face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

Your time is limited, so don't waste it living someone else's life...

L'éternité, c'est... maintenant...

08 mars 2011

çà s'en va, et Sarre vient...

Tout est si fragile...

J'ai si peur, d'écrire que je vais partir en Alsace, quitter la Bretagne, refaire ma vie...

Tout se brise trop vite, la vie est tellement impitoyable. 

Tout est tellement éphémère, bien plus encore que la neige douce.

On oublie trop souvent l'essentiel. Love is all.

Là bas, dans la forêt, la neige a du fondre...

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Posté par Laouenanig à 14:46 - symboles - Commentaires [15] - Permalien [#]

Sarre au coeur

Quelques photos de la forêt, à la sortie de Forbach sur la route de Spicheren.

Dans cette forêt là, les traces de 3 guerres. Des tranchées utilisées depuis un siècle, des bunkers oubliés, vrais pièges à chevilles quand la neige recouvre les trous, un cimetière déménagé, où reposaient des officiers allemands tués pendant la guerre de 1870. Il n'en reste rien, que quelques pierres, et des traces de tombes. J'y retournerai cet été, la neige efface toute trace.

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Spicheren. Monument.

Il existe un peu plus loin des monuments allemands. Il y eut 5000 morts du coté allemand, et 3000 du coté français.

Voici l'adresse internet d'un site qui parle de cette bataille oubliée, la bataille de Spicheren (ou bataille de Forbach). (cliquez sur "adresse internet"). 6 aout 1870.

Le site Wiki explique que même si elle est méconnue, de cette bataille découle l'invasion allemande de 1870.

Les photos suivantes ne sont pas des photos du site de Spicheren, mais de la forêt située juste à la sortie de Forbach, et de 2 bunkers enterrés sous la neige. Je retournerai explorer la forêt de Spicheren, ses bunkers et ses croix dès que possible. Sans la neige ce sera plus simple.

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Jour blanc et glacé

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Un des bunkers.

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Inutile de tenter de vous montrer les tranchées, la neige les a quasiment comblées. Voici quelques pierres taillées, les restes du vieux cimetière des officiers allemands.

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Posté par Laouenanig à 14:42 - symboles - Commentaires [2] - Permalien [#]

humour... à peine lourd!

Deux photos prises à Sarrebrücken, dans un supermarché bien connu où font la queue les Français du coin.

OUI LA BOUFFE EST MOINS CHERE EN ALLEMAGNE!!!

M'enfin... Les Allemands sont bizarres... Je savais qu'ils mettaient les dames de petite (voire même d'aucune) vertu en vitrine, mais là, ils font mieux:

Ils les mettent congelées, au supermarché!!!

Pire!!! Ils en vendent des jeunettes, et des bébés!!!

Que fais la police?

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Junge = jeune

Vous remarquerez que cette jeune p*** vient directement du Morbihan (j'ai honte... pffff)

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Honteux!!! 2.300 et déjà p***!!!

Bon.. Pour les non -sprechensiedeutsch je précise que "pute" = "dinde" ;)

Posté par Laouenanig à 14:21 - mes délires en vrac - Commentaires [4] - Permalien [#]

Sarre au coeur

Quelques photos de ma semaine lorraine, entre Noël et jour de l'an...

La maison de ma belle mère est à 100m de la frontière allemande. Le matin nous allions courir dans la forêt qui sépare le village de l'immense et industrieuse ville de Sarrebrücken. Etrange sensation... Ce blanc pur, cette neige si fine qu'il était impossible d'en faire une boule, et au loin le bruit sourd de la cité.

Sous la neige, les trous des obus. Plus d'un siècle de guerre, depuis 1870. Sous la neige aussi le crassier des mines. Puit Simon &Co. Pays sacrifié. En hiver les sangliers, chevreuils, renards et lapins y laissent des milliers d'empreintes.

J'y ai croisé sans la faire fuir le regard d'une chevrette (femelle du chevreuil). Les chasseurs dormaient encore... Ils jettent du mais au pied des tours de tir, pour mieux les abattre ensuite... Pitoyable.

Je dormais en Sarre française, je courrais en Sarre allemande... 

Lorraine maudite, mal aimée, méconnue. J'aime la Sarre, la noire, la blanche. Celle qui pue encore le charbon, et l'odeur des forêts glacées.

Il faisait - 18°C. Et chaud dans le coeur...

Le soir, près du poele à charbon, çà ne causait que polonais...

Si Dieu m'avait fait le cadeau de me donner une deuxième fille, je l'aurais prénommée Lorraine...

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Homme blanc tirant traineau :) Le traineau a 45 ans... Il glisse encore!

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Trou d'obus. Environ 1m20 de profondeur.

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Les photos suivantes sont celles du crassier de l'ancienne mine. En été on voit bien les tas de saletés remontés du trou. En hiver çà devient un paradis blanc.

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Au fond, l'immense butte artificielle. Derrière, c'est devenu une carrière. En hiver, un paradis pour animaux des bois.

Et pour rire, voici la route qui traverse le quartier. Une vraie route, goudronnée. Sous... 15cm de glace :) Rouler là dessus c'est de la danse sur glace!

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Posté par Laouenanig à 14:14 - les petits bonheurs du jour - Commentaires [3] - Permalien [#]

02 mars 2011

Le chemin...

Voici quelques photos d'un lieu très symbolique pour moi, le passage du Gois, vers l'Ile de Noirmoutier.

Je les avais postées sur FB, mais puisque Bruno semble apprécier les chaussées immergées, voici la plus connue de France.

Et ce que j'avais rapidement tapé en légende de l'album:

Certains écrivent: peu importe le chemin, seul le but compte.
C'est bien, quand on a un but. La vie m'a appris à ne plus en avoir. On ne sait jamais ce qui va nous tomber dessus au détour du chemin, alors...
Peu importe le but, l'important c'est le chemin.
Et même, la manière d'y cheminer.
Le Gois, c'est un peu un lieu mythique pour moi. Une représentation forte. Je n'y étais encore jamais allée.
Nous aurions pu y aller à marée basse, rouler lentement en moto sur la route glissante faite de carrés inégaux. Trop simple...
Pour que le symbole demeure il fallait y arriver à la pleine mer. Voir la route s'arrêter, mais sourire en pensant qu'elle était toujours là, sous l'océan.
Le chemin, là, sans qu'on ne puisse le voir, mais là. Il était là le symbole.
Ce "non", encore plus fort que le "oui" qui nous aurait permis de traverser. Un nom frangé d'écume, que chuchotait chaque vague se croisant à angle droit avec la vague d'en face, en recouvrant les pavés.
Peu importe le but, le chemin il était là, on le devinait en suivant des yeux les poteaux, jusqu'à Noirmoutier.
Peu importe Noirmoutier, nous y sommes allés, histoire de sourire, en voyant la route de l'autre côté.
Noirmoutier, trop grande ile, aux faux airs de continent, traversée par une voie rapide où l'on peut rouler à 110km/h, mais avec ce je ne sais quoi quand même de "sauvagerie ilienne", un air particulier qui te fait dire "tu es sur une ile".
Peu importe le but, je n'en ai plus.
Seul compte le chemin?
Parfois je me dis, dans l'urgence qu'est ma vie: peu importe le chemin...

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28 février 2011

La fin de la terre est aussi son début

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La fin de la terre est aussi son début

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La fin de la terre est aussi son début

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La fin de la terre est aussi son début

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La fin de la terre est aussi son début

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La fin de la terre est aussi son début

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La fin de la terre est aussi son début

Si je n'aurai aucun regret à quitter le coin où je vis actuellement, je peux vous dire que m'éloigner du Finistère sera douloureux.

Voilà plus de 4 ans que j'ai quitté la fin de la terre, et çà me bouleverse toujours d'y retourner. J'adore le Morbihan des bois, mais pas celui des côtes, trop bétonnées.

Hier donc, j'ai voulu faire découvrir à mon compagnon un coin du bout du monde, le bout du pays bigouden, Penmarc'h, son phare, St Guénolé, la Torche.

Nous étions en moto, nous avons été douchés. Heureusement, nous ne sommes ni en sucre ni en sel, nous n'avons donc pas fondu. En fait, la pluie, nous ne l'avons même pas sentie.

Ne restait que la lumière....

J'ai fini par craquer, et poster un album, le PC ayant décidé de charger quelques photos. En fait, c'est la publication de photos dans les messages qui est horriblement longue.

Allez donc vous balader vers là bas.

Finalement, la fin de la terre, c'est aussi son début non?

(Cliquez sur l'image pour accéder à l'album)

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Posté par Laouenanig à 09:47 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [2] - Permalien [#]

en attendant les vraies...

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Voici donc ma cheville, et son edelweiss tatoué de frais. Mon compagnon a le même, sur la cheville aussi.

En attendant les vraies, tout là haut sur mes montagnes chéries

J'en profite pour vous dire que j'ai des tonnes de photos à vous faire voir, mais qu'il m'a fallu plus de 2 minutes pour poster celle ci sur le blog. Mon Mac a rendu l'âme, ce PC semble bouder Canalblog, je tue donc dans l'oeuf toute tentative de faire un album ou de poster de nombreuses photos.

Si vous avez envie de les voir, il vous suffit d'aller sur facebook. Ah bien sur, il faut y avoir un compte, et me compter parmi vos amis. Mais franchement, je ne passe que peu de temps sur internet et y perdre une journée entière pour poster quelques photos, non merci.

J'ai fait de jolies photos dans le Finistère hier, c'est vraiment dommage, mais là je renonce!

Merci à tous ceux qui passent ici!!!

Posté par Laouenanig à 08:45 - symboles - Commentaires [2] - Permalien [#]

24 février 2011

ever est

Bon...

Comme d'hab, il suffira que je l'écrive pour que le ciel me tombe sur la tête, il en est toujours ainsi. Mais je ne vais pas me taire plus longtemps, ce serait ridicule.

Je ne suis pas du tout supersticieuse, mais en général, il suffit que j'écrive un truc, un espoir, un projet d'avenir, pour que tout s'écroule.

Là, que pourrait il se passer? Une maladie grave qui me bloquerait ici, ou le bloquerait ici, ou pire...

Ou alors, un ras le bol qui le ferait me faire passer par la fenêtre? C'est toujours envisageable. Rien n'est éternel, ni la vie, ni l'amour...

Donc, voilà, ce blog breton ne sera bientôt plus un blog breton.

Si... rien ne me tombe sur le rable avant cet été, je vais quitter la Bretagne après 15 ans de vie ici. Bien que j'ai eu un peu l'impression de la quitter déjà quand j'ai déménagé du Finistère vers le Morhihan gallo.

3 ans de vie là bas, dans un pays où les panneaux sont écrits en français, c'était déjà plus la Bretagne. Et pourtant le coin était magnifique, un vrai rêve pour qui aime la nature, la forêt, et les balades loin des cons.

Seul blème immense: le pays était peuplé de cons... Et je pèse mes mots!!!! Oui, Plouc sur Oust était un bled de cons!!! Je le dis, et je le redis!!

Une honte... Je ne sais pas si j'avais osé l'écrire ici, mais voici ce qu'on avait dit à mon fils, pourtant élève dans une école bien comme il faut, c'est à dire privée, et catho:

IL VAUT MIEUX AVOIR DES PARENTS MORTS QUE DES PARENTS DIVORCES.

Tout est dit non? Tout était dit... Moi, la RMI-iste, puis ouvrière d'usine aux travaux forcés, moi vivant seule avec mes gosses, moi trop bronzée, à l'accent du sud (Sud...Finistère), j'étais la femme que l'on montre du doigt.

Alors j'avais fini par fuir, vers la ville. Tu parles... Ultra catho, la belle Vannetaise... Un diamant breton? Non, un zircon... l'éclat du beau, rien derrière...

Mon homme est Lorrain. Lorrain de là haut, de chez les pauvres, de chez les gueules sales, ceux qui ont grandi dans le charbon et la misère. Un accent lorrain, un nom polak... De quoi être aimé, dans cette belle ville ultra ouverte... (raclement de gorge). 

Puis mon homme hein, c'est de la chair à canons, du vétéran d'Afgha, de quoi encore augmenter le mépris des gens bien comme il faut.

Est venue la mutation, comme une bouffée d'air. Pas forcément parce que çà le fait quitter cette ville qu'il déteste, mais surtout parce qu'ici il y a perdu la vie. Et je sais ce que je dis. Alors s'éloigner du mal, c'est aider à guérir. En espérant que cela soit possible.

C'est repartir vraiment. Pas de zéro, de moins que zéro.

Faut juste espèrer que ce soit possible aussi...

Parfois, en agriculture, on brule pour mieux semer. Faudrait pouvoir bruler le passé, semer sur les cendres. Faudrait.

Donc, si cette putain de vie impitoyable ne me fauche pas en plein élan, cet été je serai Alsacienne. Alsacienne du sud, même si j'aurais préféré Strasbourg. 

Un rêve? Je l'avais toujours dit: quand mon fils sera grand (ma fille l'est déjà) je déménagerai en Alsace. çà arrive bien plus tôt que prévu. 

Géographiquement, c'est vrai, c'est génial. La grande plaine alsaco (beurk, j'aime pas les plaines), mais des vignobles autour, des villages magnifiques, un coin vraiment superbe, mes Vosges adorées tout près. Chose amusante, quand j'ai du changer la plaque d'immatriculation de ma voiture, au lieu de choisir le "56" final, j'ai opté pour le "88". J'ai donc une voiture immatriculé dans les Vosges. Lorraine des bois :)

Oui, génial.. Mes Vosges tout près, et bien mieux: à 130km de mon lac adoré, mon paradis allemand. Les WE au bord du lac, les balades en forêt, ma forêt! 

Et si on regarde plus loin, je serai à moins de 3h de Vaduz, au Liechtenstein. Là où je commence tous les étés ma semaine de marche en haute montagne. Là aussi, il sera possible de filer à Malbun l'aprem, de monter au refuge le soir, d'y manger le meilleur Bergsteigeressen du monde, et de revenir à Colmar le dimanche soir.

L'Allemagne à 10km, la Suisse à moins de 50... On peut rêver mieux quand on s'appelle Laouen, pirate des cimes? Non.

Et belle-maman, à Forbach, à 2h de route. On pourra aller la voir souvent.

OUI J'ADORE MA BELLE MERE!!! OUI C'EST POSSIBLE!!!

mmm... Et derrière çà?

Derrière çà, mon homme laisse ici ses 3 filles. Majeures, mais.... çà déchire.

Et moi, je laisse aussi la mienne, qui aura 18 ans cet été. Elle a choisi de faire kiné, filera en prépa l'an prochain, ou en première année de médecine. De toute façon elle ne serait pas restée avec moi, logique, les écoles sont loins. Mais... çà déchire aussi.

Les enfants sont faits pour partir, le couple pour durer, j'ai lu quelque part. Mais... Bobo.

Le petit va avoir 11 ans. Il va désormais vivre loin de son père, et çà aussi çà déchire.

Mais je vais lui construire un nid, là bas, dans l'Est.

Ever est, c'était le titre de mon premier bouquin. Ecrit, mais jamais tenté de le publier. 

J'avais écrit, sur la page "citations" en tête du livre, une connerie du genre "à force de regarder loin vers l'Est on finit par voir derrière soi".

Je vais désormais vivre dans l'Est.

Quelle phrase idiote... Colmar, c'est l'Ouest, quand on est en Allemagne. L'Ouest, quand on est au Liechtenstein. Le far far ouest lointain, quand on est au Tibet.

On est toujours l'Ouest de quelqu'un, comme on est toujours l'Est de quelqu'un aussi.

Reste à être soi même, nous même.

Love is all...

Sur nos chevilles gauches, un edelweiss tatoué. Double signe d'amour. Protège nous.... Ne laisse pas nos démons nous déchirer...

Posté par Laouenanig à 11:26 - mon âme à nu - Commentaires [7] - Permalien [#]

17 janvier 2011

toute ressemblance avec etc...

Mouais. Toute ressemblance avec des personnages de la vraie vie ne serait que pure connerie hein!

Tout ce que je vais écrire, c'est du pur délire, naturellement. Je ne connais personne qui ait fait la guerre dans un pays commençant par "A", dont on ne revient jamais, même quand on en revient. Allez comprendre....

Si je cause moto, par exemple, la moto en question ne dépasse jamais les limites de vitesse. Big Brother is reading me, ou pas. Je m'en tape un peu, mais je n'ai absolument pas confiance en Internet.

D'ailleurs, pourquoi écrire des trucs dont il ne faut pas parler? D'ailleurs, pourquoi écrire des trucs dont tout le monde se moque? Mon mec est revenu détruit d'Afgha? L'avait qu'à faire plombier, comme ils disent tous.

Actuellement, l'heure est à la propagande. Faut trouver du volontaire pour y retourner. Ben n'est ce pas... Alors moi, euh, enfin, la fille dont je parle puisque tout est inventé comme je me tue à vous le dire, j'ai fini par gueuler: comment tu pourrais y retourner là bas hein, puisque quelque part tu n'en est jamais revenu?

Meuh non, j'exagère..

Intérieur nuit. Je sursaute. Dans ses cauchemars il cause tout haut. "Vas y, descend le, fais ce que je t'ai dit..". Et plein de trucs que je ne pige pas, car je ne peux pas lui demander de répéter ce qu'il vient de me dire. Le coeur battant trop fort, je vire les draps histoire de faire redescendre la température de mon corps, çà aide à se réendormir parait il. Faudrait.... Dormir? c'est quoi? Voilà des mois que je veille.

La nuit, comme lui, je suis de garde. Je veille. Je le veille. Lui, parfois il passe des heures à me regarder dormir. Quand il n'est pas debout, levé en sursaut, à mater par la fenêtre et visiter toutes les pièces avant de retourner au lit. 

çà se soigne? Mouais, bien sur... Les vieux, les jeunes, ils sont tous un peu comme çà. Ou alors faut avoir ni coeur ni cerveau. Ni mémoire, ni âme. Va t'en vivre en paix quand de tes mains tu as tué. Tu as beau leur dire: c'était eux ou toi... Foutu.

Je sais des trucs qui feraient recette, si je les écrivais ici. Des machins déchirants, scénar de films sponsorisés par kleenex. Des mômes déchiquetés, des femmes brûlées vives, des choix à faire qui te donnent envie de te tirer une balle dans la tête, des trucs bien sanguinolents, loin de la gloire des batailles épiques, des trucs qui te tuent aussi facilement qu'une balle de 12-7 (mitrailleuse).

Sauf que t'es pas mort. Sauf que tu rentres, avec tout çà dans ta tête. Sauf que parfois, souvent, trop souvent... Quand tu rentres une autre mort t'attend. Ta gonzesse, au lieu de broder telle Pénélope à la fenêtre attendant son mec parti faire un long voyage, ben.. elle s'est conduite comme une, disons "un mot qui rime avec Pénélope" hein? Vous voyez?

Tu peux être avec depuis 6 mois, ou depuis 25 ans. Souvent, quand tu rentres de la guerre, tu apprends que ta femme est une pute. Et qu'en plus, elle doit en être une mauvaise, vu qu'elle a plus vidé ton compte en banque que ce qu'elle a ramené du pognon...

Méchante? Nan. Non, ok, c'est pas une généralité. Mais je peux citer des noms, beaucoup de noms. Et çà, le mec qui rentre de la guerre, il a encore plus de mal à le supporter que la guerre elle même.

Certains veulent mourir? Le mot est faible...

Et merde... Je me rends compte que mon français est volontairement déplorable. Que je cause volontairement comme on déchire un coeur en deux: sans violons, sans baume, sans fleurettes autour. Je pourrais en faire un truc bien bouleversant, digne d'une grande tragédie ciné US, avec le héros qui s'en sort à la fin, de la belle musique, et de belles paroles. La musique de mes mots, là, elle ressemble à celle des FM, et ce FM là n'a rien à voir avec la radio.

Alors moi, j'aime comme je peux, et souvent je peux mal. Car souvent je ne peux rien faire pour apaiser celui que j'aime. On vit comme on vivrait en guerre. A l'assaut, çà gicle, çà crie, puis le calme revient, on souffle un peu, avec au fond des tripes la trouille car on sait que çà va revenir. On est pas en Afgha... On n'est même pas en plein cauchemar. Le cauchemar, c'est souvent la vie réelle. L'Afgha, c'est loin, et si il devait repartir je crois bien que je pourrais tuer pour l'en empêcher.

Et ils sont nombreux finalement, à désirer plus ou moins ouvertement repartir.

Repartir, pour trouver la paix de l'âme? Se faire pardonner d'avoir tuer? Se faire pardonner d'avoir laissé mourir, de n'avoir pas eu 12 bras, 15 paires de jambes, 6 cerveaux pour penser en même temps?

Repartir, pour aller au devant de la mort, volontairement, car la vie vous a tout pris, même ces années derrière où l'on croyait qu'elle vous aimait, cette salope infâme qui vous a tué mieux qu'un obus de mortier?

Ils s'en foutent bien là haut, ceux qui décident, de savoir si ils sont en état ou non de repartir. D'ailleurs, les gars ne disent rien, ou si peu, jouent les forts, se conduisent en hommes durs, c'est leur métier. 

Et moi là... Moi qui aime le silence de la montagne, le pas lent, la paix qu'apporte la communion avec la nature, je vis comment?

Je vis comme si je traversais un champ de mine, je vis comme si je tenais dans la main une grenade dégoupillée, avec le doigt qui l'empêche de péter, mais on ne peut pas la retenir éternellement... Je vis avec la trouille au ventre. La trouille des simples accrochages, la trouille des gestes irréparables. J'ai perdu toute confiance en moi, perdu toute idée d'un avenir serein. J'ai même du me perdre, quelque part en route.

Et sur la route, les bandes blanches qui défilent.... Le moteur de la moto hurle, je n'ai pas peur. Si je tombais, mon corps exploserait en mille morceaux, guirlandes rouges sur le bitume. 

Je vis comme si j'étais en guerre, attendant l'ennemi dont je connais le nom, qui frappera, je le sais. Pas besoin d'un flingue... Y a pire, et plus sur, pour tuer vos proches.

Les flingues, j'en ai eu dans les mains. Je les ai d'abord eu en horreur, et par pudeur je ne dirai pas pourquoi. Maintenant, je les ai apprivoisés. Mais je ne ressens aucun sentiment de puissance ou de quoi que ce soit quand j'en tiens un.

J'ai tiré au 44 magnum, un truc de dingue. J'ai tiré au 357,au 45,  j'ai tiré au fusil de guerre, j'ai eu les doigts qui puaient la poudre. Mais en me lavant les mains, les gouttes noires coulaient dans le lavabo. Un coup de serviette, et c'était terminé. (Mets tes doigts dans ta bouche, et tu es bon pour la courante :))

Souvent, autour de moi, l'air sent la poudre, mais j'aurais beau noyer la pièce, ce noir là ne partirait pas dans le siphon.

Souvent, autour de moi, çà déchire, çà arrache, mais aucun casque anti bruit ne peut te protéger le crane.

Tirer, maintenant, çà m'apaise. Il faut se concentrer, il faut être calme. Avec le casque, mes tympans survivent. Je suis habituée au recul. A 50m, là bas, la silhouette noire sur le papier blanc s'orne de jolis trous dus aux balles de fort calibre. Tir groupé dans le ventre, et hop, un pile poil au milieu du front, juste pour changer un peu. Mais je préfère tirer sur une cible de base. Et avec le flingue à la main, je ne pense à rien d'autre. L'air sent le feu d'artifice.

Le soir, je démonte et remonte la chose. Faut nettoyer, graisser. La mécanique est parfaite, c'est un petit bijou autrichien. Ils ne font pas que les meilleurs apfelstrudel du monde, ils font aussi les meilleurs pistolets automatiques du monde, utilisés par l'armée US et israélienne, c'est pas peu dire. 

Moi, je suis pas du Mossad hein.. Nan, j'ai juste un avenir souvent maussade.. jeu de mot lamentable. Voire même carrément glauque.. mmm... là, y a que les connaisseurs qui pigeront (Glock, c'est la marque du flingue).

Mouais... Tirer, çà apaise. C'est la vie qui tue. 

Ma vie est invivable. Des moments de bonheur, la lumière sur l'océan, l'air glacé qui me frappe les joues par la visière ouverte du casque, la forêt de Moselle sous la neige, et il suffit d'un mot, un seul, ou même de rien du tout pour que tout explose.

Souffle court, tenir, tenir... Ramper, tenter de protéger ce qui peut encore l'être. 

Moi qui voudrait batir... Moi qui rêve de paix, de pièces tièdes, de soleil par la fenêtre, de jardin odorant, de silence...

Avec une arme, on peut flinguer à tout va, des innocents, comme des salauds. Mais aucune arme ne peut flinguer  les séquelles du passé, la peur de l'avenir, et même... cette douleur qui te fait parfois refuser l'idée même d'être heureux, l'idée d'avoir droit au bonheur, l'idée d'avoir droit à une autre chance.

Et parfois, quand tu l'acceptes enfin, la vie te reprend encore tout, te file une maladie bien gratinée, du genre mort assurée sous peu.

Tout serait si simple si tu pouvais faire comme avec les flingues. Démonter la culasse, le ressort, sortir le canon, tout nettoyer, tout graisser. Chaque pièce à sa place, sans forcer, sans hésiter. Les deux flingues sur la table, ouverts, comme on devrait s'ouvrir nous mêmes, tous les deux. Se démonter, se nettoyer, se graisser, se remonter.

Aller se laver les mains au lavabo. La vie noire qui coulerait dans le siphon. Un coup de serviette, et hop... Propres, nets, prets à avancer.


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14 décembre 2010

face au vent, 18 ans après

Ce bateau là je l'avais rencontré en 1992 dans le port musée de Douarnenez. A l'époque je n'étais pas encore mariée, et je vivais dans le sud est.

On m'aurait dit ce jour là : "tu viendras vivre ici, tout près", j'aurais douté. Pourtant, nous avions déménagé dans le Finistère en 1996, et j'ai vécu 10 ans près de Douarn. 

Lui, Face au Vent, je ne l'ai plus jamais revu.

Il a fallu que je tourne la tête vers la gauche, en repartant de Saint Malo, un dimanche d'octobre, en moto. 18 ans sont passés. Je me suis mariée, puis séparée, j'ai quitté le Finistère pour le Morbihan, déménagé 50 fois, connu galère et re galère.

Rencontré celui avec lequel j'espère finir ma vie.

Et revu Face au Vent. Il a changé de couleurs, est plus discret, mais c'est toujours le même.

Comme moi.

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Et Face au Vent, à Douarnenez en 1992

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Ayant perdu une grosse demi heure pour poster quelques photos, vous comprendrez facilement que vous allez désormais échapper à mes albums fleuves. Sur facebook il me faut quelques secondes pour faire la même chose. Grrrr....

 

Posté par Laouenanig à 16:47 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [5] - Permalien [#]

07 décembre 2010

...

Le premier mot est difficile.

Cet endroit me semble complètement étranger, comme parfois je me sens étrangère à moi même.

J'ai quitté ce blog il y a plus d'un an. Suis revenue il y a quelques mois, effacer le dernier message. "Game over". Le jeu se termine, mais on a toujours la possibilité de rejouer. Un autre jeu, un autre rôle, des autres joueurs. Jouer, comme le disent si bien les pubs pour les jeux de fric sur internet, amène à la dépendance, et à la ... solitude. Etrange... Sourire.

En un an, j'ai tant frôlé la mort qu'elle me semble familière. En un an j'ai tant vécu qu'il me serait impossible de le raconter. Et surtout je n'en ai pas envie.

Je ne sais plus écrire, et je ne veux plus savoir écrire. La vie ce n'est pas une suite de mots, ni un poème, ni un mauvais roman. A force de me taire mon vocabulaire s'est réduit à quelques mots. Adieu les jolies phrases. Pour écrire comme je vis il me faudrait défoncer ce clavier, crever cet écran. Et me taire aussi.

Internet ne m'interesse plus. Je ne vais sur l'ordi que pour jouer parfois. Des jeux idiots, de patience. Des jeux de guerre aussi. Le sang gicle. Mais curieusement, quand on meurt, on recommence le jeu à la dernière sauvegarde. Parfaitement en vie. Totalement guéri, sans séquelles, sans cicatrices. On m'aurait menti?

Aucun soldat ne revient de la guerre sans blessure. C'est une citation de mon jeu de guerre, violent, sanglant, presque trop vrai.

Non, aucun soldat ne revient de la guerre sans blessure. Le soldat dont je partage la vie en est revenu de la guerre. Même si parfois j'ai l'impression qu'il y est encore. Surtout la nuit... Alors moi aussi je me bats, contre un ennemi invisible mais trop souvent palpable. Le passé. Le mien je l'ai rangé, çà va, merci. Le sien est collant comme du sang poisseux. L'ennemi invisible...

A l'âge où j'entrais en fac il ... Non, çà ne regarde personne. Silence...

L'Afghanistan continue à tuer des Français, même longtemps après leur retour. Tuer, détruire, faire sombrer, briser les couples... 

Nous sommes deux êtres à vif, qui ressentons tout "trop fort", qui parfois, nous déchirons à nous coller blessure contre blessure.

Je n'étalerai pas ma vie, et encore moins la sienne. Par respect, par pudeur, et parce que çà ne sert à rien. Et aussi parce de "çà", l'armée, la guerre, on n'en parle pas. Avis à mes lecteurs. Les commentaires trop précis seront supprimés. 

De l'armée je n'avais connu que le coté strass et paillettes. La représentation, la parade, les bals de fin d'année à C. Même là, j'étais trop vivante... A ma table, que des 5 galons, et moi trop vivante.Mon officier se foutait des convenances, me disait qu'il m'aimait, me prenait dans ses bras, mon Dieu, çà ne se fait pas!!! Mais mon marin avait trop l''habitude de plonger, et d’entraîner ses hommes avec lui. Il m'a fait couler... Même pas avec grâce, élégance, le petit doigt en l'air, non.

Peu importe maintenant... Je n'étais pas faite pour le strass et les paillettes. Moi, à Coet, c'était la boue que j'aimais. Courir en solitaire, dans la forêt, me faire courser par les laies, respirer à fond, grimper sur les crêtes, vivre. Je n'étais pas assez transparente pour lui... Peu importe.

A mon ex-mari remarquant "tiens, ta mère s'est encore trouvé un soldat"... ma fille avait répondu: "papa, ici, tu sais bien, y a que des bourges, ou des soldats". Logique. Il avait souri. 

Mais celui ci n'a jamais connu le strass et les paillettes. Celui ci a toujours fait partie du coté obscur de la force. Les régiments de combat. Réservoir de chair à canon... 

Celui ci n'a jamais fait math sup, ni math spé. Celui ci est descendu dans la mine de charbon à 16 ans, pour nourrir sa mère et ses deux frères. Et N de Dieu! qu'est ce que j'en suis fière! Depuis elles ont fermé, les mines... Étrange hasard. J'avais publié sur ce blog des photos de la mine de Forbach, en Moselle. Et voilà que je vis avec un enfant de là bas, qui a plongé dans cette mine là.

Mon soldat ne fait pas partie de la jet set du coin, grande famille, grande école, lignée d'officiers... Il s'est fait traiter trop souvent de sale petit Polak de merde. Et j'en suis fière. 

Je ne sais pas où nous irons... Parfois je ne sais même pas où nous sommes. Nous nous aimons aussi fort que nous nous déchirons. 

Cet été, sur mes sommets des Alpes, nous n'avons pas écrit notre amour sur les livres d'or. Tous ces mots écrits l'an dernier, et reniés quand l'automne fut venue...

Là haut, sur mon sommet à 3 frontières, là où l'amour de la montagne est né, il a écrit un message à ses frères morts en Afghanistan.

Raconter cette année passée, je ne peux pas le faire. Je n'en suis pas sortie indemne. 

Passer le 30 décembre le ventre ouvert, suite à une opération d'une tumeur abdo, c'est sympa non? Répondre à l'anesthésiste lors de sa consultation, à la phrase "avez vous peur du pire": "oui, j'ai peur du pire: me réveiller".. c'est... un bon résumé de ce que je vivais non? La mort, je l'ai côtoyée, je la côtoie encore, de manière plus insidieuse, moins directe. Elle n'ai plus forcément le gout de la vase, du sang, ou l'odeur de la poudre. 

Je paye encore. Mauvaise fracture, mal remise. Dos bloqué. Rien n'y fait. Je souffre le martyre depuis 6 mois. Mais depuis 6 mois j'ai en face de moi des yeux dans lesquels plonger les miens. Je lis dedans comme dans un livre, j'y lis l'amour, et la souffrance. Le regard qui parfois devient noir, impitoyable, ou perdu, ou carrément fou... Un peu comme le mien. Non, exactement comme le mien. Je me souviens avoir vu le même, sur quelques photos de Baudelaire, ou de Beethoven.

Je ne sais pas où nous irons... Tout ce que je sais, et c'est infiniment réconfortant, c'est que nous nous aimons. Et de çà j'en suis sure. Il ne me trahira pas dans quelques jours, ne reniera pas ce qu'il a dit ou écrit. Même si parfois ses mots sonnent comment des rafales de mitraillette.

Sur l'ordi, je suis un soldat perdu en pleine deuxième guerre mondiale. Obéissant aveuglément aux ordres, j'attaque, parfois de manière héroïque, le sang gicle, et j'achève les blessés. Dans la vie... je me sens parfois perdue. Je n'ai plus confiance en moi, je dois lutter souvent contre mes convictions profondes. Renier ce que je suis. 

Les mois d'insomnie se succèdent. Parfois, au matin, j'ai l'impression d'avoir combattu toute la nuit. 

Nous vivons fort, nous vivons vite... Inutile que je précise les chiffres qu'indique le compteur de la moto. Même pas peur, qu'elle dirait... 

Etre heureux, pourtant, c'est si simple. On pourrait vraiment l'être. Pourtant.... Les mois qui arrivent vont être durs. Impitoyables même. Je ne dirai pas pourquoi. Je ne sais pas dans quel état nous en sortirons.

Qui a dit "ni même si vous vous en sortirez"? Pour en sortir, il faut le vouloir.

Je le veux. Mais je ne suis qu'un être humain. On me croit forte, je suis faible, de cette force qui est ma faiblesse.

Décembre est toujours un mois difficile, pour les familles séparées, divorcées, recomposées, rafistolées. çà craque de partout.

J'aimerais fin décembre "monter" dans ce soin sinistré de Moselle, au pays du charbon mort, dans ces villes fantômes où la misère se traîne. A 100m de la maison de sa mère, la frontière allemande, en pleine forêt. J'y étais cet été. Nous revenions du lac, de "mon lac". J'ai été si heureuse de le partager avec lui.

J'aimerais passer la fin de l'année là bas, entre le regard noir de mon soldat, et celui bleu transparent de sa mère. Sourire en l'écoutant parler uniquement en polonais, même si je ne comprends que quelques mots, uniquement le sens des phrases. 

Me sentir en famille.

Enfin...


Posté par Laouenanig à 16:12 - mon âme à nu - Commentaires [19] - Permalien [#]

14 septembre 2009

pause bobo

Quelques mots pour vous dire que je ne vais pas être très présente.

Le 24 je file en formation sur Lorient, 230km de voiture par jour pour finir... chomeur non indemnisé. Mais c'est mieux que de rester à user le carrelage chez moi toute la journée.

Lorient... Savoir que je serai si près, et que je ne le verrai même pas.. grrr.. m'enfin... :)

Je ne pense pas pouvoir écrire beaucoup avant. Samedi aprem, nous sommes sortis en voilier par grand vent. Lors d'une manoeuvre de type "urgence çà craint", en repartant d'une ile où nous comptions manger, la dérive m'est tombée brutalement sur l'index gauche. Enfin, pas la dérive (sinon il serait tranché net) mais "le clou" qui la bloque sur le bateau.

Résultat: écrasement de la première phalange. Elle ressemble à une saucisse trop cuite qui aurait explosé :)

Conne, quelle conne.. çà m'apprendra à laisser trainer mon doigt où il faut pas. La voile battait, çà gueulait derrière, j'entendais rien, je me suis retournée, et hop.. la dérive dont je tenais le bout, qui coinçait quelques secondes avant, est descendue toute seule.

Et moi, à genoux sur le pont, trempée par les paquets de mer, serrant entre mes cuisses ma main dégoulinante de sang, je ... lavais les taches de sang sur le bois peint. Comme quoi, quand on est conne, on est conne... Je m'en suis voulue à mort, et je m'en veux encore.

Résultat: 2h aux urgences (un record). Pas de points de suture malgré la gueule béante du bout de mon doigt. Car parait il, quand c'est explosé comme çà, si on recout sur un doigt aussi gonflé çà tire tellement qu'on souffre ensuite beaucoup, et que çà risque de nécroser.

M'enfin.. ressortir des urgences avec des papiers sur lesquels il est écrit: "trauma voile". çà le fait! c'est quand même autre chose que "s'est coincé l'index dans une porte de WC" !!!

Le métier rentre, yeah! me voici une vraie voileuse! J'avais entouré un bandana trempé d'eau de mer autour de mon doigt. La désinfection à l'eau de mer, je vous le garantis: çà marche! et autre avantage, çà empêche de vous endormir, au cas où vous auriez sommeil. Le sel sur une plaie, c'est très sympa.

De retour au port, j'ai foncé aux lavabos histoire de rincer la main à l'eau douce, et j'ai découvert le carnage. J'avais eu la nausée sur le bateau, pas à cause des vagues (j'adoooooooore) mais due au choc. Ensuite, je me suis mise en quête d'une trousse de secours. Le mono de voile, venant à mon secours me dit: "et la dérive? tu l'as pas abimée au moins"?

Humour déplacé? Nooon, j'ai l'habitude! j'adore vanner les gens, j'accepte donc avec grand plaisir de me faire vanner. Surtout quand on est débutant. Les voileux sont sympas, mais adorent vanner! Surtout que le mono m'avait vu "taper" l'avant du bateau contre le ponton quelques semaines avant (je pouvais rien faire, j'ai sauté, mais le bateau allait trop vite, il a tapé avant que mes pieds touchent le ponton) . J'ai rajouté en rigolant: oui, si en plus d'avoir abimé le ponton (pas vrai bien sur) et l'avant du bateau j'avais aussi abimé le clou de la dérive...

Dimanche aprem. Une grosse poupée sur l'index gauche... Mon homme sait très bien faire les pansements, une vraie infirmière. Juste un peu moins de patience pour "tirer" sur le tulle gras, censé ne JAMAIS coller à la plaie, et qui naturellement COLLE...Aïe, bobo, aïe, bobo..

Nous retournons naviguer! A peine un peu moins de vent que samedi. Force 5, 6-7 en rafales. On a pris des tours de ris, et mis le foc, et non le génois. Avec des voiles réduites, le bateau est plus stable. Samedi on était encore plus réduits que çà mais çà remuait plus fort.

X, le second proprio du voilier vient avec nous. Je connais son humour, je sais d'avance que je vais me faire vanner. Avant même qu'il attaque, je contre: et non! je n'ai pas abimé la dérive, le clou n'est pas plus tordu qu'avant, le bois n'est pas éraflé, et j'ai même lavé le sang sur le bateau. X n'a plus rien à ajouter.. J'aime bien son humour aussi corrosif que le sel marin.

çà a remué fort, çà a mouillé fort aussi.. j'avais mis un sac plastique autour de ma main, histoire de la protéger. Sur ma tête, le bandana ex rouge sang, redevenu noir et blanc après lavage. Ma veste de quart est couleur sel, mon pantalon délavé par l'eau et le soleil aussi.

Balade extra. Soleil, vent, jolies vagues qui remontent discrètement le long de l'étrave pour venir tremper celui qui le plus à l'avant du bateau, les autres prenant ce qu'il reste de la vague. Le bonheur a le gout du sel... Plus loin, quelques voiliers trop toilés gitent dangereusement, ils semblent non manoeuvrants, çà doit paniquer grave:) Il suffit de réduire un peu la toile, et çà se stabilise...

Navigation étrange.. vent arrière, et 10 sec après, on se retrouve au près, etc.. J'aiiiiiiiiiiiiime!

Et j'aimerais vivre çà sous la pluie.

Ce matin, à Vannes, en regardant l'expo photo le long des remparts et au chateau, çà m'a pris... un commentaire du genre: "naviguer sur Roxy ( sa "skippeuse" a fait le Vendée Globe), c'est comme vivre un cycle long de lavage/essorage à eau froide".. Et moi, qui mourrait du mal de mer il y a peu, de rêver... N de D.. même si j'en meurs, faut que je vive çà!!! Pas le VG bien sur! Non, mais la mer, la grande, l'immense, qui te prend, te reprend, te remue.. Le bateau de course, la vitesse...

Pour l'instant, je vis la mer sur le Guépard. Avant que l'hiver n'arrive, et qu'il retourne abriter sa coque de bois au sec.

Au retour, en buvant une mousse, je rigolais: je vais aller aux urgences chirurgie esthétique: voilà 1 mois et demi que je fais de la voile, je dois bien avoir 12 rides en plus. Le soleil et le vent, c'est pas bon pour mon visage! Mouais.. mais au moins j'ai l'air en vie, même si à l'intérieur le flux et le reflux me vident parfois, me laissant échouée au bord de ma vie.

Hier, je pestais en silence de ne pouvoir rien faire, ni barrer, ni m'occuper du foc, ni même aider à quoi que ce soit ou presque.

En rentrant, X a dit "mais c'est qu'elle va bien dormir cette nuit madame, avec un coup de vent pareil".. pfff j'ai répondu.. La nuit d'avant avait été terrible. Terrible, ces insomnies à 2.

X a eu raison. J'ai dormi comme un bébé. Me manquait "juste" une présence à côté. Fou ce qu'il me manque... Hier soir, à la gare, en attendant mes enfants, il m'a dit: j'aime ton pantalon. On dirait une vraie voileuse maintenant. Clair... une couleur indéfinissable, plein de sel, et sur la cuisse droite les taches de sang d'hier.

Pourquoi j'ai mal.... Pourquoi quand je regarde mon doigt blessé je pense, avec un sourire infiniment triste: quand tu seras loin mon amour, il me restera cette trace de toi. Une affreuse cicatrice sur le bout du doigt, à jamais. Souvenir du temps où je naviguais à tes cotés.

J'ai tenté si fort de te haïr... Que je t'aime encore plus.

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08 septembre 2009

Rätikon blues ...

Voilà un bon moment que je me demande: quoi écrire?
Commencer par le début? Tout raconter? Non. Car depuis mon retour de la montagne, j'ai l'impression d'avoir été propulsée dans un autre monde. D'avoir rêvé ce que j'ai vécu avant, et pendant. Je sais bien que ce n'était pas un rêve, voilà pourquoi c'est dur...

Partager ma montagne, ce n'était pas mon idée. J'ai cru halluciner quand il m'a demandé de l'emmener là bas. Je passe sur le bonheur ressenti. L'angoisse aussi. Car  l'emmener là haut, c'était un sacré défi. Ici je n'expliquerai pas pourquoi, ce sont des raisons trop personnelles, et qui en plus, n'ont rien à voir avec moi.

Je passerai sur le trajet, sur les 2 premiers jours à se trainer sous la pluie, puis dans la grisaille. J'avais prévu un petit circuit aux difficultés progressives, espérant ne pas m'être trompée. Le 3eme jour est toujours un bonheur... Il l'a été.

Voici les photos, prises entre le refuge de Totalp Hütte (2385m), et le glacier au pied de Schesaplana. Vous avez déjà vu tout çà, si vous suivez un peu, puisque j'ai marché au même endroit l'an dernier.

Cette année, je volais... Et il volait aussi, ce matin du 3eme jour...

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Totalp Hütte, avant de partir. Il est un peu moins de 8h, nous avons trainé. Je suis sortie profiter du matin lumière vers 6h30, puis solide tit' dej, photos... Il doit faire une dizaine de degrés, on va monter à 3000m, mais on marche bras nus. Je vais garder le pantalon long, car je ne sais pas dans quel état sera le glacier. J'aurais du me mettre en short direct. La chaleur a été terrible tout au long de la journée.

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Le panneau en haut de la cote en dévers bien instable est un panneau frontière entre l'Autriche et la Suisse :)

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Le haut de Schesaplana, 2970m, facile d'accès si condition physique ok et pas peur du vertige, du moins par cette face là. Par "l'autre coté", faut être un vrai pro!
Là haut.. ce qu'il a écrit sur le livre souvenir, je n'en parlerai pas. çà me fait mal d'y penser. A ces mots que je n'entend plus.. Là haut, c'était immense. Bien plus haut que ces mètres qui ne veulent rien dire.

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Ensuite, nous avons repris le sentier alpin, jusqu'au glacier, les pieds dans la neige. L'an dernier Schesaplana était sous la neige, j'avais plongé parfois jusqu'aux genoux.

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Nous avons grimpé "par derrière", puis sur la droite du pic. On peut aussi arriver par la droite, et grimper par la droite. Vous remarquerez que grimper par la gauche est... euh? si? on peut? :)

Posté par Laouenanig à 17:01 - rêves de montagnes - Commentaires [2] - Permalien [#]

07 septembre 2009

Trop facile...

Je n'aime pas le Golfe, disais je... Avant. Quand je ne le voyais que "de la terre". Quand je n'en avais pas saisi la dimension essentielle.

Laquelle? La longueur, la largeur, la profondeur, la hauteur (si si j'insiste, la mer a une dimension verticale évidente), la clarté?

Pfff... disons un mélange de tout çà, une dimension sans nom, la sienne.

Et j'ai aimé le Golfe. Vu de la mer, vu de la terre. C'était parfois trop facile.

Quand le soleil était généreux, mais pas assommant, quand le vent était présent, sans être ingérable, quand le bateau filait vite, gitait jusqu'à effleurer l'eau de son bord supérieur, quand rien n'était silence, que claquements de voiles, et rires des enfants...

Trop facile. Le Golfe faisait tout pour se faire aimer...

Il y eut des moments où le Golfe fut plus difficile à aimer.

Quand les nuages noirs annonçaient le grain, quand la pluie effaçait les contours des iles, trempait les voiles, pénétrait les vetements. Quand le brouillard brouillait les notions de distance.

Quand le soleil se faisait cruel, combiné à un manque quasi total de vent. Quand les mains pendaient lamentablement, trempant dans l'eau immobile, cherchant un peu de fraicheur, mouillant ensuite les nuques brulantes.

Quand le ciel était gris maussade, que rien ne semblait être vivant, qu'encore une fois le vent s'était oublié.

Quand même sans ciel gris ou soleil cruel, le vent était si "ailleurs", que le bateau semblait reculer, sous la force du courant. Quand "semblait" n'était même plus de rigueur... Quand il reculait vraiment. Quand la vitesse n'était qu'un souvenir, que les heures passaient. Que dire "nous avançons très très lentement" aurait été d'un optimiste pur. Quand faire de la voile n'était plus un jeu de patience, le mot n'étant plus assez fort. Quand le silence s'abattait sur nous, celui des voiles sans vie, celui de l'eau sans mouvements, celui des enfants, lassés, le notre, impuissants...

Alors, j'ai Aimé le Golfe...

Sous la pluie, oh oui... Je l'ai aimé sous la pluie. Qui a dit "c'était trop facile"? :) Peut être.. Pour moi, peut être...

Je l'ai aimé sous la lenteur désespérante des heures qui passent sans que rien ne bouge. La patience, le renoncement, l'abnégation, je sais ce ce que çà signifie.

Trop facile... Il a été trop facile à aimer, mais il s'est parfois présenté sous un visage implacable. Là, je l'ai aimé de toute la difficulté de l'aimer...

Et finalement, après ces heures immobiles, après ces murs qui ont un moment semblé nous stopper, après TOUT, nous sommes toujours rentrés au port...

Toi... Tu as été trop facile à aimer. Tu as tout fait pour çà. Et tu l'as très bien fait.

Sont venus les moments où ... je ne veux pas en parler.

Trop, tu me demandes trop, j'accepte le "trop", j'accepte le "tout", mais "tout" n'est certainement pas assez.

La patience, elle porte mon nom. Le silence, même si il me brise, je l'endure. La lente dérive, ces sensations de chute, je les encaisse.

En juillet, tu étais si facile à aimer... Et le vent est tombé brutalement, et je manque d'air, et je manque de toi, même collé à ta peau.

Et.. je t'aime pourtant, de toute la difficulté de t'aimer. Toi qui ne liras pas ces lignes.

Et je suis fatiguée, épuisée, à bout de forces et de nerfs parfois. C'était si doux, de t'aimer, quand c'était "trop facile". La vie était si belle, enfin je n'avais plus à me battre, juste à me laisser aimer, juste à t'aimer. Là, il me faut supporter ces heures de doute, ces jours d'angoisse, ces cordes dont tu te lies les bras, le coeur, qui te tirent en arrière. Loin de moi. Ce brouillard, ce mur qui me coupe du futur, que tu as toi même construit. Ce silence entre nous, cette distance, même au creux de tes bras. Ces élans que j'ai du stopper, par peur de t'étouffer. Je ne sais plus comment je dois t'aimer... Faire semblant d'être heureuse, de me contenter de ce qu'il me reste, espérant que ce "reste" ne parte pas en poussière.

Et finalement, après ces heures immobiles, après ces murs qui ont un moment semblé nous stopper, après TOUT, nous sommes toujours rentrés au port...

çà, c'était sur le Golfe... Là, c'est toi qui tient la barre, c'est toi qui est maitre du vent. Tu peux décider de me perdre en mer... Et à force de t'accrocher au passé, tu finiras par couler le bateau. Ne crois tu pas que malgré TOUT, nous pouvons continuer à espérer rentrer au port? Ensemble

Posté par Laouenanig à 14:07 - mon âme à nu - Commentaires [4] - Permalien [#]


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