Desert road,to Alep
Desert road,from nowhere to nowhere
çà me rappelle encore cette chanson,et Bagdad est si près...
Nous quittons Palmyre, il est 10h et la journée promet d'être... chaude
Plongée dans le desert, un village tous les 50km environ
Ce n'est plus la route de Damas, ici elle est étroite parfois, et terriblement defoncée.
Nous rigolons en pensant à la concentration de 4X4 au mètre carré dans les villes françaises.
Ici, il faudrait quoi alors? un half track?
Tous les 200m le chauffeur freine. La route est defoncée sur 10m de long, mais à un point!
Les cailloux ressortent, les trous font parfois 20cm de profondeur. Il
faut quitter la route de temps en temps, prendre la piste qui est plus
"circulable"
Personne. Un long ruban tout droit, ou se perdant
dans de longs virages. Sur la gauche, un alignement de poteaux
electriques plus ou moins droits, plus ou moins alignés, impression
saisissante de fuite.
Desert sableux, pierreux, clair. Parfois le
sable est presque blanc. A droite, la plaine immense. On peut
apercevoir quelques taches vertes, oasis lointaines. Et à force de
regarder, on voit la mer! La mer, à l'Est, direction Irak? Premier
mirage.
A gauche, les montagnes. Austères, jaunes pales. Le
sable a coulé jusqu'en bas et le somment expose au soleil son roc
denudé.
Sur la droite, 2 vautours se bataillent pour un bout de carcasse.
Et tous les 200m, aie, bing, re-aie.....
A cette allure on n'est pas rendu. Et on.... s'en fout.
Ici, le temps se déguste, on ne le gache pas.
On a pris l'habitude de ne plus regarder l'heure, la vie s'écoule lentement.
La route se resserre. Montagnes à gauche, et à droite une succession de
petites collines, comme une vague figée dans un eternel sommeil. La
respiration du desert..
C'est magnifique.
Premier village qui se rapproche. C'est l'instant decouverte. Une agitation extreme.
Des gamins qui courent, des motos qui crépitent, des ânes, un vrai village de Bédouins.
Maisons à demi en ruines, parpaings disjoints, revetement à refaire (mais quand?) .
Un village où les Bédouins se ravitaillent,vendent la laine. De grands
sacs se chargent, se déchargent, farine, grain, sucre, huile..
Quelques voitures d'un âge certain. Le plus souvent, des enormes pick up Chevy ou GMC.
Mieux qu'un chameau, plus pratique.
Ici, point de ruines romaines, point de Cham Palace. Le desert, ses habitants, les moutons, les chèvres.
Je dis au chauffeur: "no tourists! " Il rigole
Nous quittons la route pour une plus petite, piste à peine goudronnée,
qui s'en va dans un paysage tout plat. Rien, rien ,et rien.
Mirage encore?
Non: au beau milieu de la route qui s'arrete, perdu au milieu de nulle
part, un chateau immense, d'un coté le palais, de l'autre la mosquée.
Construction ocre, qui ressort sur le desert si clair. Tours ventrues, murs epais, restes de colonnes. Impressionnant.
C'est le Qasr al Hayr al Sharki.
Loin des circuits touristiques
Il fait bon, le vent balaie le sable, brule les yeux, mais c'est supportable
le pire en Syrie coté thermomètre, et il est midi
Retour vers la grand route, mieux entretenue. Des pneus eclatés, des traces de freins.
Les camions roulent surchargés, trop vite, et certains sont en ruine.
Le chauffeur nous dit: "Highway to Irak". OK, si çà c'est une
autoroute, je ne préfère pas savoir ce qu'ils appellent une
départementale.
Discussion en anglais: j'apprends qu'il y a 3j il faisait 42 degrés à Grenoble!!!
Tant
mieux! moi qui ne supporte pas la chaleur, je suis venue en Syrie pour
être au frais, car à Palmyre on devait tourner à 38. Petits veinards
que nous sommes!!!
Soit nous sommes habitués à la chaleur, soit, vraiment, la secheresse de l'air rend tout supportable.
Quelques villages, misère brute, remontée vers le Nord. Au loin, comme
un autre mirage posé sur une immensité plate et decouverte, les
murailles en ruine de Rassafé. Ex ville romaine, grecque, byzantine,
arabe etc... Plusieurs fois détruite, endormie doucement dans le sable.
Vent violent, rien à garder mais alors ? Ce fut à un moment la frontière est de l'Empire romain.
Murailles
detruites, immenses: 500m sur 400! Immense site, où l'on decouvre des
merveilles à chaque pas. Pierres taillées,, colonnes, portes
monumentales, et même un puit taillé dans un blog: tout est en gypse!!!
Pour ceux qui ne connaissent pas, on dirait du quartz, çà laisse passer un peu de lumière.
Venir
ici au coucher du soleil doit être un moment de grande emotion: les
couleurs rousses de la terre, les colonnes, le blanc laiteux du gypse
traversé par le soleil..
Pas de chance, il est 14h et il faut rentrer
Tiens? Il est 14h, nous sommes en plein desert, soleil au zenith, et il fait bon!
La remontée vers le Nord continue, et le desert s'estompe lentement.
Soudain,
sur la Droite, un peu de bleu: l'Euphrate. Que celui qui n'en a jamais
entendu parler lève le doigt. Le Tigre est plus loin, mais là, juste
derriere ce fleuve commence la Mésopotamie, berceau de nos
civilisations.
Des tuyaux et de grosses rigoles amènent l'eau vers
les champs. Par ici, pousse le coton, et le blé. La moisson est presque
terminée, les engins ont laissé la paille sur le sol et les femmes la
ramènent en tas. Des troupeaux de moutons broutent la paille fraiche.
Poste
de garde militaire, treillis, mitraillette, keffieh. Controle des
passeports et papiers du véhicule. Le barrage du lac Assad est un point
stratégique.
Eaux bleues inouies,une envie de se baigner à hurler.
La route serpente sur une colline plantée de pins.
Dernier
virage, et le choc. Comme une presque ile sur la mer, un chateau fort
au sommet d'une petite colline, bati en petites briques, comme les murs
de Babylone.
Entre la roche et la muraille, des nids de rapaces,
sortes de faucons blancs à têtes sombres. Ils crient et tournent sur le
lac, comme des mouettes.
Il
est 15h30 et nous n'avons pas mangé. Ici tout le monde mange très tard,
il fait trop chaud. Quelques crudités au bord du lac, de quoi arranger
nos intestins déjà perturbés.
Nous repartons vers Alep. les petites routes laissent la place à une voie rapide à 4 voies.
A 10km d'Alep le chauffeur veut faire le plein, et naturellement, la station se trouve dans le sens inverse. Qu'importe!
Il
s'en rend compte passé la station, s'arrete sur la bande d'arret
d'urgence (elle sert à tant d'autres choses!) et fait 1/2 tour.
Accrochez vous ,ce n'est pas fini!
Donc, nous roulons à contre sens sur le coté vers la station qui je le répète est de l'autre coté.
Il
y a une brèche dans la séparation des 2 sens de circulation, mais pour
l'atteindre il faut d'abord traverser les 2 voies. En rappelant que
ici, 2 voies veulent dire 6 voitures de front car chacun fait sa voie.
On se lance, vite, au milieu! Encore 2 voies à traverser, un peu de
courage, hop! à la station.
Vous êtes toujours là? Alors allons y. les cardiaques, fermez les yeux.
Devinez le prix de l'essence? Personne?
38 centimes.!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Avouez
que çà fait envie hein? Personne n'a succombé à un arret cardiaque?
Bon, alors je vous achève: Le prix du gas oil...... Un petit effort?
oui? non?
11 centimes!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Et le chauffeur
nous explique: vous, en France, vous payez 1 euro,ok, mais pour nous,
ces prix là c'est une honte car nous avons du pétrole! Aux Emirats faut
encore diviser!
Je pige maintenant pourquoi on rencontre d'enormes
4X4 US immatriculés dans le Golfe, peuvent se permettre de rouler en
V12 6litres!
Pause pour retrouver un rythme cardiaque normal.
Nous
retraversons la voie rapide: il est 18h et la circulation est intense.
Un flot continu de voitures et de camions arrive sur nous. Nous ratons
de justesse (1 mètre) un camion qui fait gueuler son klaxon. Pause au
milieu, dernière traversée et c'est gagné
Nous n'avons même pas transpiré, il ne nous restait plus de sueur vu la température!
Arrivée à Alep, mais ceci est une autre histoire..