma canción de Victor Jara interpretada por otros chilenos (Sol y LLuvia): http://fr.youtube.com/watch?v=54ZSyVcwxz8

Ecrit par kuma, 02 décembre 2007 à 16:22

Kuma: Esta mañana he soñado durante una hora, viendo imágenes de Valparaiso. Me gustan puertos, ciudades sobre las montañas. Es verano en la joya del Pacifico ... Querrià ser un albatros.. :-)

Ecrit par laouen, 02 décembre 2007 à 16:50

querrià ver l'Estrella del Sur, poniendo conmigo un poco de la luz de l'Estrella Polar...
las largas noches de diciembre no son oscuras: en alguna parte, al cabo del mundo, la luz está allí. el mundo es un círculo, y un círculo no se cierra. El circulo es un eterno principio.

Ecrit par laouen, 02 décembre 2007 à 17:02

La Noé-Cado, voilà un croisement typique entre toponyme gallo (et donc français de langue d'oïl) et breton. Ce lieu se situe sûrement dans la zone mixte (entre Questembert et Redon, en gros, puisque tu es dans le Morbihan).
Il y a pas mal de Cado en basse-Bretagne > Kado, saint breton originaire du pays de Galles, plus exactement du Glamorgan, comme Gwladys, qui était de sa famille (à Kado).
Noé> Vient de Noë, français de langue d'oïl. A mon avis, deux origines possibles (mais à confirmer) : lieu marécageux ou bien lieu planté de noyers. Marais de Saint-Kado ou bien noyers de Saint-Kado, donc...

Cornus> 800 espèces ? Et il a fallu qu'elles attérissent toutes dans le fond de mon jardin !

Ecrit par ar valafenn, 03 décembre 2007 à 17:46

j'adore la "zone mixte" :-))
en fait, si j'ai croisé une dizaine de panneaux de ce genre en un an c'est le maxi, et encore.
ici, on est bien en pays gallo, et pour y avoir vécu tu as du t'en rendre compte :(
pour situer, le lieux dit est soit sur Les Fougerets, soit sur La Gacilly. Quand je cours je ne sais pas où sont les "frontières locales" :-)

Ecrit par laouen, 03 décembre 2007 à 20:57

belle

Ta beauté
Dégouline jusqu’au bout de tes doigts
Ça enveloppe mes yeux tellement tu rayonnes
Tu es belle comme les yeux d’un enfant
Tellement belle
Que les rêves de toi pleuvent
Regardes ce que tu as fais de mes yeux
De simples miroirs de ta grâce docile
Alors oui
Comme tu es belle
A en perdre la réalité de la vie
Belle comme un gâteau tout chaud
Ou comme un matin après une nuit d'été
Tellement belle
Que mes regards vers toi me transforment
En un simple pantin
Ta beauté elle bouscule tout de sa force
De la pointe de tes cheveux
Jusqu’à la pointe de tes jambes
De tes mains aux subtils rebonds de ton être
Comme tu es belle
Et moi je me meurs de mes rêves de toi

http://delam.canalblog.com msn : nnnprod@live.fr

Ecrit par nnnprod, 17 janvier 2008 à 15:09

Allez-y: lachez vous!







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