23 février 2008
Demain commence maintenant? :-)
Demain, j'oublie que je suis fatiguée.
Demain, j'oublie que je ne dors que d'un sommeil artificiel.
Demain, même si il pleut, je retourne courir. 1h, 1h30, ou plus, qui sait?
Demain, je vais retrouver l'étang, la forêt, la boue, les sentiers défoncés, les sangliers en furie, les rafales de mitraillettes, euh?
çà sonne bizarrement, là au milieu de cet espace si paisible. :-)
Demain, je retourne vivre...
Et je grimperai la grande bosse (c'est le nom du point culminant du coin) en frolant à peine le sentier caillouteux où je me tords habituellement les chevilles.
Tout simplement parce que je le veux.
La vie, c'est si facile parfois...
Demain, vu la météo, vous échapperez certainement aux 2000 photos de l'étang.
Vous n'aurez pas droit à çà:

Ni à çà:

Oui je sais, j'aurais pu prendre les photos de manière à pouvoir les poster côte à côte, ou tricher, bidouiller les deux photos, les coller pour faire un panoramique... Je sais.
Mais je ne triche pas, je n'ai jamais triché, et je ne vais pas commencer à le faire demain.
La vie, c'est ce soir, c'est demain, c'est ...
01 décembre 2007
Caminando...
Malgré une semaine très difficile, je n'ai pas pu résister à l'appel du soleil.
La semaine fut très arrosée. Et demain, c'est avis de tempête sur la Bretagne.
Premier jour de décembre, matin de lumière, la vie reprend son souffle.
Bientôt, très bientôt, au coeur des jours les plus noirs de l'année, l'hiver arrivera.
Et avec lui, la lente remontée du jour. Minute après minute.
Kerzu. Décembre, l'apogée des mois noirs.
Cette année Mizdu portait mal son nom...
Novembre, "Du" en breton, a été exceptionnellement lumineux.
Même du fond de mon atelier crasseux j'ai bien vu la différence avec les années précédentes.
Mizdu veut dire "les mois noirs". C'est la période qui regroupe novembre (Du) et décembre (Kerzu).
Et ce n'est pas cette dernière semaine, au brouillard sale, au crachin hésitant, qui aura terni l'éclat de novembre.
Matins blancs de givre, automne flamboyant.
Demain sera jour de tempête, il va falloir payer.
Qu'importe...
Lundi, la lumière reviendra. Et heureux seront ceux qui la verront, au coeur même du déluge prévu.
Demain, je voudrais être loin d'ici, loin vers l'Ouest, pour une fois.
Quelque part du côté de Saint Matthieu, ultime bout de terre d'Europe, avant les Iles. Enez Eussa, mon premier amour breton, trop loin de moi...
Ou à Saint They.
çà me reprend, faut que j'y aille...
Un dremwel henvel n'ez eus ket. Evel ar C'hap n'eus Bro ebet. Enez Sun zo en hor c'hichen...
Hor Bro ar C'hap eo staon ar bed...
chanson trouvée ici.
composée par l'Abbé Kersaudy natif de Plogoff en 1871.
Ce matin, je suis allée courir pour saluer décembre.
Courir très lentement, et longtemps. 2 heures.
Départ de l'étang, une vingtaine de kilomètres.
Je n'ai pas fait de photos, à part 3 panneaux, pas envie, juste envie de courir.
Le départ se fait par le chemin de croix, quelques minutes qui me laissent étourdie, le coeur battant la chamade, à bout de souffle, nauséeuse.
Puis la pente se calme enfin.
La nausée, elle, mettra très longtemps à me quitter.
Quand je travaille à 4h du mat, je suis très mal le samedi. Mais ce n'est pas tout.
Ce matin, une immense battue est organisée dans le coin. Les chiens hurlent, les hommes hurlent, j'ai la tête qui tourne...
La campagne brille, rien ne bouge. Quel contraste avec l'enfer sonore qui m'agresse. Je cours, envahie par une immense tristesse. Je pense au jeune chevreuil que j'avais surpris pas très loin, le mois dernier.
Je traverse la forêt où se déroule la battue, sans un regard pour les groupes d'hommes aux casquettes oranges fluos. Un mot à l'ancien qui garde le chemin qui grimpe très fort vers le moulin.
Il me précise "vous ne risquez rien, on ne tire pas sans savoir ce qui arrive"...
Je ne pense même pas à moi, je pense à la vie, en général...
Roches Noires se découpe sur la lande. Le calme est revenu par là. Un peu plus bas, après la descente glissante, le dernier groupe de chasseurs. Je crois reconnaitre au loin la silhouette trapue d'un ouvrier qui bosse avec moi.
Une demi heure que je cours, je suis toujours aussi mal. La côte m'épuise.
Mais je sais qu'après, je serai enfin seule avec la forêt.
300m après les derniers chasseurs, je lève la plus grosse perdrix que je n'ai jamais vue. Sourire...
40 minutes...
Enfin le pic d'endorphine s'annonce. Je n'accélère pas. Je me contente d'être plus légère, plus aérienne, je me contente d'être heureuse.
Le minuscule étang au coeur de la forêt est dans l'ombre.
Je grimpe jusqu'au hameau, fait demi tour, salue les chèvres gwenn ha du, et attaque le retour, par un autre sentier. Le retour est plus long que l'aller, et je crains une certaine ligne droite de 3km, pleine de cailloux, exposée au vent.
En traversant la route, je regarde le chrono, presque une heure.
Et je souris.
Ce panneau, voilà plus d'un an qu'il me fait sourire. Enfin je me retrouve devant, avec le numérique.
Dans mon coin de Bretagne, un panneau de ce genre est une curiosité. Ici tous les lieux dits sont écrits en français. Celui ci doit être une francisation fantaisiste d'un lieu dit breton, que je n'arrive pas à traduire.
Kad, c'est "combat". au pluriel, Kadou, et donc logiquement Kado en vannetais.
Mais je ne vois pas le rapport avec ce coin paisible!
Et Noé...
Certainement un dérivé de "Noë", tiré d'un mot gaulois signifiant prairie humide.
Mais ce panneau me fait rire, et il a aussi surpris les enfants, par ce que l'on peut bêtement y lire en français.
Minimoi a comme moi remarqué: il y manque un "l"...
Et oui, surtout en décembre, il manque un "l"...
Sur la gauche, avant la ferme, j'entre dans la forêt pour un kilomètre de pur bonheur. Le "l" manquant, il est ici. Ce sentier est un vrai Cado de Noël.
Je vais attaquer la partie que j'appréhendais depuis le début.
Malgré les pluies récentes, j'ai le pied droit qui me fait terriblement souffrir, échauffement aggravé.
Mais depuis que je suis sortie de la zone de chasse je me sens bien. J'ai commencé à allonger le pas et les kilomètres passent sans me fatiguer.
Je me retrouve logiquement face au vent dans l'interminable ligne droite, qui en réalité dure plus de 4km. Les cailloux font souffrir mon pied droit, alors que le gauche reste insensible.
J'attaque la longue montée avant de basculer vers l'étang, et le bitume qui me ramènera à ma voiture. L'étang est malheureusement privé, et doit se contourner. Je ne me gène pas de traverser les bois, mais en saison pluvieuse une partie du sentier est totalement impraticable.
J'ai mal aux pieds, mais je suis intensément bien dans ma tête et dans mon corps.
J'ai une vie de merde, un travail de merde, je ne peux plus courir vite, mais je peux encore courir...
Même si j'enrage de me voir ainsi diminuée.
Le samedi matin, si le temps est clément, je vais courir. J'ouvre ma porte, je suis libre. Un pas, un autre... Je pars quand je veux, je rentre quand je veux...
Et mes pensées m'entrainent très loin, au delà du grand océan.
Je pense à ces mots. Ces mots qui, par leur existence, sont déjà un espoir, mais ces mots de douleur.
"Je vais mal physiquement, je ne mange plus, mes cheveux tombent, je
n'ai envie de rien. (...) Ce n'est pas une vie, mais une lugubre perte
de temps." (lettre de Ingrid Betancourt à sa famille)
Alors, j'accélère.
Je pense à toutes les Ingrid du monde, aux soeurs, aux frères, tombés, oubliés, massacrés, qui n'ont pas eu la chance (quel mot atroce!!) d'être des personnalités publiques... Qui ne sont plus.
J'ai mal au pied, et le mal disparait.
J'accélère encore. Je ne touche plus le sol.
J'ai une vie de merde, un travail de merde, une santé qui décline, des forces qui me manquent, mais je cours, en pleine lumière.
Ce matin, j'offre ma sueur, ma douleur, mon bonheur, cette lumière, mes muscles qui se contractent, mon coeur qui bat, qui bat... à Ingrid, à tous ceux qui ne peuvent pas aller courir, ou qui, si ils le faisaient, stopperaient, une balle leur traversant le dos.
Je file sur le bitume, plus vite que le temps qui les efface.. termine au sprint, face à ce panneau qui fait hésiter entre sourire et ironie:
Autour du lac, les ronces s'entremêlent. Mais la lumière passe à travers...
Ces barbelés là ne tuent pas.
Midnight, our sons and daughters
Were cut down and taken from us
Hear their heartbeat...
We hear their heartbeat
In the wind
We hear their laughter
In the rain
We see their tears
Hear their heartbeat...
We hear their heartbeat
Night hangs like a prisoner
Stretched over black and blue
Hear their heartbeat...
We hear their heartbeat
In the trees
Our sons stand naked
Through the walls
Our daughters cry
See their tears in the rainfall
Mothers of the disappears. U2
We turn away to face the cold, enduring chill
As the day begs the night for mercy
Your sun so bright it leaves no shadows, only scars
Carved into stone on the face of earth
The moon is up and over One Tree Hill
We see the sun go down in your eyes
You ran like river to the sea
Like a river to the sea
And in our world a heart of darkness, a firezone
Where poets speak their hearts, then bleed for it
Jara sang his song a weapon, in the hands of love
You know his blood still cries from the ground
It runs like a river to the sea
Like a river to the sea
I don't believe in painted roses or bleeding hearts
While bullets rape the night of the merciful
I'll see you again when the stars fall from the sky
And the moon has turned red over One Tree Hill
We run like a river to the sea
Like a river to the sea
One Tree Hill. U2
17 novembre 2007
matin glacé
Dernière phrase du commentaire de JT, ce matin, à 9h52: la lumière qui fait vibrer l'air glacé est magnifique...
Je lis cette phrase à midi, en rentrant au chaud. Je suis trempée de sueur, et je vais aller me doucher.
J'ai hésité, pour la forme, devant mon thermomètre qui refusait de dépasser le zéro, même au soleil. J'ai su, dès ce matin très tôt, que j'irai courir sur le givre.
Pourtant, la semaine de travail écoulée fut la pire que j'ai vécu. Jamais je n'ai été aussi épuisée. Le moral en a pris un sacré coup...
Mais il m'était impossible de résister à l'appel de la forêt glacée. Par la fenêtre: du blanc, du blanc, et encore du blanc..
Et un immense ciel bleu.
J'ai empilé les couches de vêtements, trop, comme d'habitude. Non équipée pour courir l'hiver, j'ai mis mon cuissard de vélo long, et un très très vieux pantalon de survet par dessus (plus fin que le plus fin de vos strings tant il est usé)
Un tee shirt à manche longue ultra-fin, mon maillot de vélo, un coupe vent ultra léger, et .. un blouson par dessus. Gants, et bonnet.
Oui je sais, je suis folle! Mais il fait zéro, et je suis frileuse...
D'ailleurs, quelqu'un peut il répondre à ma question:
Il fait 5 degrés. On met un "s" à degrés, car ils sont plusieurs.
On dit aussi: il fait un degré. Logique, le sans "s".
Ce qui me fait marrer, c'est le fait de dire "il fait moins cinq degrés".
Car, logiquement, moins que un, et pire, moins que zéro, ce n'est pas un pluriel non? Ah, la logique des maths.. :-)
On dit donc, il fait 1,56879 degrés, car le chiffre est supérieur à un?
Mais alors, doit on dire 0,568745233 degré, car inférieur à un?
Même le terme "zéro degré" me fait marrer: comme si je disais fièrement: ce matin, j'ai couru zéro mètre...
Le zéro, notion marquant le "rien", est ici quelque chose de réel, il existe, et la preuve que le zéro degré existe, c'est qu'il gèle la flotte, et tous ceux qui s'aventurent dehors.
Bon, j'arrête mes remarques idiotes...
Trop couverte, je n'ai pas eu froid au démarrage, mais évidement j'ai accroché mon blouson à mon camelback 10 minutes après.
Je n'ai pas couru depuis longtemps, et ce matin j'ai décidé d'établir un record de lenteur.
En fait, je vais aussi établir un record de bonheur...
Ce matin, j'ai offert ma lenteur à la forêt, et, parce que je le vaux bien (euh? c'est quoi cette autosatisfaction en forme de pub?) , elle m'a offert des instants merveilleux.
Et sa lumière.
En fait, je n'ai absolument pas souffert, ni fatigué.
Trop de pauses photo! Même sans ces pauses, je pense que je n'aurais pas souffert.
L'air était si léger qu'il m'a emportée.
J'ai toujours eu du mal, par contre, à courir sur l'herbe glacée. Non parce que l'humidité gèle les petons, mais surtout parce que, vous allez rire... en la piétinant alors qu'elle est congelée, je lui fais mal. Allez y, riez! Si vous saviez, la relation qui existe entre la nature et moi...
Jamais je n'ai été aussi aérienne, et en même temps aussi en fusion avec la nature.
Une sorte de ... "communion dans l'envol"? :-) pour employer un terme lu chez JT...
Communion avec le Tout.
J'ai offert à l'air pur ma sueur, mes pas les plus légers possibles, mon souffle, qui bizarrement ne formait aucun nuage de vapeur malgré le froid, mon regard qui jamais n'égalera la brillance de la lumière de ce matin.
Mais j'ai vu. Vu parce que j'étais là bas à ce moment là? Parce que j'avais bravé le froid, en récompense? Parce que j'avais bravé le froid, justement, en sachant intérieurement, que j'allais voir?
Qu'importe...
J'aurais pu faire des photos merveilleuses, mais on ne photographie pas l'amour.
Je me suis contentée de simples photos, faites d'un doigt gelé, évitant de trop rester immobile car la sueur se refroidissant devient glacée sur la peau. Et l'heure n'était pas aux photos...
J'ai aimé la lenteur qui était mienne, (pas si lente que çà au final, vu l'absence totale de souffrance), j'ai aimé les sauts de cabri sur les racines, les accélérations dans les descentes, et même, les glissades sur les fesses sur les tapis de feuilles de châtaigniers gelées.
J'ai aimé, et j'aime encore.
JT, dans son commentaire, écrit:
"L'Infini n'est rien d'autre qu'une respiration harmonieuse délivrée de toute notion...."
A ces mots, je n'ai qu'un souffle en réponse...

Châtaignier givré (dans une descente où je me suis retrouvée sur le cul)
Givre sur feuille de châtaignier, et moi, pendant ce temps, j'ivre de froid...
Givrée, parmi les fous, j'erre...
Dans un virage, j'ai stoppé net. Elle m'attendait. La lumière
Impossible de saisir le jeu des herbes hautes face au soleil. Tant pis... J'ai essayé, je n'ai eu que du flou.
Je ne vous montre qu'une photo prise de loin
L'herbe est lumière
Transparence sur feuilles dorées de châtaignier. La lumière, tout contre moi.
Je n'aime pas ce terme: "contre moi". Elle était "avec" moi.
Brillance verticale

Herbes dorées
Sur le blog de Mélu, j'avais été étonnée de lire qu'une de ses lectrices était angoissée par l'automne. Elle ne devait voir, dans les tapis de feuilles mortes, qu'une fin. L'automne n'est pas une fin, juste un passage vers un nouvel élan. Les fougères rousses ne sont pas mortes... Loin de là!
L'ombre des grands pins, et la mienne
Au détour d'un sentier, le soleil me salue
L'exemple type d'une photo "ratée". Artéfacts, couleurs parasites, voile, manque de netteté...
Je précise que je n'ai pas vu mes photos, je les "devine" sur mon écran HS!
M'enfin hein... pfffffff.. la perfection, si vous saviez où je me la mets, dans ces moments là!
Un jour, on ne fera plus la différence entre les arbres et moi...
Pardon... (à toutes les touffes d'herbes gelées que j'ai écrasées ce matin)
R'Once upon a time... (ok, je sors)
Vers la civilisation? Non, juste une route à traverser


Une longue ligne droite, encadrée par deux chênes, et la forêt derrière...
Allée couverte givrée
Lui, ne voit jamais le soleil...
Pour ceux qui tomberaient ici par hasard à la recherche de sites mégalithiques morbihannais, je précise qu'il s'agit de l'allée couverte et du menhir de Beaumont, à Saint Laurent sur Oust.
Hêtre ou ne pas hêtre, les feuilles dans le ciel.
Pour ceux qui ont suivi, un lecteur est arrivé sur mon blog en tapant "le hêtre peut il aller à l'extérieur".
Je le rassure, au cas où il repasse ici: IL PEUT! La preuve!
D'ailleurs, que ceux qui ont des hêtres à l'intérieur de chez eux me le disent, çà m'intrigue ce truc...
Ne trichez pas: les sadiques tortureurs d'arbres amateurs de bonzes-aïe, ne me montrez pas vos hêtres chétifs. Le vrai, le pur fayard, le Fao de chez moi, il est grand, fort, libre!
Je n'aime pas les êtres de salon, j'aime hêtres en forêt. :-)
J'ai passé un long moment à regarder valser les feuilles.
Les feuilles d'automne, emportées par le vent, en rondes pas du tout monotones, s'en vont tourbillonnant...
Le hêtre givré me fait un moment frissonner...
Oh ! je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis.
En ce temps-là la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle.
Tu vois, je n'ai pas oublié...
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l'oubli.
Tu vois, je n'ai pas oublié
La chanson que tu me chantais.
C'est une chanson qui nous ressemble.
Toi, tu m'aimais et je t'aimais
Et nous vivions tous deux ensemble,
Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais.
Mais la vie sépare ceux qui s'aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Mais mon amour silencieux et fidèle
Sourit toujours et remercie la vie.
Je t'aimais tant, tu étais si jolie.
Comment veux-tu que je t'oublie ?
En ce temps-là, la vie était plus belle
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui.
Tu étais ma plus douce amie
Mais je n'ai que faire des regrets
Et la chanson que tu chantais,
Toujours, toujours je l'entendrai !
Je suis repartie en courant. Pour couvrir du bruit de mes pas le silence parfois bien plus lourd que l'air...
Et j'ai souri au silence...
21 octobre 2007
vers la lumière...
Samedi 5h45. Je me lève.
La grande majorité de mes lecteurs ne comprendra pas. Je me lève en semaine à 3h30, et voilà que le samedi, je remets çà...
La grande majorité de mes lecteurs prendra encore cette envie de longue marche pour un défi perso, une tentative d'exploit physique, une connerie monumentale pour quelqu'un qui bosse en 2/8 et qui devrait se reposer le week end.
Bah oui. Mais et la vie dans tout çà?
La vie, je ne la bouffe pas, je ne la prends pas à bras le corps pour lutter avec. La vie je la prends dans mes bras, et nous promenons ensemble. Même si parfois, comme hier, ces promenades me laissent, au retour, couchée par terre pendant une heure sans trouver le courage de me relever, brisée par la souffrance.
Je voudrais, un jour, marcher 24h sans m'arrêter. Je crois bien que je ne le pourrai jamais.
Hier, j'ai marché 13h, dont 5h bien au delà de mes limites. Et quand je suis rentrée, j'ai regardé mes pieds. Pas d'ampoules (j'avais changé mes chaussures de rando, pour de simples baskets très souples à mi parcours) mais la plante des pieds était très gonflée, rouge foncée, et bouillante.
Dans ces conditions il est impossible de marcher. Je commence à souffrir à partir de 6h de marche, et à partir de 8h c'est un calvaire.
S'arrêter 10 minutes ne sert à rien (sinon à reposer les cuisses), car le pied est encore plus douloureux quand je repars.
Bref, à me lire, vous allez vous poser des questions sur ma santé mentale. Alors je préfère ne pas raconter ma balade en détails. Je ne vous parlerez que du bonheur. Et du bonheur, sur 60km de balade, il y en a eu.
Hier, je suis partie à pieds, de chez moi, à 6h40. Je suis revenue chez moi à 19h40. 13h...
Hier, la météo prévoyait, sur mon canton, -1 degré à 8h. A 6h40 il devait faire encore plus froid, mais curieusement le froid s'est accentué par la suite, au lever du jour, avec le réveil du vent de Nord Est, assez fort.
A 6h40, la lune, dans son premier quartier, est absente. Cachée plus loin. Le ciel est garni d'un nombre infini d'étoiles, mais qui ne suffisent pas à permettre la marche sans lumière. Même les lumières des villages voisins, qui polluent la nuit, ne le permettent pas.
Dommage... Mais çà me fait sourire. Je voulais marcher sous la lune, et bien... je marcherai toute la journée, et ce soir elle sera là.
Je suis donc partie en allumant ma frontale, car en forêt, les étoiles n'éclairent pas vraiment. :-)
Ma frontale, d'après les sites de rando, est une bonne lampe, mais qui ne permet pas réellement la marche de nuit. On voit les 2 mètres devant soi, mais droit devant, rien. Allez donc repérer un balisage avec çà!
Des balisages, il n'y en avait pas sur le parcours que j'ai pris.
Je l'ai allumée en version minimum, histoire d'éviter de me tordre une cheville, c'est tout.
La faible portée de la lampe crée des phénomènes lumineux étranges. L'angle du rayon de lumière, associé au mouvement, fait galoper certaines ombres à ma rencontre. Les branches de châtaigniers se jettent sur moi à grande vitesse, telles des chevaux fougueux, et les tiges des herbes semblent vouloir me transpercer. Les grands pins restent tranquilles: vu la faiblesse de la lampe, ils restent dans le noir.
De quoi terrifier ceux qui ont peur du noir, et de la solitude... C'est réellement surprenant.
Mirages d'ombres, impression de mouvement partout autour, alors que rien ne bouge.
Moi, je souris.
De temps en temps, une hulotte pousse son cri, et j'aime écouter les chouettes.
De temps en temps aussi, un merle encore endormi se réveille, dérangé par mon passage, et décolle. Je ne le vois pas, mais je sais que c'est un merle. Je sais reconnaitre le son de son envol. L'un d'entre eux poussera son gloussement caractéristique, le cri du merle énervé en alerte, qui confirmera ma pensée.
D'autres bestioles bougent... La forêt vit aussi la nuit.
Je n'ai pas peur du noir, ni de la solitude, ni de cette masse immense d'arbres autour de moi.
Pourquoi en aurais je peur? Le noir fait partie de la vie, la solitude ne doit pas nous effrayer, cela reviendrait à dire que nous nous faisons peur nous même. Et la forêt... J'y suis si bien.
Je marche plein Est. Ne voyant pas vraiment où je vais, même si je connais très bien ces sentiers. Dans le ciel, parmi les étoiles, l'une d'elles semble 10 fois plus grosse et donc plus lumineuse que les autres. Je ne connais rien aux étoiles, dommage. A 6h30, elle est situé plein Est, ou légèrement Est Sud Est, le ciel est si infini que la direction peut être trompeuse. Logiquement, çà doit être Vénus, donc, ce n'est pas une étoile :-))
Elle est le soleil de la nuit, le guide.
Je ne regarde plus où je mets les pieds, je marche les yeux dans le ciel.
A 7h30, du moins à peu près (qu'importe l'heure, je ne la regarde pas) je débouche sur un large chemin d'exploitation, très dégagé. Face à moi, l'étoile.
J'éteins la frontale.
Au loin, le noir est bordé d'une frange de certitude: le jour arrive. Il marche à ma rencontre.
Je ne suis plus le chemin, c'est le ciel qui est mon guide.
Moment intense, de silence et d'émotion. Je voudrais pouvoir un jour marcher vers le jour sans que rien ne me cache sa venue, ni arbres, ni collines. Le désert plat, ce serait l'idéal.
Le froid est intense, mais je suis bien. Je sens par contre la fatigue qui est là, pas remise du tout de ma semaine de travail.
J'arrive à l'étang. J'aime l'odeur de la nuit, le bruit de l'eau quasi invisible.
Sur la droite commence un sentier tortueux en pente raide, dont le début est marqué par cette pierre:
Photo prise de nuit, sans flash, simplement en rallumant ma frontale en éclairage minimum.
Le coin est parsemé de petites "chapelles" naturelles, fleuries, avec des statues de la Vierge. Tout ceci me fait sourire, et je vous en parlerai un peu plus loin dans le récit.
Il m'arrive souvent de penser, que plutôt que de se donner bonne conscience en multipliant les "bondieuseries" de plus ou moins bon gout, les gens du coin devraient plutôt s'ouvrir un peu aux autres, et ne pas juger ni mépriser l'étranger (celui qui n'est pas né dans le canton) ou celui qui ne vit pas comme eux. Hallucinante, la mentalité des gens du coin, çà me désole. Heureusement, ce n'est pas le cas de la totalité des habitants du village, mais bon... Nous n'avons pas la même définition du mot "Foi", et encore moins de celle du mot "Amour".
D'ailleurs çà me rappelle encore une fois ce discours d'un homme d'Eglise entendu en Suisse (discours en italien) qui expliquait que l'Eglise s'était fourvoyée, ne réclamant aux fidèles que d'être croyants, et ayant totalement rayé de son dico le mot "Amour".
Si les croyants aimaient un peu plus ceux qui les entourent, la vie serait plus respirable... Et l'Eglise n'en serait pas où elle en est, avait il dit.
Le sentier est jalonné de pierres dressées gravées, les stations du chemin de croix.
Je marche au milieu des bruyères d'été fanées, et des ajoncs piquants. Chemin de bonheur.
Je marche "à la sensation". C'est l'unique but de cette balade. Sans chrono, sans feuille de route stricte. La sensation, le partage avec la nature.
Vers l'Est, la frange de certitude s'affirme, et se borde de rouge.
Certains doivent penser, que durant ces marches, je suis en pleine méditation transcendantale, ou autre élévation philosophique.
Il n'en est rien.
Le ciel me montre la voie, mais mes pieds sont sur terre.
Ce matin, comme à chaque fois que je pars marcher, je suis intensément sur terre. Les sens aux aguets, éveillée à 100%. Dans les sens: être en éveil, ressentir au maximum.
Je respire à fond, je goute chaque parfum, ressens chaque son, me nourrit de chaque image.
Il n'y a rien de transcendantal là dedans. Je suis dans la nature, je suis la nature, simplement un animal parmi les autres, un être vivant enfin retourné à sa place.
Parfois, je souris en pensant que certains se compliquent énormément la vie en cherchant des réponses à des questions qu'ils ont eux même créées.
Mon équilibre, il est là, au milieu de la nature, et je goute au bonheur de savoir voir, entendre, sentir...
Voir, voir vraiment. Pas survoler.
Le jour joue à cache cache entre les pins. Quand je traverse un champ, je le surprends.
Où donc se lèvera exactement le soleil? J'attends ce cadeau.
Petit à petit, les étoiles se sont "éteintes" une à une. Seule demeure l'Etoile, celle de l'Est, avec qui je danse depuis mon départ.
Le soleil ne va pas tarder, je le sens.
En zoomant fortement sur le haut du moulin, j'arrive à photographier l'étoile.
L'appareil déteste les photos zoomées, surtout en très faible lumière. Je raterai aussi, plus tard, tous les contre jours, les rayons de lumière dans la pinède. Même en calant l'appareil contre mon oeil et en bloquant la respiration, rien n'y fait. Il n'aime pas les faibles lumières.
Ce n'est qu'un appareil... Il ne sait pas que les faibles lumières sont les plus merveilleuses...
Vous voyez l'étoile? Mon écran est si mort que je ne vois rien du tout.
Si quelqu'un, qui s'y connait en astro, pourrait me confirmer son nom, merci. çà doit être simple: quelle est la dernière "étoile" à s'éteindre dans le ciel, vers 8h15, le matin, aux alentours du 20 octobre? Je sais que Sirius est l'étoile la plus brillante du ciel, mais celle ci est la plus grosse, et brille bien plus fort!
Et je rigole... Moi, guidée par l'étoile du Berger... Moi qui était née pour être bergère, là haut, dans mes montagnes chéries...
Je traverse une friche. Un pissenlit solitaire me tend sa boule plumeuse.
Le flash a du se déclencher, il est trop net pour être pris en lumière naturelle!
Le vent ne s'est pas encore levé, et le pissenlit attend.
Alors je le cueille, et je le souffle... J'aime cette idée de remplacer le vent, un instant.
En reprenant mon souffle, une des graines emplumée entre dans ma bouche.
J'aurais pu recracher, mais non, je l'avale en souriant.
C'est idiot, mais çà aussi c'est une sensation. L'instinct, l'envie brute.
Oui, je suis un animal, et pour moi çà n'a rien de péjoratif, et les hommes feraient bien de réfléchir un peu là dessus.
Un jeune chevreuil craintif détale en me voyant... Je l'ai surpris. Pourtant parfois il m'arrive d'en contempler longuement. Ils me voient, mais ne me fuient pas.
La lande... Ici, la pinède a du bruler il y a longtemps. Il ne reste plus que des ajoncs, de la bruyère, des ronces, et des pins dispersés.
Le vent se lève, glacé. Je sais alors que le soleil va se montrer.
Ici, tout est torturé, rabougri, sans "beauté". Les ajoncs sont trop vieux, et n'ont que du bois mort, les arbres qui tentent de grandir sont tordus, les ronces recouvrent tout.
La vie fait ce qu'elle peut, et elle est belle.
La beauté est dans cet acharnement.
Même la silhouette du moulin reste dans la note "tragique". Imaginez cet endroit sous le déluge, ou dans un brouillard persistant.
Il s'appelle "les roches noires". Je ne serais pas étonnée que ce lieu soit un lieu de légendes terribles, un lieu plein de forces "négatives".
Bizarrement, je m'y sens bien.
Et logiquement c'est ici que le soleil se lève.
Je n'attends pas qu'il a rempli le ciel tout entier. C'est sa première lueur qui est un cadeau, le reste n'est que superflu.
Je replonge dans la pinède...
Au pied de la colline que surplombe le moulin, encore une chapelle en pleine nature. Des statues, des plaques, des fleurs.
L'appareil refuse de faire une photo nette, l'ombre il déteste!
Mais çà me fait sourire, car il s'en est bien sorti là haut, dans les ruines du moulin et parmi les ronces...
Le soleil ne se lèvera jamais sur ce petit coin où viennent prier les vieux du coin.
Chacun son truc, je respecte.
Mais au fond de moi je me dis qu'ils n'ont pas compris l'essentiel.
Là haut, dans les ruines du moulin oublié, au milieu des ruines de la pinède détruite, on est plus près du ciel.
Cette chapelle, comme toutes les chapelles, comme tous les édifices de culte, c'est un lieu fermé, ou certains se croient plus près de Dieu car l'espace lui est dédié, et surtout parce qu'il les rassure.
Là haut, comme au beau milieu du désert, au milieu de l'océan, n'importe où en fait, il y a le ciel.
Le monde entier est une chapelle sans toit, et donc ouverte sur Dieu.
Le moindre brin d'air, le moindre souffle d'air...
Et même: nous sommes nous même des chapelles...
D'un pas léger, je continue à marcher vers la lumière (je n'ose écrire "dans")...
Aujourd'hui, un autre rendez vous plein d'émotion m'attend. Avec un tas de ferraille rouillé qui m'a fait rêver pendant des années.
Je vais la saluer... Avant que l'on en fasse un musée. Heureusement pour elle.
300km pour un moment d'émotion.
Je vous en reparle ce soir, ou demain, ou...
Ainsi que de la suite de ma balade.
Bon dimanche
16 octobre 2007
et.. tant d'émotion...
J'écris en pleurant...
Non, tout va bien! C'est simplement la vie qui déborde...
Journée intense.
Comment vous raconter? Ce qui est intense, c'est la sensation, et la sensation ne s'écrit pas.
Hier soir, j'ai du m'endormir à 22h30. Malgré les horaires, la fatigue, je n'arrive jamais à dormir avant.
Alors quand le réveil sonne à 3h30, se lever est toujours difficile. Mais rapidement la vie me pousse en avant.
Brouillard dense, je conduis le nez sur le pare brise.
Malgré l'épuisement, et les après midi en état semi comateux, j'aime commencer à 4h30.
Je suis seule face à la machine, et la complicité se fait forte. Je n'aime pas écrire "face à la machine", car cela sonne comme une confrontation.
Celui qui part au travail en sachant que pendant 8h il va fabriquer la même pièce, comme la veille, et comme le lendemain, en pensant: "quel enfer", ou alors "je t'aurais saleté, je suis plus fort que toi", a perdu d'avance. Perdu quoi? 8h de vie...
Comme hier, et comme demain, je me suis retrouvée devant une pièce d'acier traité, à tourner, à une cadence infernale.
Je sais désormais à quoi servent ces pièces. Je ne donnerai pas d'explication ici parce que le patron traque les espions (ils nous demande un extrait de casier avant de nous embaucher!! :-))
Pour vous donner une piste, sachez que ces colis partiront vers un port du Golfe (perce-hic), et que chaque pièce ne sera qu'une humble et misérable partie d'une immense machine destinée à tirer du brut, le dieu qui alimente nos cacatres, et surtout le portefeuille des Emirs du pays. Leurs cacatres (4X4 pour ceux qui pigent pas) sont immenses, je n'en ai jamais vu d'aussi gros... Au plus je me rapprochais de la frontière (svp, c'est où dites?) au plus ces bagnoles grossissaient...
Revenons au travail.
Le collègue de nuit a sorti 269 pièces en 7h30. Je ne désire pas faire un concours. Mais ma machine et moi, on va jouer à un jeu...
Ce n'est pas un défi, ni une lutte. Nous jouons. Elle est farceuse, et je m'attends à quelques coups vicieux...
J'ai envie de sortir 300 pièces. Si je réussis, je ne dirais pas "j'ai gagné". Nous aurons joué, elle et moi.
Après un chrono pendant une pièce je me rends compte que je peux aller encore un peu plus loin. En comptant les pauses maintenance de la bête (changement des outils usés), je peux tirer jusqu'à 315 pièces. Estimation maxi.
Pour y arriver, il ne me faut pas me relâcher une seule seconde. Ce n'est pas un travail difficile, c'est le rythme qui l'est.
J'apprends que le client va venir contrôler notre travail, et voir pourquoi sa commande de la semaine dernière a trainé. En fait, plusieurs entreprises se sont déjà cassé les dents sur leur acier, trop dur à travailler.
Quand il sera là, on me demande de "baisser l'avance", c'est à dire la vitesse à laquelle l'outil travaille, histoire de montrer qu'on ne peut pas aller plus vite qu'une certaine cadence...
En fait, il s'en foutra royalement.. Il me serrera la main, grasse à souhait, regardera le mode opératoire, et repartira blablater avec le patron.
A 8h le régleur arrive. Vite! Nettoyer les machines, passer le balai avant que le client ne débarque.. Prends 5 minutes il me dit.
Non non... je passe le balai pendant que je tourne, je nettoie les machines graisseuses, mais je garde le rythme.
A force de pivoter au niveau du bassin je sens mes abdos devenir douloureux, et je souris: en bossant, je me muscle!
Ma machine a décidé de marcher main dans la main avec moi. Tout baigne. Pas dans l'huile, pour une fois! Ces pièces nécessitent des outils particulier (céramique) qui usinent à sec. Les copeaux d'acier bleuis giclent, portés au rouge...
De temps en temps, je cours à l'étage, descend un carton, relance une pièce, scotche le carton, cours chercher une palette dehors...
Mais à l'oreille je sais quand la machine a terminé, et j'essaie d'être toujours là pour saisir la pièce, alors que les mors ne l'ont pas encore relachée.
Mon collègue me dit: tu peux souffler 2 minutes... Non non... j'en ferai 300, je finis par dire en rigolant.
De temps en temps un chef passe prendre des nouvelles, et pose des questions du genre: temps de cycle, nombre de pièces à l'heure, pièces déjà faites, combien en manque il encore, combien exactement dans le carton etc...
J'aime aussi faire travailler mon cerveau pendant que mes bras s'activent. Je sais toujours répondre, et je lis sur leurs visages que je dois assumer grave, même si ils ne le disent pas.
Par contre, quand ils vont me demander de bosser samedi, là, ce sera une autre histoire...
J'ai l'impression de faire une épreuve d'endurance. C'est l'endurance qui va déterminer le nombre final, pas la force physique, ni les années d'expérience, qui chez moi se réduisent à 4 semaines.
Il faut de la dextérité, de l'organisation, et de l'endurance. Et certainement un petit peu plus... Aimer sa machine. çà ne fait pas travailler plus vite, mais çà porte plus haut.
Le régleur me dit: "ce soir je vais aller courir un peu..."
Et je réponds: quand je commence à 4h30, je ne peux pas aller courir l'après midi après la sieste, je suis trop mal.
Et en rigolant je rajoute: je n'ai plus qu'à aller courir à 13h en rentrant!
Il émet des doutes (justifiés): avec les jambes lourdes, les bras en compote, les pieds qui ont piétiné dans des godasses de sécurité pendant 8h..
Les heures passent... A la pause, que je prends à 10h30, je suis à 250 pièces, soit exactement 42/heures, sur la base exacte des 315.
Il est impossible d'en faire plus, la machine a besoin d'être bricolée de temps en temps, et courir monter des cartons, çà fait perdre du temps! . Le chiffre absolu (sans un quart de seconde d'arret serait de 330).
Pendant la pause, j'ai comme une conscience aigue des choses, et des mouvements. Un brin d'herbe qui bouge, une voiture qui passe, tout me pénètre intensément.
Je suis heureuse d'y retourner.
Les 300 sont dans la boite... Je souris de plus en plus, la ligne d'arrivée est en vue, et je n'ai pas vu du tout les heures passer.
314eme pièce... Le premier côté sort mal usiné. L'outil vient de lacher... Clin d'oeil de la machine qui s'esclaffe en silence...
Presque Midi 25... 5 minutes encore!
Le régleur change la plaquette rapidement. Je remets une pièce avec délectation. 315.
Midi 29... Tu as bien joué, je lui dis en silence, et j'ai même aimé la panne de la dernière minute, rien que pour me faire rire...
Je lui donne à manger la 316eme... Na.
Dehors, il fait beau, le brouillard se lève enfin.
Rentrée chez moi, je sais ce que je vais faire. Ne pas lutter contre ce désir, je dois le faire.
Je me lave les mains et le visage. Je ne mange pas, je ne bois pas.
J'enfile un survet, et mes baskets, et je pars courir.
Les jambes sont comme 2 enclumes, les pieds douloureux, les épaules en compote, et le dos en vrac. J'ai du mal à garder les yeux ouverts.
Mais je sais où je vais, et je dois y aller.
J'ai soif de lumière, et la lumière est assoiffée.
Avant de partir, dans la cuisine, j'ai vu la lumière filtrer à travers les volets roulants baissés. (mon fils part à 7h50).
Et sur la table, cela dessinait ceci:
Et ces lacs de lumière, si ronds, sur ma table... Je les ai regardé avec amour.
Pendant que je roulais vers la maison je savais où je devais aller.
A 15min de course de chez moi (en mode gros tas, c'est à dire au ralenti) il y a 2 étangs minuscules.
Je cours, je me traine, çà descend, tout à l'heure je vais galérer pour rentrer.
Je contourne le premier étang, évite de me prendre les pieds dans les ronces, et file vers le deuxième.
Arrivé là, le soleil a décidé de me priver d'eau dorée.
Quand il traverse les arbres l'étang devient or, et la lumière y est extraordinaire.
Il a suffit que j'ouvre la porte et que je sorte de la maison pour que les nuages s'entassent.
Mais je sais que je devais venir ici. Un appel.
Je m'accroupis près d'un vieux chêne, dans les broussailles.
Les couleurs sont ternes, rien n'éclaire l'étang.
Pourtant, je ne me dis pas "pourquoi es tu venue ici". J'attends.
Soudain, de la gauche traverse un éclair de lumière métallique. Je ne bougerai pas l'appareil photo.
Un flèche bleue vif, et rouge brique. (un martin pécheur) Une seconde de lumière, qui se pose sur une branche, puis repart.
La lumière me donne à boire, et elle me boit tandis que je la bois.
En moi, l'étang d'amour déborde.
Je tombe à genoux...
Je n'ai pas dormi cet aprem, ni mangé à midi.
A 17h, ma fille a trouvé un colis dans la boite aux lettres.
Un colis qui s'était égaré, une inversion de 2 chiffres dans le code postal, qui l'a envoyé à l'autre bout de la France.
Parce qu'il le fallait, c'était logique...
Ce qu'il contient est énorme... Je ne vous en parlerai pas, car personne, mis à part celle qui lui a envoyé ne comprendrait.
Oui, énorme...
Cette journée était énorme... Toute en reliance, en vibrations, en lumière.
Merci.
De l'argile nous avons fait un pot, mais c'est le vide à l'intérieur qui retient ce que nous voulons... (Lao Tseu)
Le vide est infini, et nous aussi...
30 septembre 2007
le saut...
Le besoin de me reposer, après une semaine harassante, est intense.
Mais celui d'aller bouger, courir, respirer, sentir la forêt, l'est encore plus.
Ce matin, je suis aller trotter, 1h15, dans la forêt tout à côté de chez moi. J'y ai croisé un gros faisan doré et paresseux, un autre noir bleuté, volant difficilement à faible altitude, et j'ai entendu le chant lugubre des fusils...
Moi, je courrais... Ecoutant les oiseaux, saisissant chaque bruit, la chute d'un gland, l'herbe sèche sous le pied, l'odeur de l'automne, la lumière qui lentement devient plus douce, plus tendre...
Je courrais, et je pensais: pour aimer le printemps, il faut d'abord avoir accepté l'hiver.
Le printemps ne s'offre qu'à celui qui a aimé le froid.
Et l'automne nous prépare à cet amour.
Quand on court, si on est à l'écoute de ses sensations, on sait que le mouvement de la course est fait de plusieurs phases.
Le pied quitte le sol, l'autre pied le retrouve, mais il existe un instant où les deux pieds sont en vol.
Courir en étant conscient de ses mouvements, et de ces multiples envols est un bonheur.
Sur les sentiers de la pinède, des troncs d'arbres couchés.
Parfois, il existe une autre voie, qui contourne l'arbre. Les vtt ont tracé une variante du sentier, pour éviter l'obstacle.
Mais sauter l'arbre est un tel bonheur, je ne m'en prive pas.
Tout va très vite, mais les sensations se vivent intensément.
Quel est le meilleur moment, quand on saute un arbre?
Certains diront: avant de le sauter, car l'idée de le faire est un bonheur
D'autres: au moment même où les deux pieds quittent le sol
D'autres: au moment où l'on est en suspension, où l'on voudrait que le temps s'arrête.
Rares sont ceux qui diront: quand le pied retombe sur le sol...
Je fais partie de ceux là.
Le meilleur moment, quand on saute un arbre, quand on vole, quand on est libéré de son propre poids, c'est quand le pied retombe, touche le sol.
Pourquoi?
Parce que cette sensation, ce son, la vibration retransmise dans tout notre corps est la promesse d'un nouveau saut, d'un nouvel envol...
Je termine mon circuit... Un fossé me sépare de mon point de départ, qui sera mon point d'arrivée...
Je prends mon envol. Je pourrais stopper le chrono au moment même où je vole...
Stopper le temps sur un envol, symbole...
Non
Je laisse mon pied retomber.
Stop. Car après... encore.
A plus loin, comme dirait quelqu'un qui m'a offert une fleur à boire, ce matin...
09 septembre 2007
que du bonheur... (enfin, surtout quand çà s'arrête) :-))
Shame on me!!! :-))
M'enfin, je l'ai bien cherché!
Quelle idée de se faire une compet de 30km en nature, sans entrainement.
Re-m'enfin, ce n'est pas la première fois, puisqu'en Juin j'avais eu la même double idée...
Si on suit les plans d'entrainement pour marathoniens amateurs, les longues sorties de 2h c'est uniquement quand on maitrise les 3 sorties par semaine mini, et en phase terminale de prépa.
Mais un 30km non. Et surtout pas en nature, sur un circuit toboggan.
Mais Laouen ne serait pas Laouen sans sa montagne de folie (le grain est une échelle trop ridicule)
Bref, après 2 semaines de course à pied, je me suis retrouvée sur la ligne de départ d'un trail de 30km avec au programme les rochers de la Chambre au Loup (escalade!) à descendre et monter plusieurs fois, et en dessert, un terrain de motocross aux côtes vertigineuses à grimper 2 fois.
Toutes les difficultés dans les 10 derniers kilomètres...
Après le retrait des dossards, alors que je regarde le parcours affiché, un coureur me dit "mais je vous connais vous!".
Non réponge, ce n'est pas moi, en rigolant...
Souvenir de ma vraie première course à pied, juin, Coëtquidan... 30km. "les conneries de Laouen, épisode 1"
Ensuite, claquage à l'adducteur droit, 2 mois sans trottiner, uniquement de la marche.
J'ai déjà prévenu photographe et vététistes balais: la dernière c'est moi. Ils savent qu'ils vont trouver le temps long...
Sourire: je vois arriver le coureur qui m'avait soutenue moralement pendant 10km à Coët... Il compétise chaque semaine, se tape des 150km et +, mais il me reconnait à "mon accent".
Le monde de la course à pied me remplit de bonheur... Convivialité, respect, ambiance chaleureuse. Très très loin de ce que j'ai parfois vécu en vélo... Hormis dans mon petit milieu du cyclocross FSGT.
Souffrant terriblement d'échauffements plantaires, je pars sans aucun échauffement musculaire. Je sais que je vais courir 3h30 (espoir!), alors je préfère économiser mes pieds.
N'ayant, depuis 15j, que fait du footing très lent, il m'est absolument impossible de suivre les derniers coureurs. Logique.
Sur la courte distance (16km) on retrouve un gros peloton comprenant des hommes capables de courir deux fois plus vite que moi, mais aussi des coureurs sans ambitions, qui débutent sur trail. Je suis sure que je n'aurais pas fini dernière en m'accrochant un peu.
Mais pour s'aligner sur 30km il faut avoir du métier. Ce sont des coureurs de trail habitués à la distance, des marathoniens, ou des ultra marathoniens (certains ici s'avalent des 100km ou même plus de 150km!)
Je dis à mon ancien collègue de galère: ne m'attends pas, tu vas t'emmerder! Il vérifie derrière, et demande au vététiste si il compte rester tout le temps avec moi. Le cycliste confirme. Alors, le coureur allonge la foulée...
Me voilà seule, entendant grincer les freins des deux vtt qui me suivent.
C'est rassurant (ils ont un téléphone, et me soutiennent moralement). Mais c'est aussi crispant, car on se sent VRAIMENT dernière, poursuivie par sa propre inefficacité.
Je n'ai aucune sensation. Désolant... Jambes raides, pas à l'aise du tout. Je commence à me planter de chemin.
D'ailleurs, je ne serai pas la seule. Rares seront ceux qui ne se planteront pas! Perso, je dois faire un gros kilomètre de trop, et 2 hésitations qui coutent des minutes.
Premier ravito. Accueil chaleureux. Je prends le temps de discuter 5 minutes mini, je ne suis plus à çà près. Les échauffements ont commencé fort, je dois me verser de l'eau sur les pieds. Le terrain est très sec, ornières, cailloux, racines, sol très inégal, une torture pour des pieds qui souffrent.
1h de course...
J'entends le vététiste derrière moi dire "16km?" Oui, répond une voix.
Là, je me prépare à gouter mon premier plaisir de la matinée...
Oui, je l'avoue!!!
Les premiers concurrents du 16km courent deux fois plus vite que moi. Passé l'instant de honte, de misérable vermisseautage, je goute au plaisir de voir passer la perfection. C'est... beau.
Un souffle... Je dis "je me serre à droite". Il répond "c'est bon, çà va"...
cool, respect. çà me sidère toujours. Ils courent vite, très vite, mais mis à part quelques uns, ils m'encouragent tous!
Certains disent "c'est bien, courage".. Mais il le savent que ce n'est pas bien, que je suis nulle... C'est génial.
Le premier coureur du 16 ne fait aucun bruit en touchant le sol. D'ailleurs, le touche t'il?
Des tresses africaines, deux jambes parfaites, chocolat au lait, une foulée souple, longue, et terriblement efficace.
Je dois être zinzin... Comment, alors que j'ai les pieds qui brulent, puis je prendre du plaisir à voir passer ces coureurs?
J'apprécie leur technique, leur classe, leur vitesse, et leur physiques parfaits. Pas de honte à avoir, celui qui ne regarde pas la beauté quand elle passe à ses côtés est idiot!
Peu de temps après, le second me double...
Une fois.
Le circuit retourne vers le point de départ, les concurrents du 16 en ont bientôt terminé. Croisement, hésitation. des balises à droite, des balises à gauche!!
Je suis le coureur qui vient de me dépasser, ainsi qu'un petit groupe plus haut.
Le circuit repasse là où nous sommes passés tout à l'heure! Moment de panique... Je fais quoi moi? A tout les coups je suis sur la fin du 16 et pas sur le 30!
Dans ces moments là, on se traine car on hésite. çà coupe les jambes, et le moral.
Tiens? Le "second" me double...
Euh? et de 2...
Il ne dois plus être second maintenant! Il a du prendre à droite, et tomber sur l'arrivée, où on lui a dit "demi tour mon gars"...
Encore quelques hésitations... Je finis par demander à un homme sur le bas côté "c'est normal de passer 2 fois au même endroit?".
Oui...
Boooooooooon... j'aurais bien aimé voir çà sur le plan au début! mais ils ne pouvait pas l'indiquer, sinon les traits se seraient chevauchés.
Tiens? Le "second plus second" me redouble... et de 3...
J'imagine sans peine sa hargne. Il a perdu le podium, et ne finira même pas avec les premiers.
Séparation des circuits, désormais je vais courir totalement seule, suivie par les vtt balais. Plus de réconfort (matter une belle paire de cuisses surmontée d'un postérieur musclé en action) :-))
Les gars qui me suivent sont sympas. Ils précisent, en rigolant, que j'ai de la chance: je suis suivie par les plus beaux hommes de la région. Je suis morte de rire...
Légère descente dans les racines et le terreau poussiéreux. Je tape une racine, handicapée par mes pieds qui brulent.
Décollage... Vol plané. Train d'atterrissage déplié? non. Atterrissage... Boum.
Etalée de tout mon long dans la terre. Cuisse, mollet, avant bras en protection du visage.
Se ramasser... repartir.
Merci aux deux vététistes de ne pas avoir hurlé de rire, ou alors, de l'avoir fait en silence!
C'est en rentrant dans la voiture que j'ai constaté que mon avant bras avait doublé de volume à un certain endroit: hématome. Jolie bosse en souvenir!
Longue descente... je vais le payer! je le paye. Le circuit emprunte un peu de bitume avant de rejoindre la Chambre au Loup. Je hais le bitume, je me traine. Comme dit Minimoi quand nous avions fait un peu de jogging ensemble la semaine dernière: en côte longue, ou sur le bitume, on se met en mode "gros tas".
Laouen {mode gros tas} : ON
Traduction: je traine les jambes, et si je marchais je me doublerais.
La Chambre au Loup! Tout un poème! Je vous en ai déjà parlé, avec photos à l'appui. Un étang magnifique, bordé de falaises de schiste. Un sentier de rando en fait le tour, n'oubliant aucune grimpette. Ici, çà grimpe très très fort!! Souvent, il faut mettre les mains pour s'aider.
Le deuxième ravito est en bas, avant les grosses difficultés. Pour y acceder, un mur rocheux à descendre, une faille entre 2 blocs en fait. çà glisse terriblement, il faut s'accrocher aux pierres, et aux arbres.
Le problème principal vient du fait que "l'on n'est plus étanche" quand on arrive là.
Je n'ai jamais tiré sur la machine, toujours couru à un rythme jogging. Au niveau mental, çà va, je suis lucide. Mais les pieds sont HS, et les cuisses pèsent une tonne. 2h 15 de course, je ne sais plus très bien, j'ai oublié.
Le premier du 30 vient de finir!!
Il reste une grosse dizaine de km (qui va augmenter d'ailleurs au fur et à mesure que je vais courir, étrange...).
Mais 10 km qui sont au dessus de mes forces. Je vais mettre 1h 30 pour les faire!!
Les montées ne sont pas des montées, mais des murs, répétés 2, 3, 4, 5, 20 fois. Dans les montées, je marche. Dans les descentes (des murs aussi), je trottine, sur le plat, je tente de poser un pied devant l'autre.
Mais c'est magnifique!
Sortie de la chambre au Loup. Direction le terrain de motocross... Je sais ce qui m'attend.
Et.. je rate l'entrée!!
Avant le terrain, il me faut courir dans un ruisseau, jusqu'au genoux.
Ne pas le traverser: courir dedans, sur une longueur importante (plusieurs minutes)
L'eau est trouble, impossible de voir où on met les pieds. Alors je ne cours pas, pour éviter la blessure idiote, je trotte. L'eau est glacée, elle paralyse pieds, et jambes. Pour les pieds c'est un bonheur, car çà calme ENFIN mes échauffements. Mais pour les jambes et les cuisses c'est limite. Certains ont eu des crampes à cet endroit. Refroidir des muscles bouillants aussi rapidement peut amener une blessure importante.
De temps en temps, je plonge. Un trou que je ne peux pas voir.
A la sortie du ruisseau, un portail. Logiquement, je remonte à gauche, sur un sentier en pente, longue pente...
Arrivée à la route, plus de balisages. Le vététiste a suivi, et conclut lui aussi que nous nous sommes plantés.
J'ai monté la côte épuisée, en marchant. Il faut la redescendre. En se retournant, je découvre l'étendue du terrain de motocross, tout en haut, en face de moi. Waaaaaaaaaaaaaaah!!
Première côte immense qui file le vertige. Tellement penchée en avant que ma main peut toucher le sol. Pieds et cuisses déclarent forfait. En haut, il faut tout redescendre! Pour tout remonter encore une fois.
A la sortie du terrain les signaleurs, croyant m'encourager, me lachent: plus que ... 2 ou 3km, que du plat.
Je regarde ma montre. Damned! déjà 3h12!! J'ai perdu un temps fou, mais 3km en 20min çà le fait, je me suis fixée 3h30. Pour un début, c'est correct.
Le plat, est très plat. Si on est penché. Après 20 min de montées, pas très fortes, mais interminables, le moral flanche. Comme les jambes avaient déjà rendu l'âme, il ne me reste plus rien pour m'accrocher.
Le photographe est là, pour immortaliser la dernière.
Plus que... 2 km ou 3 me dit il, et c'est plat...
Alors là, je m'écroule. Le dernier gramme de moral vient de s'évaporer.
Mééééééééééééé ai je encore la force de dire: y a 20 min qu'on me dit çà!!
Je n'en peux plus. D'ailleurs, je ne cours plus. Je marche. Je trotte quand çà descend. Et çà descend... longtemps.
Je sais donc désormais que les 2 derniers km seront plats (si on oublie les 2 km de montée)
Donc, logiquement, les 100 derniers mètres seront plats. cool!!!
J'exagère bien entendu.. mais çà grimpe, et çà faux platise, et c'est insupportable.
Derrière moi, les signaleurs enlèvent les balisages...
Quand j'ai croisé le photographe, je me suis vue me coucher par terre, et dire: je ne ferai pas un centimètre de plus!!
La route. Dernier kilomètre... Je marche... trottant quand c'est vraiment plat, et pas défoncé.
Au bout, le parking, le sentier herbeux qui file à droite (j'y ai déjà couru tout à l'heure), les premiers spectateurs, la butte, la ligne droite le long de l'étang.
Allez! force toi à courir!!
Il reste encore du monde sur la ligne d'arrivée. Il y a même beaucoup de monde! Le speaker annonce"et voici la dernière du 30 km applaudissez la etc.."
Et là, la dernière longueur, tu la sens plus...
Tes jambes n'en peuvent plus, tu as craqué, manqué manger tes chaussures si elles ne puaient pas autant, foutre une baffe à tout être humain que tu as rencontré, mais tu la sens plus cette longueur là...
Double haie d'honneur derrière les barrières, tout le monde applaudit. Je reconnais mon ancien compagnon de galère avec sa femme, les dames des ravitos...
C'est... que du bonheur.
Merci. Sincèrement, merci.
Rétrécissement des barrières. On m'arrache le dossard. Les bénévoles du ravito entament la conversation.
"mais vous n'avez pas l'air fatiguée" me dit l'une d'elle, impressionnée par ma lucidité, et mon flot de paroles. Pas essoufflée, souriante, je plaisante.
Bah... c'est que je n'ai pas couru vite, j'en étais incapable. Alors à une allure jogging, on puise pas trop dans ses réserves, et on arrive encore "un peu étanche".
Oui mais quand même!! 30km c'est pas du jogging, y a la durée, surtout que vous nous avez dit que c'était un début.
Et bla, et bla.. Oui je suis zinzin... c'est tout moi.
Une dame précise: on vous a plus applaudie que le premier!
Logique réponge: le premier vous l'avez à peine vu passer, moi j'ai pris mon temps.
S'arrêter, çà fait encore plus mal que de courir. Je dois avoir deux bâtons de dynamite à la place des jambes, çà va exploser carrément.
On me donne un sac, avec un tee shirt, un yaourt, un sandwich, un jus d'orange...
Souffler un peu, j'ai une heure de route en voiture.
Ils appellent les féminines du 30km pour le podium. Nous étions 7, ils récompensent les 5 premières pour encourager les filles.
Je m'approche du podium pour applaudir les coureuses. Là, j'entends avec surprise que finalement ils vont récompenser les 7!
Moi? misérable vermisseau à qui il a fallu 3h45 pour "courir" un peu plus de 30km???
Décidément, le monde du trail est incroyable.
Récompense des filles, bouquet, coupes... saucissons :-)
Le speaker, qui est aussi organisateur et président du club organisateur s'approche avec son micro et déclare: "pour une fois je ne vais pas interviewer la première, mais la 7eme.
Merci monsieur d'avoir dit 7eme, et non dernière :-))
Damned!! naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan... un trou de vermisseau vite que je me cache!!
Question: avez vous apprécié le parcours (c'était le 1er trail organisé ici)
Réponse, sur un ton hyper sérieux, sourire dans les yeux: bah... à l'allure où j'ai couru j'ai eu le temps de l'apprécier.
çà déconcentre... mdr. j'adore l'autodérision!
Le speaker finit par dire "commencer le trail par une compet de 30km ce n'est pas vraiment ce que je conseillerais à mes coureurs".
Je lance un timide "moi non plus" éclairé d'un grand sourire.
Et j'en rajoute:
C'était une idée folle, mais je n'ai pas pu résister car j'adore le coin. D'ailleurs, Oscar Wilde a dit "je résiste à tout sauf à la tentation"
C'était.. que du bonheur...
Bon, je ne précise pas devant le public que je n'aime pas qu'on me dise qu'il reste 2 ou 3km alors qu'il en reste minimum 5 ... :-))
çà fausse les estimations de temps, et çà casse le moral.
Je repars vers ma voiture, jurant à une des concurrentes que maintenant je vais m'entrainer logiquement, c'est à dire "en commençant par le début".
Le monde du trail est vraiment un monde formidable...
Tu finis dernière, avec un chrono lamentable, et tu es plus applaudie à l'arrivée que le premier!!
Si vous saviez ce que çà porte!
Voiture. Appeler les enfants, retrouver un peu de forces pour conduire. Appuyer sur la pédale d'embrayage est douloureux!
Mais pendant que mes jambes grondent, l'endorphine continue à se diffuser. Marrant... A part quelques instants rares, je ne l'ai pas sentie celle là, complètement à côté de mes pompes. Là voilà qui débarque, maintenant que c'est fini!
Noooooooooon Laouen!!
Je sais, çà te donne envie de rempiler rapidement, mais il n'en est pas question!
Retourne à la maternelle des coureurs de grand fond. Petite section.
Leçon 1: mettre un pas devant l'autre...
interlude "trail"
bip bip bip...
vous êtes sur le répondeur de Laouen, je suis absente pour le moment, où du moins, présente ailleurs...
Je cours
Superbe et étrange photo trouvée ici
L'effet "grossissant" appliqué sur le personnage traduit pour moi ce que dois ressentir le coureur: une élévation.
J'aime l'imperfection de cette photo, comme j'aime le physique et la tenue non athlétique du coureur.
La vérité est ailleurs... Sur le chemin, et dans ces pas qui se succèdent.
02 septembre 2007
cours Laouen, cours...
Je hais les stats de Canablog...
Surtout la page "requêtes gougueules"
Quelques lignes splendides depuis mon retour du Liechtenstein:
- proposition film por*no (j'ai passé l'âge merci)
- notice de montage digicode (chez moi la porte est toujours ouverte)
- blessure par huitre (oui, à Noël c'est une lutte sans merci entre elles et moi)
- panneau "attention traversée de chats" (panneau qui inciterait les chasseurs du coin, au contraire, à accelerer voire même à zigzaguer pour les écrabouiller)
- photo d'arbre à myrtilles (et d'arbres à potirons aussi, ou d'arbre à navets. très rare çà, le navetier)
- tour Eiffel en Kapla (jeu de construction en bois)
Et le meilleur:
- photo de suppositoire dans le c*ul.
Au milieu de ces perles, une ligne anodine qui me fait replonger:
- circuit trail de Broceliande
Je peux résister à tout, sauf à la tentation, comme disait Oscar, Wilde de son nom.
Je tape sur gougueule, je clique, et je vois: dimanche 9 septembre, 30km, circuit vallonné, traverse la Chambre au Loup (là bas c'est de l'escalade pas du trail).
Damned...
Je résume:
Je faisais un peu de jogging (10 km par semaine) jusqu'à fin 2003, par plaisir
Arrêt total jusqu'en Juin 2007
Reprise de la course à pieds sur un coup de folie, un espèce "d'appel intérieur", un samedi de juin pluvieux, dans le camp de Coët, pour 3 heures.
Ce que l'on appelle une reprise légère... Je précise que jamais je n'avais couru plus de 2h.
Le lendemain, je découvre avec horreur que ce que j'ai expérimenté c'est le circuit du trail de Coët qui se court dans... 40 minutes. J'y cours!!!
Deuxième jour de la reprise, 34km de trail dans la gadoue, pluie forte. 4h 30 d'enfer, bien plus loin que les limites de l'épuisement, mais le moral très très très haut...
Arrêt total de la course à pieds deux jours après, suite à un claquage à l'adducteur droit (muscle intérieur de la cuisse), faux mouvement bête dans ma cour, provoqué certainement par un épuisement musculaire évident.
Juillet et Aout? Marche à pieds, mais courir non, adducteur trop douloureux
La semaine dernière, 2 jours avant de repartir au Liechtenstein, je file courir 1h20, tout doucement. l'adducteur tient.
La suite vous la connaissez: 2jours de bagnole, 2jours de crapahute intensive, 2 nuits blanches
Cette semaine, mercredi, je file trottiner avec ma fille 40 minutes.
Vendredi, je vais courir 1h20, cool, sans forcer: j'en suis bien incapable! C'est un peu comme si je démarrais la course à pied à zéro, hormis la parenthèse "je cours 7h30 à Coët en 2j".
Ce matin, j'y retourne, 1h30, toujours aussi lentement.
Et voilà. Une ligne dans les stats, et je vais m'inscrire dimanche sur le 30km, si tout va bien.
Entrainement zéro, préparation zéro. Objectif: finir. (rajouter le mot dernière serait un pléonasme me concernant)
Pourquoi?
Le plaisir...
L'Amour...
Les derniers seront les premiers qu'il disait...
Euh... là, je doute, je sais pas pourquoi :-))
28 août 2007
s'atteindre...
Pour répondre au commentaire de Jipes, et à tous ceux qui suivent mes récits, qui comprennent, plus ou moins, qui s'interrogent ou qui ne le font pas...
Il a écrit:
...je t'envie d'avoir eu le courage (La folie ?) de te dépasser de la sorte..........
Je ne reviendrai pas sur le mot "envie".
Ni sur l'opposition entre courage et folie, qui pour moi ne sont pas opposés. Je n'ai eu ni courage, ni folie.
Mais sur le terme "te dépasser", oui.
Et la phrase que j'ai écrite en réponse à son commentaire pourrait résumer aisément tout mon récit, tous mes récits de "voyages intérieurs", tout mon blog jusqu'à aujourd'hui:
Je ne me suis pas dépassée, je me suis atteinte.
Désormais commence un autre voyage.
Infini...
Birds flying high you know how I feel
Sun in the sky you know how I feel
Reeds driftin' on by you know how I feel
It's a new dawn
It's a new day
It's a new life
For me
And I'm feeling good
Fish in the sea you know how I feel
River running free you know how I feel
Blossom in the tree you know how I feel
It's a new dawn
It's a new day
It's a new life
For me
And I'm feeling good
Dragonfly out in the sun you know what I mean, don't you know
Butterflies all havin' fun you know what I mean
Sleep in peace when the day is done
And this old world is a new world
And a bold world
For meStars when you shine you know how I feel
Scent of the pine you know how I feel
Oh freedom is mine
And I know how I feel
It's a new dawn
It's a new day
It's a new life
For me
And I'm feeling good
Muse, et avant eux, Nina Simone. Feeling good


















































