D49
Journée en point d'interrogation.
J'écrivais hier: je refuse les mains tendues. Et pourtant, inconsciemment je me laisse approcher par ceux qui n'ont pas peur de se piquer. De loin.
Sans m'en rendre compte, je donne encore.
Alors, quand sans explications, les rires se transforment en silences pesants, je ne peux m'empêcher de me dire:
Tu vois...
Et moi aussi alors, je retourne dans le silence.
Pas dans mon bocal, pas dans ce silence oppressant, celui qui crie si fort qu'il me vrille la tête.
Non... Je repense au Silence.
D49.
Une lettre, deux chiffres.
Une route, du bitume gris. Le soleil qui joue avec les nuages. Les prairies d'un vert vif, les sapins en contraste, argent du tronc, vert sombre en dentelles.
Du vert, du gris, du bleu, et le Silence.
La pente que je ne ressents pas. Impossible. Quand on s'élève, comment peut on ressentir la pente alors que l'on est la pente?
L'air qui sent la fraîcheur de l'été qui s'en va, la douceur de l'automne qui est encore loin.
Les mains à peine posées sur le cintre, les jambes souples, pour éviter les à coups.
Surtout, ne pas faire de bruit, ne rien gacher, faire oublier à cette route que je l'écrase de mon poids.
Le vélo glisse comme un oiseau planant.
Je ne peux pas décrire la route, ni le paysage, et pourtant j'en connais tous les détails.
Mais rien ne peut décrire une sensation.
Ni le Silence...
Le temps qui court, la conscience de ces secondes, et pourtant, jamais je n'ai pensé: tout çà a une fin, dommage...
Non. Je savais. Tout çà a une fin, mais tout çà, pour l'instant, EST.
Alors... Vivre, respirer.
J'ai l'impression que je découvre la définition du verbe respirer. Jamais l'air n'était allé aussi loin dans mes poumons.
Je ne vois pas le paysage, je le vis.
Et surtout, j'écoute le Silence.
Celui qui ne se raconte pas, qui ne se traduit pas, sur lequel on ne disserte pas, sans mensonges, sans méprises.
Le Silence qui porte, bien plus haut que mon corps, qui a la forme et la profondeur d'une âme, et je plonge dedans... Je plonge en m'élevant. Non... Le mot est maladroit.
Je m'envole dedans.
Le Silence si leger, comme un caresse. Et en même temps si intense que je pourrais le serrer dans mes bras.
Je tourne la tête à droite, croise le regard du rapace, tout en douceur, tout en silence, pas une plume ne bouge.
La descente approche,et sans regrets, pleine de l'instant, je laisse couler, fluide...
Là haut, si j'avais levé la main j'aurais touché le ciel.
C'était bien inutile, j'étais le ciel...