face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

18 septembre 2007

Avec mon tour, je positive...

Journée 2 de ma vie de forçat.
Aujourd'hui, c'était le purgatoire. Demain, l'enfer commence.
Po-si-ti-vons.

16h25. Je viens de me lever. Je me suis allongée depuis 2h, sans jamais réussir à trouver le sommeil.
Cette nuit, je vais dormir 4h, ou 5 si vraiment j'arrive à m'endormir tôt, et à me lever quand le réveil sonne.
Mais je me connais: quand je dois me lever en pleine nuit, je ne dors pas.
Et j'ai déjà discuté avec des personnes qui m'ont confirmé ne pas avoir pu dormir, malgré l'habitude et l'épuisement.
Ce matin par exemple, je me suis réveillée à 3h50. Pour partir à 5h30. Déjà toute déréglée.
Et faut se lever tôt, car on ne part pas à l'usine avec une cracotte dans le ventre!

Les paris sont ouverts:
combien de temps tiendrai je avant d'avoir un accident de voiture?
ou de tomber le nez dans ma machine?

Mais j'exagérais quand je disais que ce genre de boulot était inhumain...
Alors po-si-ti-vons.

J'ai bossé 7h45 non stop. Une coupure EDF m'a forcée à venir à 6h au lieu des 8 prévues, et demain je devrai rattraper 1/4h.
Ce sera donc 4h30- 12h45. Comme on ne finit jamais à l'heure...

Je viens de me trainer jusqu'à l'ordi, j'ai les jambes en plomb. Piétiné pendant 7h45.

Prendre une pièce, me retourner, me pencher, appuyer sur la pédale. Enlever la pièce. Me retourner. Prendre une autre pièce...
De l'alu lourd et massif, aux bords coupants qui déchirent les mains.
J'ai estimé le poids soulevé en 7h45: 3,5 tonnes.
Tout çà avec des mouvements de rotation vicelards, qui démontent le dos sans que l'on ne s'en rende compte.

Avec la fatigue, je ne me suis pas rendue compte que certaines pièces "avançaient" quand je serrai les mâchoires de la machine.
Résultat, une heure de production foutue. Mon chef n'a rien dit, mais je risque ma place car je suis là à l'essai.
çà arrive à tous m'a dit le régleur... on est tous passé par là. Et en plus les mâchoires ne sont pas adaptées a t'il fini par avouer...
Mais ici on a une cadence à respecter. Et si il manque de matière première, la commande ne pourra pas être honorée, et je vais déguster...
M'enfin, on verra bien.

J'ai du mal à tendre mes doigts. Abimés par l'alu, et gonflés par la macération continue dans l'huile de coupe pendant 7h45.
J'ai tenté d'emprunter les gants de mon collègue: on ne "sent" pas la pièce. Résultat: les erreurs viennent de là.
C'est pas humain de bosser comme çà... au risque d'exagérer.

Demain, à 4h30, je me remettrai devant le tour, et je ferai exactement le même mouvement pendant 8h. 4 tonnes à soulever.

De temps en temps, il faut enlever les copeaux d'alu de l'intérieur du tour. A la fourche.
Mouvement de rotation et d'arrachement. Mon dos me prévient: il ne tiendra pas.
Ensuite, on se penche loin au fond de la machine, et on enlève le reste à la petite pelle. En priant pour que personne n'appuie sur le bouton vert... Elle est sous tension, le programme n'est que suspendu. J'y pense, et je frissonne...
Certaines machines  plus modernes ont des tapis qui éliminent les copeaux me dit mon collègue...
Oui, çà doit être dans un autre monde.

Il est grand et costaud, et m'avoue parfois souffrir des épaules au point de ne pas pouvoir dormir "dessus". Et les jambes.. "moi, quand j'ai commencé, je ne sentais plus mes jambes" me dit il...
Moi, je ne dis rien. Je serre les dents...
En parlant de mes erreurs, il me dit "X, qui est de nuit, quand il saura çà il dira": bien fait pour lui (le patron) !! il ne fait rien pour retenir ses ouvriers qualifiés, alors il ne trouve plus personne, les nouveaux tiennent une semaine, et ils partent. On bosse avec des gens qui ne sont pas formés là dessus, c'est logique...
Et personne ne dit rien...
Faut dire "oui oui"... toujours. Sinon, si on se braque contre l'autorité, çà devient irrespirable...
Rien n'a changé. Je me souviens. Ma grand mère, ma grand tante, ouvrières. Oui oui... Heures sup non payées, courber le dos.
Ceux qui n'ont pas pu bosser à cause de la coupure électrique viendront samedi...
Samedi? je hurlerai presque! mais ils acceptent çà???
Oui...
Le régleur n'a pas pu finir de régler la machine pour l'équipe de nuit avant la coupure EDF. Et c'est de ma faute: nous avons du trier les pièces une par une... Il lui manque 30 minutes.
Alors ce soir, il va revenir, avant l'équipe de nuit, quand EDF aura tout rebranché. Et il terminera son job.
Je regarde mes pieds... C'est pas grave il me dit... Hier j'ai fait 8h-19h...
D'après ce que j'ai compris, faut éviter de se bouffer le ventre en comptant ses heures, sinon on craque...
Ouais, courber le dos...

Je vole très haut au dessus de tout çà...
Mais à m'épuiser ainsi, je risque réellement de voler très haut au dessus de tout çà.
Demain: méga angoisse: dans l'équipe du matin, personne derrière moi. Si la machine a été modifiée pendant la nuit, je vais me planter.
Mesurer les pièces au micromètre, je maitrise mal. Certains ne maitrisent jamais d'ailleurs!
Et là, autre aspect du métier: le stress.
Certains craquent. Physiquement ils sont fatigués, mais mentalement ils balisent 24h/24. Tenir la cadence, faire du bon boulot, vite, vite, vite...
Certains font des dépressions nerveuses.
On est loin de l'idée de l'ouvrier bête et idiot devant sa machine, rien dans la tête, qui rentre chez lui pour manger et dormir.
Certains se bouffent de l'intérieur...
Tout çà pour le SMIC.

Moi je vous dis: c'est inhumain.
On me répondra: oui  mééééééééééé, plein de gens l'ont fait avant toi, et faut remercier Dieu et le patron (euh, c'est pas la même chose?) de t'apporter ta bouffe dans ton assiette du soir, ton seul repas quotidien normal. (ou presque).
Les temps modernes... Rien n'a changé depuis.

Ce soir je suis raide, ma maison est en bordel, y a plus rien dans le frigo. Youpi!
Vivement demain...

Promis juré, vous n'aurez pas le récit détaillé de mes  journées tous les jours... Sinon je ne vois plus l'intérêt de ce blog. Mais là, je suis bien incapable de vous parler d'autre chose... :-)

Posté par Laouenanig à 17:31 - mes courses contre moi même - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 juin 2007

AVEC moi même...

Voilà. Je m'assieds devant l'ordi, et les mots me manquent. Je pleure encore... Non, je ne suis pas triste, je suis tout simplement en overdose d'endorphine. Quand la douleur s'estompe, il ne reste que la molécule du bonheur qui pulse, pulse... Euphorie, qui se traduit parfois par des larmes.

Par quoi commencer?
Je ne sais pas.
Je viens de vivre le plus grand week end que je n'ai jamais vécu au niveau sportif. Même mes 2 podiums nationaux en cyclocross, ce n'était rien par rapport à çà.
Je n'ai rien gagné, du moins pas dans le sens où un sportif l'entend. Mais si, j'ai vraiment tout gagné... Ce n'était pas du sport, pas du tout.

Je viens aussi de vivre une première mondiale, je n'ai pas peur de le dire. Et que celui qui pense avoir fait plus fort que moi me jette la première pierre. Je ne pense pas risquer la lapidation. (mots mal choisi: "plus fort". idiot. chacun son Everest)
Et cette idée de première mondiale, dans l'absolu folie qui me caractérise, me fait sourire jusqu'à en pleurer de bonheur. La vérité est ailleurs.

Par quoi commencer?
Par un avant propos que je juge nécessaire, bien que je ne pense pas avoir besoin de l'écrire. Mais.
Quand j'écrivais, lors de mon trek en Allemagne: "la douleur est insupportable", ou bien "je suis allée bien plus loin que mes limites", ce n'était pas pour me vanter, ni pour exagérer et faire "de l'effet" sur mon blog.
C'est tout simplement que la douleur était réellement insupportable, et qu'il fallait un mental d'acier trempé pour la faire sienne, l'apprivoiser, et continuer quand même.
Je peux avoir l'air de me vanter parfois, car mes récits emploient souvent des mots forts.
Il n'en est rien. Je ne vais pas dire "je suis allée au bout de mes forces" si 5 min après je gambade gaiement.
Malgré mes nombreuses explications, certains, je le sais, pensent que j'en fais trop, que je me la pète.
Franchement, çà m'apporterait quoi si c'était le cas?
Du fric à chaque commentaire du genre "oh  mais Laouen, que tu es courageuse, que tu es forte"
Nawak.

Fin de l'avant propos, qui de toute façon a été tapé inutilement, vu que ceux qui ne pigent jamais rien ne pigeront pas plus cette fois ci.
Les autres, ceux qui me "sentent" à travers les mots, surtout ceux qui ne sont pas écrit, n'ont pas besoin de ces explications.

Impossible de savoir par quoi commencer...
Je résume les faits d'hier, pour ceux qui prennent le train en marche:

Arrivée à 8h sur le camp de Coëtquidan, avec une envie dingue de courir, alors que je n'ai pas couru depuis octobre 2003 (à part 4 fois 30 minutes dernièrement, avec arrêt brutal pour tendinite).
Je remarque un balisage, que bêtement j'associe à un trail qui a du se courir la semaine dernière (car pas de traces), un circuit d'entrainement pour les militaires.

Alléchée par le parcours que je devine inédit et loin des sentiers battus, je me lance.
Aucune préparation, pas de nouilles mangées la veille pour faire du stock de glycogène indispensable à l'effort d'endurance, un passif en course à pied équivalent au zéro pointé, et quasiment aucun sport depuis un an à part de la marche à pieds.
Je pensais courir 1h30 doucement, je vais courir 3h04. Je ne fais pas l'intégralité du circuit car celui ci passe à  l'intérieur de l'école militaire. Mais je me tape mes 30 bornes, avec un peu de marche à la fin. J'estime mon temps sur le circuit total à 3h30.
Et à la fin, je reste sciée par ce que je viens de faire: débuter la course à pied par un effort de 3h, c'est proprement impensable, car je me souviens, quand j'avais commencé à courir il y a fort longtemps, je ne pouvais pas courir une heure entière.
Ok, si j'avais marché, vu que je marche très vite, j'aurais fait le même temps.

Normalement, à la fin d'un effort pareil, on se doit d'ingurgiter des tas de nouilles, pour refaire le stock de glycogène descendu à zéro. Un effort de 3h en course, tape aussi dans le stock de graisse, et même dans les protéines qui composent les muscles.
Bref, il faut une diététique sévère pour s'en remettre, et du repos.

Hier soir, trop crevée, je me fais une omelette aux girolles du camp (ne pas confondre avec une grenade à plâtre), mange un bout de fromage et je file au lit.
Pas l'ombre d'une pâte avalée! Je sais que le lendemain je vais me trainer lamentablement, et payer mon effort toute la semaine.

Ce matin, suite à certains commentaires je fais des recherches internet à propos du site d'escalade du camp. Et là, en tapant certains mots, je suis attirée par une ligne sur Google: trail de Coëtquidan, 17 06 2007.
Je manque mourir!
Quelle conne, mais quelle conne!!!
Hier j'ai donc couru le trail sur sa quasi intégralité, en en rajoutant un peu même. J'aurais pu m'aligner sur la ligne de départ ce matin sans cette connerie monumentale!
Sans foncier, et sans entrainement, j'aurais fini dernière, mais c'était une bonne occasion.

Mais je souris: comme certains l'ont écrit en commentaire, j'étais là bas hier, et j'ai "fait la course" avant qu'elle ne se coure. C'est tout un symbole et il me correspond parfaitement. Il était écrit que je devais "ouvrir" la course, et non y être le jour même.
Amusée, je clique sur  la ligne, consulte le site, regarde le dénivelé (entre 600 et 700m+) et m'aperçoit qu'il est donné pour 30km.
L'an dernier le meilleur l'a fait en 2h22. La meilleure fille en 3h12, et les dernières en 4h50. Madoué.. avec mon 3h30 estimé, sans JAMAIS forcer ni être essouflée (qui finalement devait être un bon 3h45h) j'étais pas si mal que çà!
La deuxième fille l'avait fait en 3h55!

Il est 8h15, je n'ai pas déjeuné.
Je tape quelques lignes, vous expliquant ce que je viens de découvrir, je valide.
Et je  lis la dernière ligne: "se dire : non! tu n'y retournes pas"...

Le camp est à 35km d'ici, route difficile. Non! ....
La phrase s'insinue jusqu'à chacune de mes cellules... Déconne pas, déjà tu te traines entre l'ordi et la cuisine, courir est impossible!
Je ferme l'ordi brutalement, cours à la cuisine (aie bobo j'ai les cuisses raides) me coupe 3 tartines de pain, remplit mon camelback de flotte, y rajoute un peu de poudre sucrée.
No panic... Hier j'ai usé toutes mes chaussettes de sport. J'en trouve une paire trouée, au risque de me choper l'ampoule du siècle.
Mes chaussures sont propres, mais encore trempées.
J'enfile mon short d'hier, qui lui aussi est encore mouillé, mon débardeur synthétique qui pue la transpiration d'hier (je n'en ai qu'un), je prends ma licence vélo pour prouver que j'ai un certif médical, et je file à ma voiture, ma tasse de thé à la main.

Les kilomètres défilent, je roule trop vite, le temps défile encore plus vite.
Je dois ressembler à une folle, étrangement sereine, un je ne sais quoi de diabolique dans le regard. Mais loin, très loin du "premier degré".

Je me dis:
Débuter la course à  pied hier par 3h de trail, c'était nawak.
Ne pas manger pour la récup, c'était nawak.
Repartir ce matin pour la même chose, le ventre vide, le glycogène à zéro, les cuisses encore brulantes d'hier, et les muscles totalement raides, c'est plus que nawak, le mot n'est pas assez fort.
Mais.

8h55  j'entre dans l'école militaire, le départ du 30km est à 9h. 8h57 j'entre en courant (euh? je me traine en fait) dans le gymnase, court vers la dame des inscriptions qui a remballé son matos: svp, je peux encore partir sur le 30?
Oui me dit elle, dépêchez vous. Elle note mon nom, me file mon dossard que j'épingle sur mon ventre. J'ai les mains qui tremblent tellement je suis consciente de ma folie.
Je cours jusqu'à la ligne, juste pour arriver au moment du départ. Je n'ai pas mis ma montre. C'est tout un symbole. Je vais courir avec le ridicule en auréole, parait qu'il ne tue pas...

Je les laisse vite filer, impossible de suivre. Le trail est donné pour "difficile" par les coureurs, et l'état du terrain ajoute de la difficulté.
Etrange sensation que ce que je vis: je suis absolument RIDICULE, je me traine. A chaque croisement important, un signaleur, qui contemple le désastre. Je dois passer pour la plus nulle des coureuses à  pieds du monde entier, voire même de l'univers.
Si je marchais, j'irai plus vite, je ne dois pas être à plus de 6km/h!!
Mais je VEUX courir, alors je traine les pieds.
Etrange sensation, que cette euphorie de la folie, qui me fait apprécier la première heure.
Le terrain est un véritable champ de boue, piétiné. Hier, il était encore possible de courir, aujourd'hui je ressemble à un cochon crotté les pieds enfoncés jusqu'à mi mollet dans la gadoue.

Premier ravito, km12. (soit disant, informations contradictoires)
J'apprends avec ravissement que j'ai mis 1h55 pour arriver jusque là!!
OK je me suis arrêtée 2 fois 5 minutes, mais quand même...
Il y a peu, je me suis faite doubler par les premiers du trail des 17km. (partis bien après!)
Là, au lieu de tomber sur le côté me croyant à l'arrêt, j'ouvre grand les yeux pour regarder la beauté. C'est beau un coureur à pied qui vole...
Je découvre la course à pied par une compet de 30km, et je tombe des nues.
Pour ne pas gêner les coureurs, je me serre dès que j'en entends un arriver. Tous ceux qui vont passer vont m'encourager, me remercier de me serrer, et certains me diront bravo.
On est TRES LOIN des courses de vélo où le fair play n'est pas vraiment de mise.

A certains, aux ravitos,  j'expliquerai rapidement les faits: ah ben, hier j'allais plus vite!!
Ils me regardent passer comme si l'asile du coin avait fait journée portes ouvertes et que je me sois échappée...

Je prends le temps de me ravitailler, et même d'ôter mes chaussures de temps en temps pour enlever les cailloux.

km 19 (soit disant). En fait, le trail fait 34km d'après certains coureurs, annoncé pour 30.
Longue, très longue côte vers la Grande Bosse, point culminant du coin.
Au ravito, je souffle... Je sais que j'ai atteint mes limites, déjà j'ai grimpé la longue côte en marchant. Comment vais je faire pour continuer je ne sais pas. J'ai des échauffements terribles malgré le terrain "marécageux", mes articulations sont très douloureuses, et les muscles de mes cuisses tétanisés.
Au ravito, il y a un autre coureur, un peu plus âgé que moi je pense, au tee shirt portant l'inscription de son club, avec le mot "légion" dedans.
Très maigre, très affuté, cet homme là a passé sa vie à courir, c'est écrit.
J'explique en rigolant "mon cas" aux dames du ravito. Je voulais tenir jusque là, c'était comme un but ultime. Maintenant que j'ai fait les 2/3 du parcours, je ne sais pas si je suis encore capable de faire un mètre. J'ai tapé dans le mur (hypoglycémie grave due au manque de glycogène), fringale, courbatures très douloureuses, je suis au bout.

Le coureur me dit alors: tu viens avec moi, cours à ton rythme, mais on reste ensemble.
Il m'explique, pendant que nous trottons dans la descente: il est là pour bouffer du kilomètre. Le chrono il s'en fout, il fait de la distance. En effet, c'est un habitué des raids de très longues distances, les ultra-trails. Et il se préparer pour une course de 175km!!
Je suis admirative.

Je me traine de plus en plus... Parfois, pour m'attendre, le coureur marche, et je peine à le suivre. Quand je marche aussi je me rends compte QUE J'ARRIVE A LE SUIVRE! Je cours donc plus lentement que ce que je marche, mais je suis là pour courir.
Si on peut appeler ce que je fais "courir".

La douleur s'intensifie, pourtant, dans ma tête, je suis en apesanteur. Calme, d'un calme fou, fou comme moi.
J'ai oublié se vous dire: c'est un déluge continu qui s'abat sur nos têtes, çà a commencé peu après le départ, et la pluie est de plus en plus forte. Elle dégouline sur mon visage, brule mes yeux (la pluie bretonne est fortement salée).
Mais je la remercie: elle rend la température agréable, évite les soifs intense et la transpiration qui va avec.
Par contre elle rend le terrain totalement  impraticable. Chaque  pas est un effort, et on glisse souvent. Courir sans se casser la goule n'est pas évident.

Mon compagnon de calvaire ne souffle même pas, il est "à l'échauffement" :-) 30km pour lui c'est un hors d'oeuvre. L'an dernier il a fait le trail en 4h05. Là à cause de moi il va devoir courir plus longtemps!
Je suis anéantie par ma moyenne horaire. Je suis capable de marcher à 7km/h, et là....
Mais.
Je vis...
Et c'est intense, comme mon mal aux jambes, aux pieds, intense comme ce qui me pousse à finir.
Je n'ai rien à me prouver, je ne dormirai pas mieux ce soir (au contraire, un tel effort rend les jambes douloureuses toute la nuit).
Mais j'ai suivi un signe. Il fallait que je le fasse, avec la douleur, avec le ridicule, AVEC moi même.
Car j'ai passé depuis longtemps le cap de la course "contre moi même"...
çà ne s'explique pas ce que je suis en train de vivre. Et ceux qui me prendront pour folle ne sauront jamais ce que c'est que de cueillir une étoile.

Je vais vivre les derniers kilomètres comme un véritable chemin de croix, marchant dans les montées (longues...) et tentant de courir dans les descentes.
Mon compagnon ne cessera pas de m'encourager. Il me dit combien de kilomètres il reste. Je ne sais pas si c'est un bien, car entendre "encore 9" alors que l'on se demande comment on va avaler le mètre qui suit, c'est parfois aussi lourd sur les épaules qu'une enclume.

Je n'arrive plus du tout à courir, j'ai les chaussures pleines de cailloux, mais il faut que j'arrive. Je ne les enlève même plus, quelques mètres après nous replongeons dans la merde, et les saletés se faufilent dans les chaussures.
Pourquoi faut il que j'y arrive?
Même pas pour me dire "t'as fait un truc incroyable".
Même pas pour arriver. Sérieux, je ne sais pas vous l'expliquer.
Dernier kilomètre. Dernier hectomètre. Nous entrons sur le stade. Et, je le sais, je devine ce qui va se passer: la foulée s'allonge...
C'est grisant, même au ralenti. Je voudrais piquer un sprint de bonheur, mais je suis déjà assez ridicule comme çà! Personne ne comprendrait et ils prendraient çà pour une vantardise lamentable vu mon temps.
Mon collègue avertit un signaleur qui est sur la ligne "prépare ton appareil photo"!
2 mètres avant la ligne, il freine brutalement  pour me laisser passer devant.
C'est fini?
Non... Oh non... Si vous croyez çà c'est que vous ne comprenez pas ce que je vis: tout commence...

Sourires. Je sais que je suis rayonnante. La dame qui a pris mon inscription le matin me dit: revenez pas demain hein, le circuit est fermé!! Je rigole.. je le connais par coeur lui dis je. Elle répond: normal en deux jours vous devez commencer à le connaitre.

Je ne reculerai devant aucune vanne relou. Puisque j'ai été ridicule, autant en rajouter. A celui qui dit "çà aurait pu être pire il aurait pu pleuvoir" je réponds "oui mais pour Janvier avouez qu'il fait doux", et je réclame vivement la neige pour l'édition 2008.
Le "photographe de l'arrivée" s'excuse: bah.. vu le temps les photos seront peut être floues. Ce à quoi je réponds: normal, on était beaucoup trop rapides pour votre appareil"...
Je claque des dents et je n'arrive plus à contenir le tremblement de mes membres. Il faut dire que le repas d'arrivée (galette saucisse miam, boisson et café) est offert  DEHORS.

Ridicule... Et heureuse.
Le coureur qui m'a accompagnée pendant 11km m'a répété de nombreuses fois: bédidon... vu ce que tu as fait hier, c'est dingue d'arriver encore à courir aujourd'hui. Venant d'un homme pour qui la course est un style de vie, je prends çà comme un sacré compliment.
4h30. Je ne sais pas mon temps réel, mais je crois qu'on a mis 4h30 pour faire 30km dans la merde!!! Dingue. Je devrais avoir honte, j'en rigole... Le meilleur a mis... 2h 18!

Et je réalise que j'ai du réellement accomplir une première mondiale
Débuter la course à pied par 3h de course le samedi.
Remettre çà en pire sur 34 km d'enfer et 4h30 de "bonheur  indéfinissable".
Et aimer...
Je ne dis pas "aimer courir", "aimer souffrir", ou "aimer la nature", ou même "aimer vivre".
Non, simplement AIMER.

Je repars vers ma voiture, en boitant lourdement: ma hanche gauche coince, impossible de marcher. Il me faut un long moment pour pouvoir ne serait ce que mettre le contact. J'ai 35km à faire.
La douleur s'estompe peu à peu, l'endorphine prend le dessus.
Quand on fait un sport d'endurance, elle vient vous porter sans prévenir.
Avaler 8h de course à pied en 2jours, c'est l'overdose assurée.
La douleur s'estompe, je roule, et je pleure...

MERCI
A qui?
A la vie, tout simplement.

Posté par Laouenanig à 16:48 - mes courses contre moi même - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 juin 2007

cours, Forrestlaouen, cours...

Ahhhhhh.. je meurs!
Dans la série, Laouen est tarée grave, l'épisode "samedi 16 juin".

Je viens de rentrer. J'aurais pu dormir là bas. Aucune "agitation nocturne en vue". Mais un je ne sais quoi m'a fait prendre la route du retour.
D'abord, je suis vraiment HS, mais alors, vraiment. Et passer une nuit sur le dur, dans l'humidité, avec un fort risque de déluge sur le toit de ma tente non étanche, bonjour le repos.
Ensuite, je ramène avec moi une énorme poignée de girolles. Oui, vous ne rêvez pas! des girolles en  juin! Ce serait gâcher que de les faire attendre demain midi.
Et... comment dire... Trop de bonheur tue le bonheur? Peut être...
Très taoïste, je sais mettre un frein à l'extase. Alors, je rentre, laissant derrière moi l'étang et la lumière du soir.

Je n'ai pas croisé un être humain de la journée. Avec le temps qu'il a fait, c'est normal me direz vous!

Bon, commençons par le commencement.

Ce matin, j'ai décidé de reprendre la course à pied sérieusement.
Il y a 4 ans, je courrais une fois par semaine, mais très régulièrement, et à bonne allure. En 2004, j'ai tout misé sur le vélo, et arrêté la course. 2005 a été l'année où l'on m'a enlevé la thyroïde, pas le moment de courir, déjà que j'avais du mal à faire le moindre effort...
Depuis, j'ai du courir une dizaine de fois, à une allure d'escargot fatigué.

Il y a 3 semaines, l'envie de galoper est revenue furieusement. Je m'y suis remise "à peine" brutalement, vous me connaissez. 4 petites séances de 30 minutes dans la semaine, mais en tirant sur la machine rouillée. Résultat: tendinite au genou droit au deuxième jour, et arrêt intégral de tout effort au quatrième.
Mardi dernier, j'ai repris mes running pour aller faire un petit tour de 20 minutes sur les montagnes russes les plus terribles que je n'ai jamais testé. Intelligent! Même quand je courrais, je n'ai jamais fait un circuit aussi difficile.
Hier matin, j'y suis retournée. Il avait plu fortement, le terrain était boueux, glissant (un nombre incalculable de racines, de dévers, et de talus) et carrément dangereux dans les murs à descendre. J'ai bouclé mon premier tour en 18 minutes, le second en 17. Je peinais, luttant pour ne pas repartir en arrière dans les montées!

Ce matin, au lieu de me remettre de cet effort court mais intense, je me suis dit: et si j'allais voir si les orchidées ont résisté au déluge?
Et si j'y allais en trottinant cool?
J'ai mis 2 litres d'eau dans mon sac, des barres de céréales, l'appareil photo, le téléphone et les pansements. 3 bons kilos sur le dos, qui vont balloter (le sac n'est pas fait pour la course), c'est génial, bravo Laouen.

J'ai enfilé mes chaussures de trail, très légères, et très.. perméables, et je suis partie vers le camp. 8h du mat, je regarde le ciel, et je me lance. Il ne pleut pas. Logique: il va pleuvoir.
Je décide de refaire le parcours d'il y a 2 semaines, environ 25 km (mini, car avec les zig zag dans les bois on ne sait plus) en courant lentement, et en alternant avec de la marche. Je me donne 4h, car le terrain va être atroce vu les pluies diluviennes de la semaine.
Je m'attends au pire, et il est répond présent. Mes chaussures restent parfois coincées dans la boue (je devrais dire SOUS la boue) et mon pied ressort tout seul (je n'ai pas de lacets, mais un système de serrage particulier).

Kilomètre deux, je suis déjà trempée, et là, un bout de plastique qui pendouille d'un arbre m'agresse.
C'est le balisage d'un trail (course nature, qui peut aller de 15 à 200km!). Il a du se courir la semaine dernière sur terrain très sec car je ne vois pas de  traces. Combien de kilomètres, où passe t'il, je n'en sais rien.
J'hésite 1/4 de seconde en arrivant à un croisement: suivre sagement mon circuit déjà connu, ou foncer dans l'inconnu, à travers bois, sur des sentiers microscopiques, dont certains ont été crées spécialement pour la course.
Bah... vive l'inconnu!! Je vais passer dans des endroits inédits, génial!

N'accélère pas imbécile! C'est grisant la forêt... Quand on a pas couru plus de 30 minutes depuis 3 ans, faut rester cool, sinon on explose.
Je me modère, en tentant de ne pas allonger la foulée.
La boue est bien gluante, mais l'avantage c'est que je ne souffrirai pas d'échauffements plantaires avant longtemps. Il m'est arrivé de hurler de douleur dès le 7eme kilomètre!
Les très rares fois où j'ai couru 20 kilomètres, je boitais dès le 12eme, serrais fort les dents dès le 15eme, et finissais "au moral", dans une douleur atroce.
Le sol est souple (le mot est faible), le dos tient le coup, les genoux aussi.

Et il pleut! youpi!!
Je longe une rivière, qui serpente entre deux murs de schiste, c'est impressionnant, et soudain j'arrive devant un site hallucinant.
C'est un mur d'escalade naturel. Un chaos rocheux comme je n'en ai jamais vu encore, une merveille, qui impose. Dérangeant, et fascinant.
Près de cette rivière, sur un des murs de schistes, les jeunes filles désireuses de se marier devaient enfoncer une aiguille dans le roc. Le schiste est fendu de partout, tricheuses!! Je ne sais pas si il s'agit de ces rochers là, car voilà un moment que je longe des crêtes rocheuses.
Le site est annoncé comme "dangereux et strictement interdit à l'usage". Je distingue des prises vissées au roc, et en haut, deux poteaux où les militaires devaient s'assurer avant de descendre en rappel.
Dommage.. Impossible de faire des photos, c'est trop sombre.
Par beau temps, la lumière doit être fabuleuse, je le sens.
Je reviendrai... si la végétation en repoussant n'efface pas ce superbe sentier défriché de frais.

Ce n'est pas un simple chaos rocheux, il se dégage de cet amas de pierre une ambiance dramatique, et en même temps je contemple la nature dans toute sa beauté.
Sur un énorme bloc (les rochers font 10m de haut mini), un vieux chêne s'accroche, depuis si longtemps.
Ce qui est impressionnant, c'est que ce chaos ressemble à un édifice crée par l'homme. Les immenses rocs sont géométriques, et fendus de manière géométrique. Certains sont en forme de losanges, d'autres de pyramides.
J'ai véritablement l'impression d'être au coeur d'un temple.

Je grimpe (pas sur les prises!!), me faufile entre 2 rochers pour atteindre l'arbre. D'en haut, c'est impressionnant.
Fin de la très courte pause.

Le terrain n'est pas évident, il n'est pas tracé pour des fillettes qui n'aiment pas se salir, ni souffrir. Passages à gué nombreux, qui obligent à se tremper jusqu'aux chevilles, boue omniprésente, arbres couchés, branches en travers...

Je remonte vers le point culminant du Sud du camp. Le Nord est un piège mortel où même moi je refuse d'aller, c'est pas peu dire!
J'arrive près de mon coin qui regorgeait d'orchidées il y a 2 semaines. Il ne reste que de la bouillie de fleurs, rien n'a résisté au déluge.

Une heure déjà que je cours, si on peut appeler çà courir. Faut choisir: forcer et tenir 30 minutes, ou rester à une allure jogging, et courir longtemps. Je ne dois pas faire mieux que 7min au kilomètre, mais vu l'état du terrain, même à cette allure c'est crevant.
Je me dis: tu cours 1h30, c'est déjà énorme pour un début, et tu rentres en marchant, car déjà je devais alterner marche et course ce que je n'ai pas fait.
Le balisage s'absente.. Tant pis: je décide de faire un crochet vers la limite Nord du Sud du camp (euh? c'est confus pour vous? pas pour moi) .
Là, je croise une laie et ses petits, 5 ou 6 marcassins. Elle grogne en me voyant, toute de jaune fluo vêtue, et détale.
Zut, moi qui était prête à jouer à chat perché!
Un peu plus loin, un chevreuil me dévisage, à une dizaine de mètre. Je reste immobile, attendant qu'il décide de partir.
Cet endroit est unique pour moi. Les animaux sont nombreux, et peu farouches.
Ils voient peu d'êtres humains, et ils doivent les considérer comme d'autres animaux, en treillis camouflage, silencieux et non agressifs.

1h30. Pause téléphone avec mes enfants. Je dis à ma fille: "je cours 2h et j'arrête, pas plus!".
Une huppe me passe sous le nez. C'est le plus bel oiseau que l'on puisse voir en Bretagne (avec le martin pêcheur). J'en verrai d'autres ce matin.

Je repars. La pluie me suit. Je vois la route qui longe l'étang, où est garé ma voiture. 1h56. Têtue! Ce n'est pas 2h!
Alors je continue, récupérant le balisage après un détour de 4km en plus.
Là, les choses se corsent encore. Je contourne la "ville" (ville fantôme servant à l'entrainement des gars). Ici les pentes sont terribles, dans un sens comme dans l'autre. Le sentier est taillé à même la pente, en dévers. Le balisage m'éloigne de ma voiture. Je ne connais pas du tout ce coin, qu'importe... Je découvre. Et je sais déjà que je vais en rajouter.

Le parcours se fait encore plus difficile, et la pluie redouble. Le dénivelé frise parfois le vertical, il faut escalader des murs rocheux, descendre de l'autre côté, traverser des rivières, remonter à pic...
2h30. Je n'ai jamais couru aussi longtemps, à part une fois en compet, je m'étais entrainée longuement pour çà. Bon ok, ce n'était pas la même allure, mais c'était il y a 8 ans.

Je suis sur la partie la plus exigeante du circuit, boue profonde, pente folle. Après un passage de rivière, je stoppe, avant une grimpette qui me met à genoux.
3h04.
Pluie forte. Je ne sais pas où je suis, très très à l'Est du circuit que je connais. Aucun panneau bien sûr, ici point de randonneurs perdus, point de randonneurs du tout d'ailleurs.
Puisque j'ai pris le circuit en route près des ruines du château, je vais continuer à suivre le balisage, il me ramènera là bas.
Mes jambes sont très lourdes, mais je me sens bien. C'est tout à l'heure que je vais payer, cet aprem.

Je rigole... 3 heures, 3 ans sans courir, logique!
Je n'écoute pas la voix qui me dit d'en faire une quatrième. Je n'en ai pas envie: il pleut trop, et je suis fatiguée.
Parce que je "sens" ce coin comme si j'en faisais partie, j'oublie le balisage qui m'aurait ramenée 2km trop bas, et je prend un autre sentier. Je sais où je suis, sans y avoir jamais été, sans soleil pour me repérer.
J'arrive pile poil à ma voiture.

Là, sous un déluge certain, j'ouvre mon coffre, prend mes baskets propres, une serviette, un gant et du savon d'Alep. Et je vais me laver à l'étang, ainsi que ce qui m'a servi de chaussures ce matin, et qui est d'une couleur et d'un aspect indéfinissable (bonjour le poids de la boue)
Il est temps que je me mette au sec, que je mange, et que je me repose. Avant de repartir marcher cette aprem, si le temps se calme, et même si il ne se calme pas.
Mais pas courir!
Je découvre, en me changeant, que j'ai le bas du dos à vif: le sac à dos a frotté sur ma colonne vertébrale et a arraché la peau.
Le bonheur se paye, à même la peau...

Quelques photos dans le post d'après, pour l'instant: girolles!

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15 avril 2007

rêve de bitume

Excusez moi, j'essuie mon nez, je me frotte les yeux.
Fin de la retransmission télévisée du Marathon de Paris.
Chaque année, je bois chaque mètre de cette course.
Il y a 3 ou 4ans, j'avais commencé à courir moi aussi. Je rêvais de marathon.
Cycliste, j'avais du mal. Les muscles trop épais, trop lourde malgré mes 52 kg.
Pour s'entrainer pour le marathon, on doit oublier le vélo 3 fois par semaine!

J'ai du renoncer: échauffements plantaires aggravés. Comme lors de ma marche en Allemagne. Que rien n'a pu soigner, ni système D, ni médecin, ni podologue.
Dès le 9eme kilomètre de bitume, mes pieds brulent. Sur 10km, çà passe. Sur 15, je finis en boitant, au ralenti.
Sur 20km, je dois chercher "ailleurs" la force d'avancer.
Ayant gardé des ambitions au niveau vélo, lors des compets hivernales, j'avais renoncé à la course à pieds, ne pouvant pas tout faire, après mon opération de la thyroïde. Faible, il me fallait choisir.

J'ai toujours dit: un jour, j'arrêterai totalement le vélo, ou juste un peu par plaisir, et je reprendrai la course.
En forêt, pour limiter les échauffements.
Simplement, pour le plaisir.
J'ai des problèmes de genoux: cartilages abimés par le vélo. Faudra limiter la casse... Pas sur que çà tienne.
Et je le ferai, mon marathon.
C'est celui de New York qui me vient immédiatement à l'esprit.
Pour  l'ambiance, le public, le dépaysement, et la date (novembre) qui convient mieux à mon organisme, qui préfère le froid.

Pendant que je tape, les 30000 concurrents restants courent...
Bravo à tous.

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26 mars 2007

GRP (gravement ras les pieds) 7/7

Dernier épisode, juré!!!
Avant la prochaine marche...
Nan, elle ne va pas recommencer?
Ben si! Dès que mes pieds seront guéris, et que j'aurais récupéré. Ce soir, je me sens bien, mais c'est toujours 48h après que l'on paye un effort.
Beuh? Je suis donc censée payer mes 12h de marche de samedi aujourd'hui, et mes 5h45 de marche de dimanche demain.
I will survive!!

Arrivée (enfin) à l'entrée de la vallée de l'Aff, je me dis:
"Plus que 10km!!! youpiiiiiiii...

Mais.
Ce sont 10km sans croiser une route (simplement en traverser une). 10 km interminables, qui serpentent, qui zigzaguent, qui grimpent, qui descendent, qui bouent (du verbe bouer).
10 km superbes, mais qui dans mon état vont m'écoeurer à un point inimaginable.
Et l'Aff, si joueuse ne  pourra rien faire pour me redonner le moral.
Je tente désespérément de tenir un 5km/h, impossible vu mon épuisement et le sentier qui s'est encore dégradé en 15j.
Je  mettrai 2h 42 pour faire ces malheureux 10km. Je n'avance plus, je me traine à genoux.
Pendant la pause miam, je photographie quelques anémones des bois qui éclairent le sous bois sombre, car en plus, il bruine légèrement.

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Ce spectacle aurait du me donner des ailes, mais j'avais dépassé la limite.
Un blog est un espace d'expression, où on a le droit de ne pas être d'accord avec l'auteur des lignes.
Et bien... Cette fleur là, pour moi, est une des trois plus belles fleurs que je connaisse.
Elle est blanche, simple, n'a pas un divin parfum, n'est pas rare. Mais je l'aime.
Les deux autres sont l'ornithogale (blanc pur verdâtre aussi), et la jonquille sauvage. D'ailleurs, demain j'irai photographier des jonquilles sauvages...
Bien entendu, il y a aussi les orchidées sauvages, et les simples fleurs d'églantiers...
Pour moi, elles dépassent la plus belle des roses.

J'ai terminé mon calvaire en comptant les minutes, ne sachant plus exactement combien de kilomètres il me restait à faire, car je n'avais plus aucun repère, chaque "s" de la rivière ressemblant à un autre, quand on est dans cet état. J'étais plus qu'à bout de forces, et aussi à bout de nerfs. Sérieusement, j'ai souffert énormément, et dans mon corps, et dans ma tête.
Je pesais fort sur les bâtons, m'en servant comme de béquilles.

Les premières maisons... les 400m de côte vers la voiture, enfin...

J'ai fait mes 15km pour aller chercher mes poubelles affaires sales au gite, puis je suis rentrée, en me perdant tant j'étais hors circuit!.
Là, à  l'entrée d'un village inconnu, j'ai ralenti pour admirer une belle demeure à travers les arbres. Ce ralentissement suspect a alerté deux gendarmes, postés au milieu du village, que je n'avais pas vu.
Ils m'ont fait stopper.
Contrôle des papiers du véhicule...
Veuillez stopper votre moteur svp.

Là, le gendarme a marqué une seconde de pause, et a ajouté, très sérieusement: vous pourrez redémarrer au moins?
Je me suis retenue de pleurer de rire!!! En une seconde, il avait jugé l'état de la voiture, j'allais avoir droit à une liste de PV aussi  longue qu'une note de supermarché.
Pneus lisses, plaque d'immatriculation arrière illisible, porte vélo cachant ce qui peut encore être lu, porte gauche arrachée tenant uniquement par la serrure, et le comble du comble: attestation d'assurance oubliée sur la table de la cuisine!!!
1ere constatation: la carte grise n'est pas à la bonne adresse.
Mééééé, réponge, c'est normal etc...
Le gendarme fait le tour, regarde le contrôle technique, je transpire... je suis persuadée qu'il expire (comme moi) la semaine prochaine, alors que je me rendrai compte cette aprem que j'en ai encore pour 6 mois!

Il revient, me tend mes papiers, re-demande: l'assurance, vous l'avez reçue?
ouiiiiiiiiiiiiii!!!!!!! elle est sur la table de la cuisine, je suis partie en rando pour 2j, je l'ai complètement oubliée!!!!!
Heureusement, le gendarme ne me répond pas: votre assurance est périmée depuis le 30 novembre 2006, vous vous êtes perdue en route lors de votre rando?
C'est bon, vous pouvez partir...
Je redémarre, fière de mon moteur qui persiste à tourner comme une horloge, quand les cosses de batteries sont serrées convenablement...

Arrivée chez moi, je souffle un peu, il me faut repartir à Redon chercher mes enfants.
Je vous le dis: vivement la semaine que je me repose le prochain week end que je reparte!!!

Mais pas dans ces conditions, ah çà non!!!
Le sac sera plus léger, c'est vital.
J'ai reçu à midi par la poste des cartes de rando qui m'ont fait baver sur le plastique qui les entourait.
Mon dos est en compote, j'ai très mal aux ligaments des genoux, au haut des quadriceps, aux fesses (bah oui, marcher çà fait le fessier!!) , et aux pieds bien sûr.
Mais....

Heureux soient les fêlés car ils laissent passer la lumière?
Tout à fait...

Posté par Laouenanig à 18:57 - mes courses contre moi même - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

GRP (gravement ras les pieds) 6/X

Dimanche matin. Je me lève, il est déjà plus de 7h30. Hier soir, au lieu de mettre ma vieille montre à sonner à 7h10, je l'ai mise à 7h10 du soir.
Se mettre debout semble possible, marcher, un peu moins. Les ampoules sont superbes, je les couvre de pansements compeed, en sachant que dans une heure mini ils ne serviront à rien car  l'eau les aura transformé en chewing gum collant à la chaussette trempée et gluante de boue.
Je petit déjeune, de crèpes, de confitures et de miel.
Au diable l'heure! Je m 'en tape complètement, foutu pour foutu, je préfère manger convenablement.

Je fais et je refais mon sac 50 fois, mais il reste lourd. Un peu moins d'eau, moins de nourriture, c 'est déjà un progrès.
J'ai changé de pantalon, l'autre n'est même pas bon à jeter aux ordures, il pue, il pèse une tonne tant il est boueux.
Quand aux chaussures, ce n'est pas racontable. Rentrer mes pieds là dedans? C'est gluant, puant, trempé, informe.
J'ai apporté avec moi ma paire de chaussures de trail.
Seul problème: elles me vont bien quand mes pieds sont secs, non gonflés, et en bon état.
Dès qu'il s'échauffe, elles sont trop serrées, et la marche devient infernale. J'essaie de les mettre, je n'arrive même pas à rentrer dedans, mes talons me font hurler.
Oui mais les autres sont vraiment immettables.
Je choisis de forcer mes pieds à rentrer dans les tiges basses, et je vais passer 5h45 à le regretter. 300mètres après le départ mes pieds seront déjà trempés et boueux. Mais l'idée de les plonger propres dans mes godasses immondes me paraissait à vomir.

Avant de partir, je triche: je laisse dans un sac poubelle mes chaussures pourries, et mon pantalon sale. 2kg de moins dans le sac. Sinon, avec la boue et l'eau, il aurait été plus lourd qu'à l'aller. Je ferai un gros détour tout à l'heure en voiture pour revenir les chercher.

Et je reprends le GRP, direction Trudeau. Départ par 300m de pure pente, puis un adorable bourbier qui vous casse le moral en mille morceaux, comme si ce n'était déjà pas le cas. Je boite atrocement, mais le dos tient le coup.
Très très belle partie du GRP, vraiment.
Et totalement impraticable actuellement, y mettre ses pieds est un enfer.
Venez, mais attendez les beaux jours, vous ne le regretterez pas.

Première halte, et premier détour, le chêne des Hindres.
C'est un chêne sessile, ou chêne rouvre. Non, il ne se ré-ouvre pas dès le 1er avril comme le GRP, c'est son nom.
Ok, je sors...
Le panneau indique: hauteur 23m, circonférence à 1m30 du bas (c'est précis) 5m07.
Le chêne est entouré par  une cloture imposante. Ses branches sont très longues, il couvre une sacrée superficie, il est donc impossible d'approcher de l'arbre.
Raison invoquée: il est vieux ( 4 ou 500 ans) et ses branches seraient cassantes. C'est vrai, j'ai remarqué de nombreuses branches mortes. Mais avec un élagage sérieux des parties mortes, l'arbre serait fort, comme.. un chêne.
Je pense que c'est plutôt pour le protéger des connards vandales, car contrairement au hêtre de Ponthus ce chêne se situe en forêt domaniale de Paimpont, sur un sentier balisé, et est très bien indiqué.

Bruine légère, lumière misérable, les photos sont minables:

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Derrière le chêne, quand on arrive du sentier, un étrange emplacement rond, recouvert de feuilles, que seul un oeil averti remarque:

grp_tour_de_broc_liande_fou_e_de_charbonnier0137

Ceci est le reste d'une fouée, ou meule, de charbonnier.
Non, pas une mine de charbon!
Une fouée, c'est en gros, un énorme tas de bois de chêne de préférence, 10 à 15 cordes de bois (une corde = 3 stères) en rondins entassés, que l'on fait bruler à couvert pour faire du charbon de bois.
C'est par exemple très bien expliqué ici

Aucune des photos du grand chêne ne rend sa majesté. Mais, à ses pieds pousse un houx, et un jeune hêtre qui a encore conservé son feuillage roux automnal.
J'ai aimé ce contraste entre la rousseur du jeunot (qui doit déjà être plus grand que moi!), et l'énorme tronc du vieux chêne.
Photo fortement zoomée:

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Et je vous dis: ces deux arbres là... Ils me réconfortent de l'intérieur.

Mais mes pieds vont de plus en plus mal... je ne vais pas gémir sur ce blog à chaque ligne. Voici quelques  photos en vrac de la forêt, je n'avais plus le coeur à chercher le beau cadrage ou tout simplement la merveille à  immortaliser.

grp_tour_de_broc_liande0149grp_tour_de_broc_liande0150

La forêt n'est jamais noire, jamais... Je le dis, je le confirme, même quand on se retient de hurler tant on a mal aux pieds! :-)

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Proverbe du marcheur sur le GRP: quand le sentier semble "à peu près propre", c'est que cela ne va pas durer.

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Là, çà commence à peine à se dégrader, c'est juste dégueu, mou, et collant.
Ensuite, je ne pouvais plus sortir l'appareil, j'étais trop occupée. Mode économique, concentration, ne pas péter un plomb, ne pas hurler,  çà ne servirait à rien.
Sur la carte, le lieu traversé se nomme Bouroux.
600 mètres. 22 minutes. Sans commentaires...

A Trudeau, j'ai craqué. J'ai modifié mon parcours, courcircuité la chose de 5km pour ramener le circuit prévu à 25 bornes, car j'étais à moins de 4km/h!!!
Alors, il m'a fallu, raison de vie ou de mort (vous voyez l'auréole sur ma tête?) emprunter à nouveau une ligne très privée, et fortement signalée comme telle, par des panneaux.
Ligne qui n'en finissait pas...
Du genre:

grp_tour_de_broc_liande0156
ou çà:
grp_tour_de_broc_liande0157
grp_tour_de_broc_liande0158
Là, j'ai voulu me coucher sur les tas de bois et attendre de me transformer en charbon, recouverte de feuilles... :-)

Tout au bout de la ligne droite, les Forges de Paimpont. Et encore une fois... Non, je ne vais pas recommencer avec mes coups de gueule!!
Bah si.
Il existe une variante du GR37 qui débouche sur cette ligne interdite. Elle n'est ouverte qu'à partir du 1er Avril.
J'arrive à la Fenderie, ancienne scierie, et je me trouve nez à nez avec un portail assez haut, aux barreaux verticaux, et un grillage à maille serrée (impossible à escalader sans l'abimer).
Damned!!! Bien fait pour moi, mais ce n'est pas deux portaux (ils sont deux) qui vont m'arrêter!!
Je jette les batons par dessus, je hisse l'énorme sac à dos que je fais basculer de l'autre côté, et je commence à tenter de me faire basculer moi même.
Courbaturée et épuisée comme je l'étais, je ne vous raconte pas la partie de plaisir!!
J'ai posé le pied sur une charnière, tenté de passer une jambe (trop courte vu la hauteur) par dessus le portail. Avec peine j'ai réussi à me mettre à cheval dessus, puis à sauter de l'autre côté en pensant très fort :" aïe, mes talons"...
Si à ce moment, un propriétaire belliqueux m'avait surpris, et avait ouvert la bouche.. je crois qu'il aurait été surpris par ma réaction. Une vraie bête fauve la Laouen, quand elle est au bout du bout du bout...

En avançant vers les Forges j'ai eu l'agréable surprise de me trouver assez près du Pavillon pour pouvoir zoomer sur ceci:

grp_tour_de_broc_liande_le_pavillon_des_forges0171

Et en marchant sur le kilomètre de bitume qui me séparait de l'entrée de la vallée de l'Aff, j'ai pris deux photos des maisons ouvrières des Forges, et tant pis pour la propriété privée etc...
L'état des maisons se passe de commentaires!
La première est habitée. Hallucinant. Et encore, la branche d'arbre cache le bordel fouillis entassé devant la maison.
La deuxième non, car ni porte ni fenêtres, mais le toit en bon état laisse présager une future restauration.

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Je vous laisse digérer tout çà avant le dernier épisode, un vrai chemin de croix sur 10km de pourtant pure merveille (boueuse)...

Posté par Laouenanig à 16:46 - mes courses contre moi même - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

GRP (gravement ras les pieds) 5/X

Note de Laouen:
Tout ce qui va suivre, je l'écris pour vous relater les faits, et surtout pas pour étaler ma soit disant "force physique ou morale", et encore moins pour me faire plaindre, ou pour que vous fassiez des commentaires du genre "oh! quelle exploit, quelle femme" etc...
Vous avez bien sûr le droit de l'écrire (roooooo çà fait du bien), mais très loin de moi l'idée de me vanter, car j'ai vécu cette journée comme une défaite perso.
Je n'étais pas obligé de faire ces conneries, si je les ai faites c'est que je voulais les faire, je ne suis ni à plaindre, ni à applaudir.
Je suis tout simplement têtue... et conne!! :-)))

Je vous disais donc que j'allais vous prouver définitivement que j'étais irrémédiablement et totalement folle.
Non, je mets un bémol.
J'ai été tout de même raisonnable, dans un sens...

300 mètres après  l'étang de la Marette, je passe devant... mon gite.
Il est tard. J'avais prévu de faire... 27km de plus!
A l'allure moyenne à laquelle je marche, çà me fait rentrer au gite à 23h, pas moins.

Je suis dans un état proche de l'épuisement total. Sous les pieds, je n'ai pas besoin d'ôter mes chaussures pour le savoir, j'ai deux superbes ampoules sous les talons, et une sous la plante du pied gauche, ceci malgré les protections.
Chaque pas devient terriblement douloureux. On a beau avoir un moral "au dessus de pas mal de choses", le mal aux pieds est quelque chose de lancinant, qui vous ronge jusqu'à vous détruire. un Rambo en pleine forme finirait en pleurs, comme tout le monde.
Ajoutons à cela, mon dos. Deux poignards enfoncés dans les épaules, voilà ce que je ressens.
Les heures passant, à tout ceci s'est ajouté une fatigue musculaire intense, et le début (puis l'amplification) de douleurs ligamentaires, articulaires et autres. Hanche gauche, ligaments du genou droit, je traine littéralement les jambes au lieu de marcher, raide, boitant, je suis pitoyable.

J'ai compris qu'il me faudra renoncer à l'aller retour à la chambre au Loup, et au tour de l'étang de Tremelin.
Rien n'est impossible: j'ai dans mon sac une lampe frontale qui peut  permettre de marcher de nuit. Mais sur sentier très bien balisé (c'est très loin d'être le cas), pas garnis d'ornières et de bourbiers qui vous font vous tordre le pied à chaque pas en plein jour, sans les escarpements rocheux à escalader (vraiment de la grimpe à un endroit!) de la Chambre au Loup.
Et... en étant en forme, ce qui est très loin d'être le cas.

La mort dans l'âme, je renonce. Mais...
Je suis têtue, terriblement têtue, alors, connement, mais alors connement, je vais continuer le sentier, et vers 19h, je ferai demi tour, pour revenir sur le gite, en m'aidant peut être de la frontale sur la fin.
Je ne le sais pas encore, mais les 6km qui arrivent sont une vraie catastrophe, style "marécages de la guerre du Vietnam, version bretonne".
Là, vous vous dites: elle est bonne à enfermer!!
Bah oui, je l'avoue. Je vais marcher pour rien, même pas pour le plaisir, sur un sentier qui n'a aucun interêt, pour aller nulle part, juste pour faire demi tour au prochain  hameau et revenir.
Au fond de moi, je m'en veux de devoir renoncer aux 70-75km prévus, alors c'est peut être une punition que je m'inflige, je ne sais pas. Ou plus simplement la volonté inébranlable d'aller au bout de ce que je peux atteindre, et même un peu plus loin.
Je vis ce moment comme  une défaite intense, même si c'est une réaction ridicule, j'en conviens.
La boue, le sac, les imprévus ont eu raison de moi.
Pauvre idiote que j'étais! Croire qu'en 12h j'aurais bouclé entre 70 et 75km! Mais comment, dans cet enfer boueux, avec un sac plein à dégueuler, tenir 12h à 6km/h sans s'arrêter une seconde hein?
Je savais bien avant de partir que ce n'était pas possible, mais j'ai tenté quand même.

Je m'engage sur le sentier qui mène à un lieu dit nommé "Le Perray". Etonnant, mais la boue et les ornières défoncées ne m'abattent pas plus. D'ailleurs, plus, est ce possible?
Je me contente de regarder, et d'enregistrer, car quand je repasserai par là la visibilité sera quasi nulle.
Au plus j'avance, au plus çà se dégrade, j'ai bientôt de la boue jusqu'à mi mollets. Mais...

Je rejoints une route qui n'en finit pas, le Perray est au bout.
J'avance, les yeux rivés sur ma montre.
Soudain, j'entends un véhicule arriver lentement à ma hauteur. Le conducteur baisse la vitre, et me demande: "bonsoir, vous êtes perdue"?

Il est presque 19h, le soir tombe, je suis seule, en pleine brousse, plus du tout lucide. Je pense à des trucs idiots, genre guet apens, chassant rapidement cette idée. Mais bon, on ne sait jamais, même avec quelqu'un qui a l'air fort sympathique.
Je réponds, et c'est l'exacte vérité: "non non, çà va, je ne suis pas perdue".
Le conducteur semble etonné. Je pense: il est tard, il doit se demander ce que je fous là, sachant qu'il n'y a aucun dodo en vu, sauf le gite 5km derrière moi.
Je continue...
Au loin, je vois le fourgon faire demi tour, et me croiser. J'avance.
Il est 19h, je pose mon sac,  j'ai rempli le contrat passé avec moi même. Pause de 7minutes exactement. Le soleil baisse, baisse...

Me lever demande un effort surhumain. Je titube, comme une vieille femme saoule. Un pas, un autre... J'ai sorti la frontale du sac. Maintenant, je ne peux plus reculer, le gite est à 1h de marche, si je ne traine pas.
Je ne peux pas marcher sur les talons, car j'ai trop mal, je ne peux pas marcher sur la pointe des pieds, car j'ai trop mal aussi. Mais je ne peux pas marcher sur les mains non plus, alors il faut bien avancer.
Je vais, en serrant les dents, avancer bien plus vite que ce que je pensais être capable de faire. Le soleil est couché depuis longtemps, visibilité quasi nulle, j'ai les yeux fixés sur les arbres, ne pas rater une balise, et en même temps sur les ornières, ne pas me fraiser la gueule...

Je me dis, encore 10 minutes et tu n'y verras plus rien, cravache, avance...
Et j'arrive à la route, à la nuit.
Encore 500mètres peut être, en côte, et c'est le gite. Je passe devant les écuries, et je vois, dans un box du garage, le fourgon qui m'a croisé tout à l'heure.
Là, je n'ai même plus la force de rire, mais je le fais intérieurement.
Bien plus tard, le propriétaire me dira: des randonneurs sur le GRP en mars, y en a pas. Des femmes seules qui randonnent sur le GRP en mars, encore moins. Alors, quand je vous ai vu, je me suis posé des questions. C'est sur!! j'étais dans la direction opposée au gite, c'était illogique!!
Si il s'était présenté, en tant que proprio du gite,  j'aurais craqué, je serais montée dans le fourgon.
Il ne l'a pas fait.
Et maintenant que j'ai digéré mon "échec", je suis bien contente qu'il ne l'ai pas fait, car je suis allée plus loin que mes forces.
Je sais désormais que mon projet de faire 100km d'un trait en moins de 24h avec un sac à dos lourdement chargé, et en montagne svp, est quasiment irréalisable.
On ne marche pas avec un sac de 65l chargé comme on marche à vide.
Mais... Je le tenterai quand même, et qui sait, je trouverai peut être la force en chemin...

Les derniers mètres je les monte au ralenti. Arrivée devant la porte du gite, je m'assois dans les cailloux, et je tente d'ôter mes chaussures.; Elles pèsent une tonne. Je ne peux pas rentrer dans le gite aussi sale. Mon pantalon est recouvert de 5mm de boue jusqu'au niveau des genoux, je  le retrousse car je ne peux pas entrer dans le gite en boxer tout de même!!
Je reste 10 minutes assise, tentant de trouver la force de me lever, et je pousse la porte.

Là, le proprio point d'interrogationne: mais je me suis arrêté tout à l'heure etc...
Je tente de lui expliquer le truc, défi perso, etc... Il doit me prendre pour une  échappée de l'asile.
Sa femme arrive, je recommence mon récit: j'ai marché plus de 60km, je suis raide, sac trop chargé etc...
Je file enfin dans ma chambre. Là, je pose le sac, je regarde le lit. Je m'assieds sur le bord, enlève mon pantalon dégueu en prenant 1000 précautions pour ne rien salir, et au lieu de m'allonger sur le lit, je me lève, m'accroche aux meubles car la douleur est intense, et je me couche par terre.
J'ai si mal au dos, que seul un sol dur et frais peut tenter de me soulager. J'essaie de me mettre à l'équerre contre un mur, jambes en l'air, pour faire circuler le sang dans l'autre sens, mais mes jambes restent crispées. Je reste ainsi 15 ou 20 minutes. Le téléphone sonne, je me traine par terre pour le saisir.
Mes pieds sont dans un état atroce.
Aller à la douche me semble aussi dur que courir un marathon, j'ai froid.
Enfin propre, je me jette sur mes provisions du soir:

Je touille un immonde mélange au "gout soit disant chocolat", à base de 3 mesures de maltodextrine (sucres lents) et 2 mesures de protéines insipides. C'est totalement immangeable, à vomir, mais c'est ce qui est recommandé après un effort intense et surtout prolongé. Sucres lents pour les réserves, et protéines car les muscles ont besoin d'être reconstitués.
Un peu de nouilles froides gluantes, cuites de la veille, du jambon, un bout de fromage, du chocolat.
Et je me couche.
Je sais que demain sera pire encore. 30 km de prévus, avec des pieds dans cet état... Il va bruiner. Et comble de l'horreur, je viens d'apprendre que l'on change d'heure cette nuit.
Laouen, tu n'est pas une randonneuse experte, tu es une sous marcheuse!!
çà signifie, qu'au lieu de décoller à 7h30, tu attendras une heure de plus que le jour soit levé! Tous mes projets du dimanche sont à l'eau. Je pense arriver à ma voiture à 13h, je ne sais pas encore qu'il me faudra 2h de plus...

Muscles bouillants, douleurs généralisées, j'avale un décontractant musculaire pour tenter de dormir un peu, et je finis par sombrer.
J'ai marché à peu près 12 heures, je ne sais même plus. Et j'ai été ridicule (enfin, pour moi)...

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GRP (gravement ras les pieds) 4/X

A Paimpont, kilomètre 30 environ, je décide de poser mes fesses pour la première fois de la journée. J'ôte mes chaussures gorgées d'eau et de boue, j'enlève mes chaussettes, et je constate que mes pieds sont encore en état potable. Un coup de bombe de froid, çà soulage, mais pas longtemps! Un peu de crème rafraichissante, plus une couche de crème anti frottements.
Quand j'ai vu mes pieds le soir au gite, je me suis dit: qu'est ce que çà aurait été sans crème anti frottements...
Pause miam. jambon et pain, chocolat, banane, barre de céréales. Le sac pèsera 200grammes de moins. Mais à chaque kilomètre il me semble s'alourdir, alors...

J'entame la longue boucle du tour de la basse forêt. (circuit 27 sur le topoguide Brocéliande à pieds, 20km)
Franchement, je conseille à tous les randonneurs de la faire, elle est absolument splendide.
Mais:  n'y allez pas avant Avril! Voire même Mai, ou Juin, ou... enfin bref, attendez un bon mois de sècheresse!

J'en profite pour ouvrir une parenthèse importante.
Je suis de nature rebelle, et tous ces barbelés/clôtures électrifiées/panneaux tous les 10mètres marqués "entrée interdite", çà me gave. Ici, ce sont des centaines d'hectares, loin de toute habitation qui sont interdits à la balade, car privés. En contrepartie, une convention a été passé entre certains proprios et le conseil général, qui autorise la balade à partir du 1er avril.

Je marche là bas depuis un mois. Et nous sommes en mars.
J'en tire plusieurs conclusions:

1) La forêt "interdite" d'accès est superbe. Mais: la forêt où l 'on a le droit de marcher l'est aussi.
En transgressant les interdits, on découvre des endroits magnifiques: étangs, hêtre de Ponthus, etc...
Hormis quelques lieux remarquables, vous ne prendrez pas  plus de plaisir à marcher en forêt interdite qu'à suivre le GRP en toute légalité.
Et je peux vous dire, pour l'avoir fait, que suivre une ligne de quasiment 6km en totale ligne droite ne vous apportera rien, mais alors rien du tout!!
Sauf si comme moi vous tombez en pleine chasse à courre!
Ce qui est rageant, c'est surtout de ne pas pouvoir faire le tour des étangs par exemple, à la Fenderie, au Pas du Houx, et à  l'étang des Forges.

Donc, sauf "excitation de franchir l'interdit", et "plaisir de la découverte perso", le GRP permet de superbes balades, sans se perdre, et sans crainte de l'engueulade.
Laouen rentrerait elle dans le rang?
Pffffffff... cause toujours!!!

2) Si la forêt de Paimpont, en quasi totalité privée, est interdite à la balade avant le 1er Avril, c'est que:

a) les sentiers sont dans un état apocalyptique! Si je vous dis que j'ai mis 22 minutes pour parcourir 600 mètres, les jambes enfoncées jusqu'à mi mollet dans de la boue noire gluante, je ne l'invente pas!
b) la forêt est envahie de chasseurs. Si ils sont à cheval, vous ne risquez rien, sinon, une balle est vite arrivée.
c) la forêt est exploitée et entretenue. L'hiver est la période des élagages et autres travaux forestiers. La forêt est d'ailleurs plutôt bien tenue, voire même très bien entretenue par certains propriétaires. Claire, nettoyée, superbe. D'autres endroits ont été déboisés plus sauvagement et ressemblent à un champ de guerre après un bombardement d'obus intensif d'une bonne semaine. De nombreux engins détruisent un peu plus les sentiers parcourent les sentiers pour accéder aux arbres. Les arbres sont coupés, et risquent de tomber sur votre tête.

Constatations:

Très rares sont les randonneurs qui empruntent le GRP avant Avril, car y marcher demande, en plus de la force physique, carrément de l'abnégation. Sur un kilomètre, çà passe, sur 45 ou 60 c'est de la folie pure.
Mais, certains, dont je fais partie, le font quand même.
Chacun ajoute aux ornières ses traces de pas. Ajoutez là dessus les chevaux (très nombreux), les vététistes (nombreux aussi), et vous comprendrez que le sentier se dégrade au fil des jours.
Les cerfs pullulent en forêt de Paimpont. Eux aussi  massacrent les sentiers, noméo!!!

D'ailleurs, en ce qui concerne la chasse à courre, je rajoute quelques pensées perso:
Vu le nombre de traces de cerfs dans la boue, c'est indéniable: la région n'est pas en manque de gibier.
Le cerf n'a plus de prédateurs naturels (ni loup géant, ni ours de Bretagne :-)). Il faut donc réguler sa population, logiquement.
La chasse en est un moyen. Mais... De nombreuses régions de France manquent de cerfs. On pourrait aussi capturer des jeunes, et les réintroduire ailleurs.
Bref... le cerf d'hier me semblait jeune et en bonne santé. Mais je n'y connais rien: il n'avait pas de bois, mais c'est peut être normal en hiver.
Le débat est lancé. Ce n'est pas la chasse au cerf qui me gène le plus, bien que le résultat soit le même: la mort. C'est la durée de cette mise à mort. basta, passons à autre chose. Si vous avez des commentaires, ils seront les bienvenus.

Revenons au GRP.
Je ne vous conseille  pas d'y aller avant le 1er avril.
Et j'ajouterai même:
Je ne vois pas ce que le 1er avril va changer: dans la nuit du 31mars au 1er avril, aucun lutin n'arpentera le GRP avec un sèche cheveux pour transformer boue en sentier herbeux praticable...

La boucle de la bassse forêt, qui passe par Telhouet, l'étang de la Marette, et revient sur Trudeau et l'étang du Pas du Houx est remarquable.
Remarquable aussi par sa difficulté. Point de dénivelé agressif, mais de la boue, de la boue, et encore de la boue.
Si vous partez de Paimpont pour 20km vous survivrez.
Si vous en avez déjà 30 dans les pattes, c'est une autre histoire.

Mes pieds deviennent de plus en plus douloureux. Quand à mon dos, j'en hurlerai. J'avance comme une automate, et bientôt, je ne prends plus aucun plaisir à voir ce qui  m'entoure. Chaque mètre de boue me semble infranchissable.
Je vais, contrairement à mes habitudes, marcher les yeux rivés sur  la montre, me promettant une pause de 5-10minutes toutes les heures, et attendant l'heure comme une délivrance.

Quelques photos du GRP, dans son côté plutôt acceptable. Sol très mou, mais correct. Je n'ai volontairement pas photographié l'enfer, j'étais dans un état trop pitoyable, et je ne voulais pas immortaliser la douleur.

grp_tour_de_broc_liande0108grp_tour_de_broc_liande0109

L'étang du Pont Dom Jean:

grp_tour_de_broc_liande__tang_du_pont_dom_jean0116
Accessible avec un bon plan, et 2 bons km de marche de la route la plus proche. Un endroit superbe, mais  malheureusement je n'étais plus lucide du tout. J'ai croisé ici 3 randonneurs, avec qui j'ai échangé quelques phrases. J'ai  lu dans leurs yeux l'interrogation quand à mon état, qui devait sembler préoccupant!

grp_tour_de_broc_liande__tang_du_pont_dom_jean0115
J'ai posé mon sac près de l'immense chêne, et j'ai voulu faire quelques pas vers les pierres de schiste près de l'eau. Depuis 7h30 du matin je n'avais pas marché sans ce poids sur le dos. J'ai perdu l'équilibre, incapable de marcher. Ce poids avait faussé toute notion d'équilibre.
Là, ce matin, j'écris ces lignes en souriant, mais franchement, samedi après midi j'ai pris peur. Je me suis assise sur une pierre, me demandant comment j'allais pouvoir continuer le circuit.

Le reste du circuit, qui mène vers l'étang de la Marette, est époustouflant.
Enfin!!! Plus de lignes forestières de 2km qui dépriment le randonneur fatigué!!
Des zig zags, en pleine forêt, des montées (fortes), des descentes (fortes aussi), un sentier microscopique, une merveille sur un kilomètre bien trop court, avant le retour des lignes, et de la boue.

Là, j'ouvre une nouvelle parenthèse coup de gueule:

Les légendes de Brocéliande, ok.
Cette forêt est magnifique, vénérable, et il est facile de comprendre qu'on peut se laisser entrainer par l'atmosphère "magique" des lieux.
Mais il y a une différence entre les jolies légendes, et les conneries touristiques!!!
Un kilomètre avant l'étang de la marette, un parking, un panneau indique: "tombeau de Merlin".
Depuis que je marche ici,  je n'y suis jamais allée, car je sais, pour avoir lu de nombreux témoignages, que c'est une boufonnerie sans nom. Le tombeau se trouve à 20mètres du GR, je m'avance.
Derrière, et devant moi, une douzaine de promeneurs, tout fraichement descendus de leurs voitures. çà crie, çà ricane, çà pouffe en habits du dimanche.
J'arrive sur "le site", et c'est encore bien pire que  je me l'imaginais!!
Quelques misérables cailloux, entassés n'importe comment. C'est censé être les restes d'une allée couverte? Arrêtez!!!
Ces cailloux là ont été certainement ramassés dans le champ d'à côté et entassés là en vrac!
Ils formaient peut être une allée couverte, mais ce n'est plus le cas. Ici, installés au milieu d'un cercle de pierre ils sont carrément ridicules.
Les légendes collées au soit disant tombeau de Merlin sont tenaces. Le site a été fouillé, et dégradé, de nombreuses fois. Chercheurs des trésors, connards en manque de je ne sais quoi.

Bref, c'est moche. Immensément moche!
A côté, l'hotié de Viviane est un sanctuaire, une merveille de paix et de grâce, car les pierres ont de la grâce, je vous l'assure.
Ces cailloux pitoyables attirent des amateurs de "je ne sais quoiseries celtiques" et de touristes nombreux, qui se recueillent pour les  uns, et ricanent pour les autres. Tout ceci est alimenté par les nombreux sites internets sur la forêt, et par les offices de tourisme du coin.

Par pitié! Si vous n'avez qu'un jour à passer à Brocéliande, fuyez ces conneries!!
Le monument à visiter, c'est la forêt elle même!!!
Au milieu des cailloux du soit disant tombeau de Merlin (le vrai Merlin, si il a existé, doit se retourner dans sa vraie tombe), poussait un houx.
Enguirlandé, décoré, trop touché, il est mort.
Les offrandes au soit disant enchanteur ont tué l'arbre.
Et çà, ce n'est pas ridicule, c'est carrément pitoyable. C'est mignon et gentillet, ces croyances, mais N de D!!! ouvrez les yeux!!

Je m'emporte, je m'emporte... Zen Laouen, zen...
Une photo (avec un groupe en prime), pour vous montrer le lamentable simulacre de tombeau:

grp_tour_de_broc_liande_tombeau_de_merlin0117
Vous allez  rire: j'ai du m'y reprendre à 3 fois avant de réussir à publier cette photo: Canalblog a zappé mes 2 premiers essais! C'est un signe.

Ecoeurée, je n'ai même pas fait le détour de 50m pour voir la soi disant fontaine de Jouvence. Marcher, même 50mètres de plus au milieu d'un troupeau de boeufs pour admirer d'autres cailloux jetés en pâture aux touristes pour les attirer, çà me paraissait sur-humain.

L'étang de la Marette est un endroit sympathique, avec un petit camping. Un peu plus haut, la carrière de la Marette, lieu remarquable pour les amateurs de géologie.
Je ne vous ferai pas un cours.
Depuis hier, je n'ai eu que 2 commentaires sur  mes posts, alors si en plus je vous parle de Briovérien, de poudingue, de discordance angulaire ou de chaîne cadomienne j'imagine le néant qui va suivre! :-)))
Mais si quelqu'un est intéressé, dites le moi.

Voici une photo du front de taille. Comme çà, çà ne vous dit rien, mais c'est passionnant. J'y retournerai pour étudier çà plus longuement.

grp_tour_de_broc_liande_carri_re_de_la_marette0122

Je reviens après manger, pour vous parler de la dernière étape du samedi, qui vous prouvera définitivement que je suis totalement folle...

Posté par Laouenanig à 11:50 - mes courses contre moi même - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 mars 2007

GRP (gravement ras les pieds) 3/X

La suite du calvaire circuit m'a amené à nouveau vers le Val sans retour, par le bas, le long du Rauco, le ruisseau tortueux qui y coule. La grimpette par le GR37 vers les crêtes avec un sac qui pèse une tonne ne s'est pas faite sans mal. Le sentier est très très pentu.
Je n'ai pas pu  m'empêcher de faire de nouvelles photos, bien que j'ai déjà mitraillé le coin. Mais ici, rien n'est jamais pareil, la lumière donne toujours au site une dimension différente.

RIMG0064
Des crêtes on ne peut pas rater cet arbre immense, au tronc blanchi, figé dans la mort. Je ne sais pas si c'est l'incendie qui l'a tué, ou si le feu à simplement noirci le bas de son tronc déjà mort.
L'étang sans nom a été remis en eau il y a peu de temps. C'est le dernier des étangs du Val (il y en avait 4 je crois bien) qui alimentaient le moulin de la vallée. Pourquoi n'a t'il pas de nom, je n'en sais rien. Nom oublié, ou volonté de ne pas le nommer?

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Et c'est 3km après le village de Tréhorenteuc, que j'entrepris la traversée de la partie très privée de la forêt privée de Paimpont.
Là où j'ai pénétré dans la forêt, seule une barrière barrait la ligne. Pour explication, dans les grandes forêts exploitées, des lignes parallèles traversent la forêt, coupées par des lignes transversale à angle droit.
Ce n'est pas évident du tout de se repérer, car aucun panneau ne décore les croisements, et c'est parfois totalement déprimant.
La ligne que j'ai empruntée (je l'ai rendue d'ailleurs) s'étirait sur plus de 5km de long, en totale ligne droite. Marcher là dessus c'est du casse moral assuré.
J'éprouve une tendresse particulière pour les arbres, alors j'ai fait un détour de 1km pour saluer le vieux hêtre de Ponthus, dont je vous ai longuement parlé.
Quelques photos interdites de la forêt interdite (publication interdite, etc.. ;-))

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A ce carrefour, 6 sentiers se croisent. Il ne faut pas perdre le sien.
Mais j'ai rapidement bifurqué sur du vrai hors piste...
Photo sans interet, mais.. sur ces sentiers là, pas grand monde ne passe! na!

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Et en coupant à travers les sapins, j'ai rejoints le hêtre:

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La légende dit que le hêtre de Ponthus pousse sur les ruines du château du même nom, château détruit par Du Guesclin il y a fort longtemps.
Légende? Aucun fait réel ne prouve l'existence d'un château, ou d'un bâtiment quelconque à cet endroit de la forêt. Nous sommes là au point culminant de Brocéliande (257m environ, on ne rigole pas merci), et franchement, si la végétation était aussi dense à  l'époque, pourquoi construire un château à cet endroit?
De nombreux blocs de pierres voisinent avec le hêtre, mais ils ne semblent pas taillés.
Si un lecteur peut me renseigner, cela me passionne.

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Et là, moment d'émotion;
Le creux des racines retient l'eau. Dans ce vase improvisé, un bouquet de fleurs fanées.
Qui l'a mis ici, et pourquoi... Cet arbre est respecté, peut être même vénéré. J'ai souris, retenant  une larme (euh, ne la retentant pas d'ailleurs)

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Je suis repartie, par un sentier dans un état apocalyptique, vers la ligne, en jetant un dernier regard vers le hêtre. Je lui ai même lancé un baiser d'ailleurs

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Et c'est là que j'ai été prise dans un tourbillon...

Interlude: "devinez où cette photo a été prise"?
En Bretagne bien sûr!!
Je vous le dis: c'est à en perdre le Nord.

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Me revoilà donc sur la ligne... Au loin, j'entends des aboiements. De plus en plus d'aboiements.
Je me dis: naaaaaaaaaaaan!!!!?????? Pas çà!!!! J'espère que c'est loin, que je ne vais pas tomber sur une battue. Mais pas de bruits de fusils pourtant.
Les sons se rapprochent, je commence à envisager de prendre la tangente, histoire de me planquer. Je n'ai pas le droit d'être là.
Le soir, au gite, le proprio m'a dit: le propriétaire du coin où vous étiez... si il vous avait vu, vous auriez reçu une belle engueulade!!!

Bref, j'angoisse, mais j'avance.
Et là, soudain, sans prévenir, un éclair brun passe à 1m de moi. Sans mentir, j'aurais pu le toucher.
Mais.... On ne joue pas avec un condamné. Il va mourir. Il est en sueur, le regard fou, il court, court...
C'est un cerf. Il est jeune, ses bois poussent à peine. Il traverse la ligne, me frôle, disparait. Muette, et statufiée, je fais la carpe (j'ouvre et je referme la bouche sans émettre un son).
Soudain, un grand chien traverse la route, bondit sur le talus en face, et poursuit le cerf. Un autre, un autre encore...
Je continue de faire la carpe, tout va trop vite, l'air tourbillonne autour de moi.
Trop tard.
Un 4x4 me fonce dessus, s'arrête à 10cm de mes pieds. Le conducteur ne me regarde pas, il suit des yeux les chiens.
Derrière le 4x4, deux chasseurs en tenue de chasse (sinon j'aurais douté hein!) sur des vtt.
Je fais un pas en avant, dépasse le 4x4, m'attend à une engueulade monumentale.
Et là, je vois... Je ne pensais même pas que cela existait encore, surtout en Bretagne.

Une cinquantaine de chevaux, des chevaux immenses, de belles bêtes.
Sur les chevaux, des  hommes, des femmes, des jeunes garçons, des jeunes filles.
Tous en tenue de chasse à courre bleue vif, à pans tombants sur les fesses. Les dames sont maquillées, portent chignon, pas un poil de dépasse.
Les messieurs? Je me demande si ils n'étaient pas maquillés aussi.
Les jeunes filles et jeunes gars ont un maintien sur le cheval qui trahit leurs origines. Ceux là n'ont pas appris à monter au poney club de la cité du coin...
Je m'attends à une engueulade carabinée (ce qui pour des chasseurs est de circonstance).
Le premier cavalier stoppe à ma hauteur, et me salue.
Avez vous vu le cerf?
C'est un daguet?
Je fais toujours la carpe...
Le cavalier précise: il avait des bois, ou non, ou juste un début de bois?
Je sais ce qu'est un daguet, mais j'ai l'impression d'avoir débarqué il y a 3 siècles, ou sur le tournage d'un film historique.
Je balbutie une réponse, parlant comme une demeurée mentale.

J'aurais voulu  leur dire "il est parti par là" en montrant la direction opposée. Mais les chiens hurlent, et traquent la bête, impossible de mentir.
Je pense au cerf, il sait qu'il va mourir.
Epuisé, il va finir par lâcher prise, et s'abandonner aux chiens.
Les cavaliers avancent, je suis immobile au bord du sentier, tous me saluent, je répond machinalement.
Je pense au sang, au cri de la bête qui agonise, aux hurlements des chiens...
Les cavaliers sonnent le cor, trottent, puis partent au galop, toujours avec une classe à tomber (de cheval? non, impossible).
A la ceinture, une dague dans son fourreau.
Je pense au cerf, qui va subir la mise à mort...

Et en même temps, je regarde le défilé. C'est coloré, c'est ... je ne sais pas.
Grandiose, ou ridicule?
J'apprécie les traditions, les coutumes, etc...
Mais je n'aime pas la chasse.
Cette chasse sans armes à feu est elle la plus respectable, ou la pire qui existe?
Le cerf n'a aucune chance. Face à un fusil, il en a ... peut être plus?
Il va mourir, et de manière atroce, car il aura couru, couru... jusqu'à peut être mourir de peur.

Je voudrais prendre des photos. Mais je ne peux pas. Ce ne sont pas des arbres, ce sont des personnes, qui s'adonnent à leur passion. Et je ne devrais pas être là.
Tous seront d'une politesse exquise.
Je les regarde, et je pense: p*tain, c'est un autre monde!!!
Tout dans leur façon d'être montre la différence de classe sociale. J'ai un pantalon plein de boue, une veste thermique de cyclisme fluo, je suis décoiffée, pas maquillée, épuisée.
Je ne me sens pas inférieure. Simplement différente.

Spectacle dérangeant, et pourtant captivant.
Je n'arrive pas à vous raconter. Quand on est au milieu, que des chevaux passent à gauche, à droite, le son des cors, les cris, c'est inimaginable.
Le dernier cavalier me croise... Derrière, 3 ou 4 chasseurs à vtt. Eux, n'ont pas le "maintien" des cavaliers. Ils ne tiennent pas le guidon avec classe, le petit doigt levé.
Je  peux continuer à avancer. J'ai perdu une demi heure à contempler ce tableau vivant d'un autre temps.
Là bas, bien plus loin, le cerf doit être déjà mort...

La ligne n'en finit pas. Je n'ai même pas fait 30km, et je n'en peux plus. Je rejoints Paimpont. Si mes pieds ne me faisaient pas si mal, je me dirais: tu as rêvé... tu vas te réveiller.
Le rêve se transforme peu à peu en cauchemar...

Saleté de changement d'heure!!! Il est tard, la suite ce sera pour demain!

Posté par Laouenanig à 22:42 - mes courses contre moi même - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

GRP (gravement ras les pieds) 2/X

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Et sur cette photo, vous avez découvert le château de Trecesson!
Non, ce n'est qu'un adorable édifice situé dans le champ en face.
Trecesson n'est pas un château, c'est un rêve de pierre.
Propriété privée bien entendu, située à Campénéac, Morbihan.
D'ailleurs, j'en profite pour m'excuser ici auprès du propriétaire (si il tombe ici en tapant le nom de son château):
"Monsieur le Comte, je ne vous ai pas demandé l'autorisation de publier ces photos.
Mais vu le nombre qu'il y en a sur le Net, quelques unes de plus ou de moins hein"...
Admirez la merveille, bâtie au XVeme siècle, par Jean de Trecesson, connétable de Bretagne. Enfin, pas par lui mais par des maçons bien entendu :-))))
Ici, vous  pourrez lire la légende de la Dame Blanche de Trecesson.
Juré, elle n'est pas venue me faire peur.

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Juste après le château, une superbe ferme à l'architecture remarquable
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Après avoir passé un long moment à admirer ces batiments, j'ai repris la route, sur un sentier fortement pentu, recouvert de dalles de schistes glissantes, au milieu des ajoncs en fleurs.
Cette partie du GR est fabuleuse.
Un petit détour pour aller voir le tombeau des Géants, allée couverte:

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Un panneau signale le site. Derrière le panneau, vous pouvez lire ceci:

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Ce genre de revendication me fait sourire. Nous sommes ici en pleine forêt, loin de toute habitation. Mais ce site est visité par quelques  marcheurs, et ces pierres de légende représentent quelque chose pour les Bretons.
A 200m du tombeau, au croisement, un immense panneau accroche l'oeil. Il est vraiment gigantesque, du genre panneau de pub 4x3.
Planté là, au milieu de rien, dans un coin  où si l'on vous lache sans carte IGN on retrouve votre squelette 6 mois après, c'est plutôt etonnant.

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Un peu plus haut, au croisement de 2 sentiers, enfin un repère: La croix Lucas, face au soleil.

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Il est temps de plonger vers le Val sans Retour, mais avant, je fais un détour par une crête rocheuse. Grimper avec un sac qui doit frôler les 20kg, c'est bizarrement éprouvant...
En haut des rochers, on découvre ceci:

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C'est une allée couverte nommée "l'hotié de Viviane", ou "Le tombeau des Druides".
Encore un amas de cailloux me direz vous...

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Le site est très beau, paysage superbe, crêtes acérées, je conseille le détour à tous les marcheurs.
Ah bien sûr, ces pierres n'ont rien d'exceptionnel. Mais j'ai adoré le coin. Tout autour, du schiste dressé naturellement, des crêtes alignées, qui narguent l'hotié de Viviane en lui disant: nous, pas besoin de nous aligner et de nous faire tenir debout, on le fait très bien sans l'aide de l'homme.

RIMG0059

Toujours pas une lamentation?
Non.. Mais çà va venir!!
Le dos commence à me faire souffrir de manière conséquente. Les jambes deviennent lourdes. Et j'ai l'impression de faire du sur place.

La suite au prochain gémissement...
Je préfère couper mon récit en petits bouts, pour ne pas surcharger le post, et parce que je n'ai  pas du tout confiance en Canalblog! Combien de fois j'ai du recharger 25 photos car tout s'était effacé pour cause de "site indisponible actuellement"...

Le prochain épisode sera tout bonnement hallucinant.
Je n'ai malheureusement pas pu prendre de photos, je vous expliquerai pourquoi. Cela m'a immobilisé une bonne demi heure, car un spectacle pareil on ne peut  pas le rater. Je me maudis de ne pas avoir osé sortir l'appareil...

Posté par Laouenanig à 19:23 - mes courses contre moi même - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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