face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

23 août 2007

Liechtenstein, verticales lumières... (1)

Avant tout, et sur  le conseil de Mélusine, une petite carte pour préciser la situation géographique du pays.
C'est vrai: un état de 25km de long, ce n'est pas forcément évident à situer!
Le Liechtenstein, en gros, c'est coincé entre la Suisse et l'Autriche, et donc, logiquement vers le côté Est de la Suisse

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En gros, c'est à 250km de Mulhouse, en passant par Bale et Zurich.

Plus précisément, voici une minuscule carte plus détaillée:

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Beuh... Cliquez pour  ouvrir dans une autre fenêtre, sinon vous ne verrez pas grand chose.

J'ai crayonné plusieurs points:

Vaduz, la capitale
Malbun, station de ski à 1600m (au pied des pistes, 2000m en haut) point de départ de notre rando.
Pfälzerhütte, le refuge de montagne où nous avons dormi à 2108m d'altitude
Le Naafkopf, sur le point frontière entre Liechtenstein, Suisse et Autriche. Là où nous devions aller.

Pour aller de mon coin de Forêt Noire au Liechtenstein, deux solutions. Naturellement j'ai choisi la mauvaise!
Rejoindre Freiburg, puis la Suisse, par l'autoroute.
Musarder sur les routes nationales, vers le lac de Constance (Bodensee pour les germanistes), passer en Autriche, rejoindre Vaduz.

J'ai voulu jouer la touriste, je n'aurais pas du!
Rejoindre le Bodensee, ok. Mais ce lac là (que vous voyez sur la première carte) doit faire 80km de long!
En fait, c'est une succession de villes et villages, on sort d'un bourg pour rentrer dans un autre.
La circulation au mois d'aout y est indescriptible, et au plus on avance vers l'Est, au plus les bouchons sont denses.
Nous traversons des villes agréables, qui sentent bon le tourisme aisé, et la douceur de vivre. Pas le temps de faire une pause, ni même une photo, l'heure tourne... Et il nous faut dénicher de quoi se loger à Vaduz et si possible dans un budget correct (mission impossible dans ce coin là d'Europe).

Je me dis: arrivés au bout du lac, nous allons enfin pouvoir rouler!
Mais non.
Deux solutions encore:  payer la vignette annuelle de l'autoroute autrichienne et rouler.
Se trainer sur la route.

Payer pour faire un si court trajet est idiot, j'essaie de ne pas m'énerver, et je bouchonne...
Côté autrichien c'est pire encore qu'en Allemagne...
Je me maudis de ne pas avoir choisi l'autoroute suisse.

Nous atteignons Vaduz exténués, avec plus de deux heures de retard sur l'horaire prévu par michelin. Les sites internet, c'est génial!
On vous dit: il faut 1h pour parcourir 90km à 90km/h...
Ouais... Et si on roule à 30? Vous croyez qu'on le fait exprès?

J'ai l'adresse de l'auberge de jeunesse de Vaduz. Il me faut d'abord la dénicher. Ensuite, je me rends compte qu'il est 15h50 et qu'elle ouvre à 17h.. Il nous faut être ici à 17h, et même avant, sinon nous risquons de rater les seuls hypothétiques lits encore dispo.
Nous décidons de rester devant la porte, il fait beau. Pendant ce temps, je file à la banque changer de l'argent.
Car ici, on paye en francs suisses.
Trouver une banque au Liechtenstein, c'est un peu comme trouver un poulet dans un élevage intensif breton: y en a une tous les 5 centimètres.

Je débourse une somme "certaine" pour dormir à l'auberge, mais je m'estime heureuse. En fait, ce n'est pas si cher que çà, mais à 3, çà grimpe vite vu que l'on paye "au lit".

Balade à Vaduz ensuite, où nous découvrons un... tournoi de beach volley en pleine ville.
Vaduz est une exquise petite ville, propre, calme, raffinée. Dans les commerces, vous avez le choix:
- Souvenirs du coin made in... pas d'ici (comme partout)
- Bijoux somptueux, souvent des pièces uniques
Minimoi contemple une étiquette, sur une "petite pièce". Man? Ce n'est pas le prix j'espère?
Je  jette un oeil: si si.. Mais ce sont des francs suisses, en euro çà fait beaucoup moins cher! Oui, seulement le prix d'une petite voiture neuve...
Les plus belles pièces ne portent aucune indication de prix bien entendu.
Vaduz, pour le touriste rmi-iste que je suis, c'est un peu comme un musée: on regarde, on ne touche pas, on repart la tête pleine de belles images.
Heureusement nous nous rattrapons sur les touristeries de base, faut bien dépenser nos derniers euros. Ici, on accepte les euros bien entendu, tout argent est bon à prendre.
Balade dans les rues, aux jolis jardins, et aux garages bien garnis. Vivre ici doit être vraiment agréable. Un peu de classe, beaucoup d'argent, et c'est une place au paradis (fiscal).

Ecroulés de rire, nous découvrons dans une cour, une superbe voiture: une Super5 rouge!
Tiens? Ils n'ont pas mis tout leur argent dans leur voiture ceux ci!
Minimoi et moi nous sommes d'accord: à choisir, on se prend une maison à Vaduz, et adieu grosse voiture!
Bah... çà coute combien une maison à Vaduz?

Autre chose remarquable: en pleine zone résidentielle, loin des batiments modernes qui abritent des banques somptueuses, des petits panneaux discrets indiquant des maisons tout ce qu'il y a de plus discrètes elles aussi.
"banque X", ou "société Y".
Minimoi point d'interrogationne: une banque dans cette maison, méééééé?
Je lui explique, les adresses postales des sociétés basées ici pour le paradis fiscal, les banques très privées où l'on arrive en grosse voiture, sur RDV, avec sa mallette.  Le genre de maison où ni elle ni moi ne rentrerons jamais. Enfin, si elle y arrive, j'en serai heureuse!

Oui, Vaduz est un musée. Le musée du bien vivre, avec élégance.
Vaduz est aussi mondialement connue pour le nombre astronomique de lettres oblitérées ici: les timbres du Liechtenstein sont très très côtés.

Petite précision politique: le pays est une principauté, sur laquelle règne une famille princière.

Sur  les hauteurs, le superbe château est en rénovation, et la grue gâche "à peine" la photo.
La montagne est truffée de demeures plus somptueuses les unes que les autres. Nous n'avons pas la tenue adéquate pour en faire le tour!
Déjà prets pour la montagne!

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Samedi matin, 6h...
Il pleut. C'était prévu, je ne suis pas surprise. Mais j'angoisse à la vue des montagnes totalement invisibles.
Hier, en Allemagne, j'avais regardé une chaine tv satellite avec les webcam de toutes les stations de ski et les stations touristiques suisses. Une vraie cata en temps de brouillard!
A 2800m-3000m, il faisait -5°C, et la neige était abondante.
Sur le Liechtenstein, point de neige mais un temps à sortir sa scie électrique pour tenter de découper le brouillard en rondelles.

6h... Par la fenêtre des toilettes j'aperçois un mirabellier. Bien garni. Les mirabelles sont notre gourmandise favorite.
Je file dehors, avec un petit sac, ramasser toutes celles tombées à terre.
Mais, mue par mon estomac, j'oublie que la porte n'ouvre pas avant 7h, et que si il est possible de sortir, on ne peut rentrer qu'avec le code. Code qui est resté dans la chambre bien entendu.

Le sac bien rempli, je suis bien ennuyée.. Il est 6h35.
La fenêtre de notre chambre est au deuxième étage. Si je grimpe sur le muret étroit, je pourrai peut être jeter des cailloux sur la vitre et réveiller ma fille? Sinon il me faudra attendre, et il fait froid!

Je suis debout sur le muret, il pleut. Soudain, un bruit: une jeune fille  d'origine asiatique sort de l'auberge. La porte automatique se referme lentement... Je cours!! Il faut que j'atteigne la porte avant qu'elle ne soit refermée. La jeune fille point d'interrogationne aussi.
Il pleut... Et le sol est trempé. Mes baskets sont lisses.
Je dérape, tombe sur le cul, et glisse lamentablement jusqu'à la porte, que... je referme moi même du pied.
Ecroulée par terre, je m'attends à entendre la jeune fille hurler de rire.
Digne, je lui explique: le code, la porte fermée etc.
Elle garde son self control, et me dit qu'elle n'a pas le code, mais que la porte va bientôt être dévérouillée. Elle, elle part faire une petite balade et reviendra quand ce sera ouvert.

Je me relève, la remercie, et la regarde passer le coin de l'auberge.
Je ne vérifie pas, mais j'imagine qu'à peine hors de ma vue elle a du se plier en deux et décéder de rire sur le champ.
Ah ces Asiatiques! Quelle maitrise! Perso, je n'aurais pas pu me retenir.

De retour dans ma chambre, j'évite de raconter l'incident pour ne pas que Minimoi réveille toute l'auberge en hurlant de rire.
Cela fera le bonheur des enfants ce soir, au refuge.

Nous partons vers Malbun, avec la ferme intention de marcher jusqu'à ce que le temps, ou la pente nous fasse rebrousser chemin.
Arrivés au village après une quinzaine de kilomètres à couper le souffle (et toute force dans le moteur de ma 106) c'est la consternation.
On ne voit pas les montagnes!
La pluie se calme, mais le brouillard est bien installé.
Nous entrons dans l'office du tourisme, et demandons des nouvelles du temps à la jeune fille.
Aucune amélioration aujourd'hui, et pluie forte cette aprem. Yes!!!
Je lui demande si il est raisonnable de faire de la rando par un temps pareil, et ce qu'elle nous conseille, elle qui connait l'état et le danger des sentiers du coin.
Naafkopf? pas question, sauf si vraiment costaud. Et franchement, vous ne verrez rien du tout, pas la peine.
Pfälzerhütte? Bah.. Pas par l'Augstenberg, trop risqué, glissant, et vue totalement bouchée.
Elle nous conseille de monter par Täli Höhe, c'est très pentu, mais moins risqué.

Après concertation, nous décidons d'y aller. N de D! Même sans rien voir, nous passerons les 2000m, et nous entendrons les vaches à défaut de les voir brouter.
Car ici, les vaches ont toutes une cloche.

Voici l'extrême limite du village de Malbun, en grimpant sur le minuscule sentier

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En regardant vers les poteaux du téléphérique, nous apercevons un paisible taureau

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J'arrive encore à faire quelques photos de jolies fleurs alpines, avant que le brouillard ne nous avale définitivement.

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La dernière est une orchidée, bien entendu, mais j'avoue ne rien savoir de plus.
Je peste: autour de moi des fleurs totalement inconnues, voisinent avec des aconits, et d'autres qui me sont familières. Et ce temps abominable m'empêche de les photographier, et surtout de les admirer.

Après ces photos là, je ne sortirai plus l'appareil. Le brouillard nous digère, et nous ne voyons plus rien du tout.
A Täli Höhe nous rejoignons un groupe assez nombreux de randonneurs qui grimpe vers Pfälzerhütte. Je décide de suivre ce groupe: avec le brouillard le balisage est invisible (peint sur les roches), et ils ont peut être un téléphone qui fonctionne (le mien ne capte plus ici).
Et... ils se perdent!
Quand le lendemain je verrai la crête où ils nous emmenaient, j'en tremblerai!
Chose amusante: pour rejoindre le bon sentier, ils coupent par la pente, qui est défoncée et vertigineuse.
Sagement, nous rebroussons chemin jusqu'au croisement, et... nous arrivons avant eux. Comme quoi, en montagne, la ligne droite est peut être le chemin le plus court, mais pas toujours le plus rapide.

Nous atteignons le refuge, et je ne distingue ses murs de pierre qu'en étant à moins de 2 mètres.
Le groupe va manger ici, car le refuge fait resto, et redescendre par le difficile sentier qui passe par l'Augstenberg, cette aprem.
Dans ma tête, le disque dur surchauffe.
Je demande aux "refugistes" (on dit bien aubergistes!!): et le temps?
Pluie forte cette aprem, demain beau.
çà surchauffe de plus en plus...
Etre montés si haut, et ne rien voir, redescendre sur un sentier casse gueule (et encore, j'étais loin de la réalité), renoncer à tout, à la vue, au plaisir... NON.
Mééééé, gros problème: je n'ai plus que 50 euros en poche! C'est tout ce qu'il me reste, et ici on ne prend pas la carte bleue bien entendu.
J'assume: je tente d'expliquer que je n'avais pas prévu du tout de rester une nuit, et je demande le prix des lits en précisant que je n'ai qu'un seul sac de couchage.
Car j'ai emporté mon sac de couchage, ainsi qu'un minimatelas. Pourquoi? Pour le cas où nous devrions dormir au refuge justement. Ou pire: si nous étions bloqués dehors. Les enfants auraient partagé le sac, serrés comme des anchois, et moi j'aurais rêvé à un peu de chaleur.
Le prix est convenable. La dame nous montre notre chambre, glacée, mais superbe.
Minimoi gémit: méééééé? quelqu'un va peut être partager nos lits?
Ben oui! ici c'est un refuge de montagne, et en pleine saison tout le monde s'entasse. La chambre d'à côté contient 21 places!
Nous squattons un lit chacun, en espérant ne pas avoir à le partager avec quelqu'un d'autre. çà doit être très sympa, mais les enfants se sentiraient génés.
Problème numéro 2:
J'ai emporté de la nourriture, mais pas pour 2 jours.
Il y a de quoi manger frugalement ce midi, gouter, grignoter deux barres de céréales et une pomme pour le petit dej demain, et finir le sac à midi. Il faudra donc manger ici ce soir.
Je compte et recompte mon argent. çà peut le faire!

Dehors, la pluie s'intensifie. Nous mangeons un peu, et filons nous mettre au lit pendant que nos vêtements sèchent dans la chaufferie, seule pièce chauffée du refuge. (nous avons portés des habits propres)
Ici, il y a l'électricité, et l'eau courante. J'ai cru comprendre que l'eau était de l'eau des montagnes, traitée par un procédé compliqué.
Elle est bonne...
Je repense à toutes les crottes de vaches, de bouquetins, et de mulets (j'en ai vu plein) qu'il y a autour du refuge, et je bois...

Petite sieste. Jeux. Ennui.
La montagne est là, et mes jambes brulent d'inaction.
En fin d'après midi, je tente une sortie. La pluie s'est arrêtée, mais le brouillard est toujours aussi dense.
Voici le refuge:

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Si si, je vous le jure: il y a un refuge! Et encore, la visibilité est meilleure que tout à l'heure.

Voici le sentier par lequel nous sommes arrivés ( à flanc de montagne) , en descendant de la crête que vous ne pouvez pas voir (et nous non plus nous n'avons rien vu)

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Je grimpe quelques minutes en direction de l'invisible Naafkopf. Le sentiers est superbe. Un tas de cailloux, et de la terre trempée et lissée. En montée çà passe, dans l'autre sens quasiment impossible de ne pas se vautrer.
Les fleurs sont magnifiques, j'en bave.

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Je redescends pour ne pas laisser les enfants seuls au refuge.
Et là, sur ma droite, un cri. Je pense à un oiseau, du genre corbeau.
Non! Sur un rocher, une silhouette dressée.
J'en crierais de joie si je n'avais pas peur de la faire fuir: une marmotte!!!

Justement, nous avons de quoi manger, mais pas de chocolat. Et comme nous sommes au pays du chocolat, je m'avance vers le pierrier où vit la marmotte, celle qui met le chocolat dans le papier alu.
Tout à l'heure, dans la brume, nous entendions les cloches des vaches tinter. Si le brouillard s'était levé, je n'aurais pas été étonnée de découvrir une vache mauve...
MIIIIIIIIIIIIIIIIIILLLLKAAAAAAAA!!!!!!

En fait, nous avons même du pousser les vaches sur le sentier pour passer

Je m'approche... Je suis à 5 mètres maxi. Accroupie, je ne bouge plus. Photo, floue, car le zoom numérique c'est vraiment de la daube.
Mais quelle émotion!
Sérieux: j'en laisse couler une larme. Va expliquer pourquoi..

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Un fil empeche l'accès au trou de la marmotte, trop près du refuge.
J'avance encore un peu. Elle finit par retourner dans son home sweet home.

Retour au refuge...
Ici, le repas du soir est servi entre 18h et 19h.
Après un rapide calcul, je commande la spécialité du refuge: pates revenues à la poele, limite grillées, courgettes, carottes, et saucisse coupée.
Le patron me montre la taille "pour une personne", c'est à dire une poele de 26cm mini. J'hallucine...

Nous nous mettons à table, sous le regard discret des locaux qui doutent de notre capacité ( 2 faibles femmes maigres) à torcher nos deux poeles.
Et pourtant, nous les torchons...

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(L'assiette faisait plus de 35cm de diamètre)

Je valide le post, avant de vous montrer les photos du soir

Posté par Laouenanig à 07:34 - voyages - Commentaires [5] - Permalien [#]

Quelque chose à dire?

    super...

    la marmotte!!!
    et tout le reste aussi...
    il en faut du temps pour tout te lire!!!
    mais c'est toujours tellement bien ecrit qu'on ne le voit pas passer!!!
    pa poélée de pomme de terre me rappelle qu'il est temps que je prépare le déjeuner de "bleu"
    ))))
    a+
    biz!!

    Posté par melusine, 23 août 2007 à 12:44
  • attenton aux aconits, très toxiques!!

    Posté par pennarcher, 23 août 2007 à 20:31
  • Juste pour te dire que tu as de la chance : l'orchidée n'est pas un Dactylorhiza ! Il pourrait s'agir d'un Gymnadenia, mais bon, je ne sais pas trop.

    Posté par Cornus, 04 septembre 2007 à 20:45
  • naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan!!!!
    mdr!!
    ne me parle pas de dactylorhiza )
    et connais tu le nom des fleurs roses mélangées aux aconits bleus?

    Posté par laouen, 04 septembre 2007 à 21:54
  • Il semblerait qu'il s'agisse d'un Adenostyle : Adenostyles alliarae ou A. glabra.

    Posté par Cornus, 04 septembre 2007 à 22:13

Allez y lachez vous!