face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

25 mars 2008

Ar C'hab... ici et maintenant (5 dernier épisode)

Est il vraiment necessaire de préciser que si il existe un (5) il faut déjà avoir lu les 4 autres épisodes avant?
Bougez votre souris!

Dimanche matin... C'est Pâques. Et il ne va pas pleuvoir des oeufs, enfin, j'espère que les grelons seront moins gros...
Hier, j'ai logiquement demandé à mon hôte "où suis je"?
Il a déplié la carte, et je me suis rendue compte que je n'étais qu'à l'entrée de la réserve.
J'avais été sage (enfin, c'est ce que je pense!) de m'arrêter là.
En fait, une heure de marche plus loin j'aurais pu trouver un abri derrière une maison isolée, mais je ne pense pas que j'aurais aussi bien dormi!

Il est plus de 7h quand je me réveille, j'ai fait grasse mat!
Préparer le sac est très long: déplier un sac de couchage c'est assez simple (faut tirer très fort) mais le faire rerentrer dans son sac de compression c'est une vraie bataille... c'est vicieux un sac de couchage, et çà gonfle (à tous les sens du terme).
Je n'ai quasiment rien avalé, pas vraiment envie.
J'ai envie d'avaler des kilomètres de bonheur.
Je boite fortement, mon talon droit est très douloureux, et bientôt la plante de mes pieds sera aussi enflée qu'hier soir, toujours mes échauffements!
Mais jamais je ne vais vraiment souffrir. Pas ici, non, impossible!


Ce matin, le ciel ressemble à çà:

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Là, il n'y a aucun doute: il me faut mettre le k-way, et le pantalon de k-way, sinon je vais choper la mort.
Ces photos, c'était "avant" le vrai déluge. Après, je vais avancer en serrant mon appareil dans un zip étanche dans un sac, sous mon k-way :-)

Découragée?
Non!
Je suis dans la réserve du Cap Sizun, la côte est déserte, c'est le paradis des oiseaux.
Au loin, un homme en ciré fait de petits aller retours le long de la falaise. Je finis par arriver à sa hauteur. Sa voiture est proche, immatriculée dans le Pas de Calais. Il me salue, et me dit "si vous avez 5 minutes, ne bougez pas, je vais chercher ma longue vue, il y a des guillemots"!
Comment résister?
L'homme revient, régle la longue vue, et me voilà à observer une douzaine de guillemots (des petits pingouins en résumé) blottis sur un creux de la falaise.
Il me montre ensuite le crave à bec rouge, la star locale, oiseau des montagnes qui ne vit que sur cette minuscule partie de côte bretonne, oiseau bruyant au cri facilement reconnaissable.

Un passionné!
Il me parle d'Islande, un paradis pour les ornithologues. Je lui avoue ne pas connaitre grand chose, mais lui parle de ma rencontre hier avec un minuscule tarier pâtre (un oiseau!). Il sourit: quelqu'un qui sait reconnaitre un tarier pâtre ne peut qu'aimer les oiseaux!
Et je lui raconte la Forêt Noire, et le Grand Tetras qui m'avait décollé dans les pattes.
Là, il est admiratif. Je suis natif des Vosges me dit il, et là, bas, trop de sentiers, trop de marcheurs, je n'ai jamais vu de Grand Tetras, il est devenu rare. Je ne savais même pas qu'il pouvait y en avoir encore en Forêt Noire.

Comment pourrait il en être autrement... Je suis là, à Goulien, sur une falaise trempée, en train de discuter oiseaux avec un ex vosgien devenu nordiste, c'est logique...
Je laisse dans son "ici et maintenant", et je rejoins le mien. Comme il est bon, parfois, quand les "ici et maintenant" de deux personnes se croisent, l'espace d'un instant!

Voici l'endroit où l'on pouvait observer les guillemots, mais bon... c'est pas du zoom15 qu'il faut!

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Devant moi, les pointes jouent à "celle qui sera la plus longue"...
Je connais les noms: Penharn, Kerharo, Brezelleg...
Et ce sera Theolen.. hâvre de paix. Je ne suis pas pressée.

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Et oui! tout en bas des falaises, il y a parfois des minuscules "abris" (des abris pour les bateaux, des ports quoi!)
Ne me demandez pas qu'elle est la pointe que je préfère, elles sont si différentes, et si belles...
J'ai certainement un gros faible pour Brezelleg.

Justement, elle se déplie devant moi, la belle... Sur cette face, le petit port-abri, que je n'arriverai pas à photographier du haut, çà le vent souffle trop fort.

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Là haut, il y a quelques baraquements abandonnés, des marins vivaient là. J'en tremble... çà ne devait pas être facile tous les jours!
Et quand on a contourné les baraquements, passé la pointe, on arrive sur l'autre face de Brezelleg, celle qui me retourne. Un sentier minuscule, zigzaguant entre les rochers, la lande, le vent, la lumière, la pluie, le soleil, tout se mélange, et au fond, l'amer, celui que je nomme l'amer de Theolen, cet étrange sentinelle de pierre guidant les marins...

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Mon bras remue trop fort, le zoom est sorti, la photo est floue, et je m'en fous...

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L'horizon tangue aussi sur mes photos, et çà me fait sourire...
Mon horizon est vertical... Comment pourrait il être horizontal sur mes photos?

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Me voici face à l'amer, et à la mer par la même occasion.
Il est possible d'aller près de l'amer, si on n'a pas le vertige.
Mais je suis raisonnable (si si..) Par ce jour de grand vent, c'est risquer sa vie.
J'ai déjà du mal à rester assise, debout je tombe!
La sentinelle me sourit.

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Que celui qui pense très fort que cet amer fait très "symbole phallique" lève le doigt :-)

Commence la longue descente vers le port de Theolen, et sa buvette...
D'en haut, je découvre la plage dévastée

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Theolen, c'est une route minuscule, qui mène à une plage minuscule, où des bateaux peuvent s'abriter. Une maison blanche, une autre collée à la première: la buvette. Rien d'autre.
A part... l'infini? :-)

Deux locaux, et la mamie qui tient la buvette me regardent entrer comme si je débarquais de Mars. J'enlève ma cagoule pour leur prouver que je ne suis pas venue les cambrioler.
Elle me prépare du thé, et nous discutons...
Avec un vent pareil, vous n'avez pas du rencontrer grand monde!
Personne...
Elle me dit: cet année, il n'y aura pas de plage ici, la dernière tempête a emporté tout le sable...
Il fait bon. La mamie tricote, et je bois des tasses de thé, l'heure tourne, je m'en fous...
Nous parlons du GR, de ces touristes qui pensent que la Bretagne est un plat pays, de cette côte nord qui est bien plus belle que la côte sud, de Beg ar Van (la pointe du Van) qui est un milliard de fois plus belle que la pointe du Raz, de l'hotel de l'Iroise détruit, du passé, du présent, de ici, de maintenant.
Elle confirme mes doutes: remonter la côte sud aujourd'hui (faire le tour de la pointe du Raz pour remonter sur Plogoff et Primelin) est dangereux: le vent du Nord me poussera à la mer.
Alors je souris: je vais aller jusqu'à Beg ar Van, je descendrai jusqu'à Bao an Anaon (la Baie des Trepassés) et là je ferai du stop.
Oh oui.. C'est Pâques, vous trouverez du monde me dit elle!

Je ne sais pas, à ce moment là, que je ne descendrai pas aux Trepassés...
Il me reste une heure trente pour atteindre Beg ar Van, environ.
Avec une théière complète, je me sens d'attaque!
Je souffre des pieds, mais pas en montée, et justement, çà monte!

Mais la pluie se fait dense, elle ne me lachera plus une seule minute. Je serre ma capuche sur mon visage, c'est très douloureux.
J'ai oté mon pantalon de k-way tout à l'heure, trop chaud, tant pis. Je suis trempée, je finirai ainsi.
Je vole...
Oui, sérieusement, je vole... C'est magnifique. Terrifiant diraient les touristes, qui doivent restés serrés dans leurs voitures, sur le parking de Beg ar Van...
J'arrive sur la pointe de C'hastell Meur, la dernière avant la pointe du Van. L'océan est gris, tout est gris, je ne vois même pas Tevennec, l'ilot "maudit", et encore moins Sein, mais je l'ai aperçue tout à l'heure, la belle...
Sur ma droite, une sensation étrange...
Je sais qu'il y a au loin la rade de Brest, et la pointe Saint Matthieu, mais là, ce matin sous le déluge, il me semble qu'une montagne a poussé dans la mer, un blog noir, long, à peine visible dans le brouillard et la pluie.
Je tente de réfléchir... Et je me dis, en pensant que c'est une immense connerie: Enez Eussa...
Si ce n'est pas elle, c'est son fantôme, venu me saluer, me dire que je l'aime, comme si je ne le savais pas...
Ouessant, au loin? Je ne sais pas.
Dans mon coeur: oui.

C'hastell Meur est une pointe très fine, tout en dentelle, et sa face est est trouée, c'est merveilleux. Mais pas question de sortir l'appareil photo!
Quand je contourne la pointe, le déluge se calme un peu, mais d'ici c'est moins fascinant.
Je vous invite à aller regarder quelques photos dans mon album "ar C'hab", colonne de droite. Il faisait beau ce jour là!

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La pointe du Van s'étale devant moi, malicieuse... Elle est longue, très longue, et il est impossible d'en atteindre le bout.
Je l'ai écrit dans un des messages précédents: après la pointe, il y a d'autres pointes, qui ne s'atteignent qu'en rêve...
Je vais, tout à l'heure, je ne le sais même pas, vivre un rêve éveillé.

Beg ar Van est immense, et c'est très bien ainsi.
Je ne peux plus sortir l'appareil, je ne peux qu'avancer, face au vent, qui cette fois vient de partout.
"Don't be sad about the rain, walking in bad weather makes you feel more alive".. qu'il écrivait, mon pôte anglais...
Et bien, je peux vous dire que je suis "alive"!
Plus "alive" que moi ce matin là, je ne crois pas que c'est possible!
Et pourtant...
Ce ne sera pas "plus alive", ce sera juste immense.

Je fais un petit détour par Keriolet pour immortaliser (tant pis pour mon appareil) la plus belle des maisons du Cap (je le pense sincèrement):

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Pour retourner sur le GR34, je coupe à travers la lande, dans un roncier dense. Je tombe à genoux dedans, en riant.
Il me faudra une demi heure, le soir, pour enlever de mes genoux et de mes mains les épines des ronces.
Chaque pas me prend un temps fou, c'est une vraie jungle là dedans...
Et soudain, j'entends un son étrange, un klaxon, enfin, je crois, le vent déforme tout.

Saint They est encore loin, la divine chapelle du bout du monde. Je m'avance, je ne peux plus lever la tête, la pluie est trop forte, le vent est trop fort, mais au fond de moi je me sens forte.
Le son, encore...
Et là, je me dis, ce n'est pas un klaxon, c'est un biniou. Enfin, je ne sais pas, il doit exister plusieurs instruments bretons, comment vous dire le nom exact de celui ci?
J'avance, j'avance... Je lève un peu la tête, et là bas, loin, je vois...
Et là, je me dis: la mamie de Théolen, elle a mis quoi dans son thé, je rêve!
Mais je sais bien que je ne rêve pas.
Et à chaque pas, si mon visage se mouille un peu plus, je sais bien aussi que ce n'est pas seulement à cause de la pluie.

Là bas, près d'un rocher vertical, face à l'océan déchainé, sous la pluie, il y a un homme vêtu d'une cape imperméable qui flotte au vent.
Dans ses mains, il tient un biniou, je vois les "tubes" dépasser.
Il est tête nue, ses longs cheveux argentés volent, et il joue.

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J'arrive à sa hauteur, et je tombe sur une pierre, terrassée par l'émotion.
Il ne se retourne pas, il joue, il est dans son "ici et maintenant".
Je vais rester à l'écouter un ... certain temps.
Car si ce temps là se chiffre, se compte, s'évalue, c'est que l'on ne parle pas d'"ici et maintenant".
Je pleure.

Voilà.
Si vous vouliez savoir ce que c'était qu'être Breton, c'est çà:
Etre face à la mer, face au vent, sous la pluie, tête nue, et jouer du biniou.

Il finit par s'arrêter, se retourne, me sourit, et rigole, à cause du temps.
Je bafouille en souriant aussi: vous m'avez fait pleurer, c'est l'émotion!
Je raconte rapidement, Douarn, la marche, la pluie, le bonheur...
Et je dis:
Je savais qu'il fallait que je vienne ici à pied, ce week end, que je vienne ici, jusqu'à la pointe du Van, ce matin, mais je ne savais pas pourquoi. Maintenant je le sais. Merci.

Toujours souriant, il m'explique qu'il doit répéter, alors qu'il vient là, et qu'ici les fausses notes s'envolent...
Et il rajoute: je vais devoir arrêter de jouer alors, si je vous fais pleurer!
Je rigole...
Je vais redescendre, je dois rentrer maintenant.

Il est dans son "ici et maintenant", je suis dans le mien. C'était un partage intense, un moment inoubliable.
Je crois que si je vis jusqu'à 100 ans, je raconterai encore çà à mes arrières petits enfants...

Je ne peux pas m'empêcher de prendre une photo, et de la publier. Si cet homme tombe sur mon blog, je m'en excuse, et j'espère qu'il ne sera pas faché.

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Voilà...
Je sais maintenant que je ne descendrai pas jusqu'à la Baie des Trepassés.
J'ai atteint le Cap, le Cap du bonheur, "un" des Caps du bonheur, et je dois rentrer.
Là, ce matin, quand je tape ces mots, je ne trouve rien d'autre à dire. C'était trop immense, çà ne se raconte pas.

Complètement remuée, frigorifiée, j'avance lentement vers Saint They.
La chapelle est déserte, et fermée.
Je lève les yeux vers la petit statue du saint, tout en haut du calvaire, et je remercie le ciel.

Après le parking, la route... Je pique à gauche, droit vers Douarn, le pouce levé...

Je voulais arrêter mon récit un peu plus haut, juste au moment le plus fort.
Mais je vais vivre encore une belle rencontre au retour...

La pluie s'intensifie encore, comme si c'était possible... Je dégouline.
Les voitures me doublent, comment quelqu'un pourrait il prendre un stoppeur trempé, avec un sac à dos énorme, une cagoule, un pantalon dégueulasse?
Les touristes me doublent, les finistériens me doublent...
Certains sont même en fourgons, je pourrais monter à l'arrière, je ne salirais rien...
Mais le Français est ainsi:
Tu as voulu marcher, hein, pauvre con, tu es trempé, tant pis pour ta gueule, marche!

Je tremble, je ne controle plus mes jambes, mais je ne peux pas m'arrêter, sinon je vais crever de froid au milieu de la route.
Le prochain village, avec le prochain bar chauffé est à plusieurs heures de route.

Je marche, le bras tendu, le pouce tendu, pas vraiment angoissée, je suis toujours dans mon "ici et maintenant".
Une voiture me double, une énorme BMW, neuve, noire étincelante sous la flotte, une grosse cylindrée essence, je rigole...
Elle s'arrête.
Je regarde la plaque, et là, je vous le dis, le soleil ne brillerait pas plus fort que mes yeux.
Des Allemands. Seuls des Allemands pouvaient s'arrêter, c'était logique... Là bas le stop est si simple, en même pas 5 minutes tu trouves une voiture!

Les vitres se baissent: je bafouille "je suis trempée"
Ils rigolent: "nous aussi"!
Ils se serrent (ils sont nombreux). Ils parlent français, et me racontent qu'ils ont une maison à Audierne depuis 20 ans.
Je repense à la mamie de Theolen qui me racontait:
Ici, des Anglais, y en a pas, mais des Allemands oui! Ils ont acheté des tonnes de maisons. Au début, on ralait un peu, et puis... sinon elles seraient toutes en ruines maintenant!
Je raconte ma marche.
Ils vont me mener jusqu'à Douarn, alors qu'ils rentrent à Audierne, tout près! C'est ... encore un "ici et maintenant".
Je raconte: les Allemands sont sympas avec les stoppeurs! Quand j'ai marché 200km sur le Westweg l'an dernier, avec mes chaussures sales, mon pantalon boueux, mon sac énorme, je n'ai pas attendu 2 minutes quand j'ai voulu faire du stop pour rentrer!
Ils m'expliquent:
Vous n'avez pas attendu 2 minutes PARCE QUE vous aviez un gros sac et des vetements sales!
çà prouvait que vous aimiez la marche, et qui si vous faisiez du stop c'était vraiment parce que vous étiez fatiguée...

Je leur parle de ce coin d'Allemagne que j'aime, et le conducteur reste stupéfait. Il est né à Freudenstadt et y a passé toute son enfance!
Mais pourquoi ce coin là demande t'il?
Alors je parle du lac, de cette photo trouvée au hasard sur le net, il me demande quel est ce lac là, et bien entendu il connait...
Il me raconte comment se forment ces lacs de montagnes: les parois verticales, les anciens glaciers qui ont glissé, qui ont creusé ces trous ronds, la fin de l'ère glaciaire, les trous qui peu à peu se sont remplis...
Le reste de la famille comprend le français, mais un peu moins bien, il traduit mes réponses de temps en temps, et toutes ces coincidences les stupéfient.

Je suis au chaud, trempée, sur des sièges en cuir d'une voiture neuve, la vie est divinement belle, comme elle était divinement belle tout à l'heure, sous la pluie, tout près de Beg ar Van...
Douarn, ma voiture.
Ils me saluent, me donnent leur carte de visite. Prévenez nous quand vous viendrez en vacances!
La voiture repart vers Audierne.
Moi, j'ouvre la mienne, démarre le moteur, met le chauffage à fond, me jette sur un bout de saucisse, une demi tablette de chocolat à 85% de cacao, et pendant une demi heure... je pleure.

Merci

Posté par Laouenanig à 09:38 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ar C'hab... ici et maintenant (4)

Lire le début plus bas!
Vous êtes de grands garçons et de grandes filles, je ne prends même pas la peine de mettre le lien :-)

Cinglée?
C'est le résumé des 3 commentaires!
En anglais: "nutcase". Je peux vous dire que ce mot là, je le connais!

Et bien oui!
Mais, franchement, je ne vois pas ce qu'il y a de si extraordinaire à aller marcher sur le GR34 sous les giboulées.
Quand on a un travail de con comme moi, que l'on a 3 jours de "repos", on ne choisit pas sa météo, on fait avec!
Ah mééééééééé.... Je sais! J'aurais pu dormir pendant 3 jours (tu parles!) Me reposer le corps.
Et j'aurais fait quoi? A part tourner et retourner tout ce qui m'emmerde dans ma tête pendant 3 jours, ou rester assise devant cet écran d'ordi?
Je peux vous dire que si j'ai souffert du froid, et surtout des pieds, par contre, aucune trace de "boule au creux de l'estomac" pendant tous ces kilomètres!

Je reviens donc à mon récit.
Samedi, il est presque 18h, j'arrive près d'un groupe de maisons, et des batiments agricoles.
Plusieurs possibilités.
Trouver une maison secondaire, une maison de "Parisien", avec un abri pour voiture ouvert, ou un truc du genre, et squatter.
Je me rends rapidement compte que ce hameau est habité, pas l'ombre d'une maison de Parisien ici, la vue n'est pas assez "bouleversifiante" :D
Je me dirige vers le hangar... Des vaches, de la paille, en voilà une bonne idée!
Deux inconvénients majeurs: je suis terriblement allergique aux puces, et je vais donc le payer très très cher si je dors la dedans.
J'imagine la tête du paysan quand il va débarquer tout à l'heure pour la traite, ou pour les nourrir...
Je m'abrite contre le mur sud. La grêle est forte. Le chien vient me surveiller, j'ai ouvert une barre de céréales pour l'amadouer si il grogne.
Quand l'averse s'est calmée, je repars... Je vais longer toutes les maisons, j'en trouverai bien une vide!
Sinon, je me planquerai quelque part, et à la nuit je m'approcherai d'une maison habitée, et hop, dans le garage, ou près du tas de bois! Lever du camp à 6h, personne ne me verra.
Un paysan me fonce dessus en tracteur, et s'arrête. Je ne comprends pas un mot de ce qu'il me raconte. Je renonce d'ailleurs à vous décrire le personnage, vous trouveriez çà trop caricatural! Disons que ses yeux louchent fortement, qu'il ricane bêtement sans arrêt, et que si il me proposait de m'héberger ce soir (en partant du principe que j'aurais compris ce qu'il me dit!) je battrais immédiatement le record du 20km course sur le GR34 avec ampoules sous les pieds et sac de 65l....
Tout ce que je comprends, c'est que dans le coin personne ne fait gite, chambre d'hotes.
Ben oui! Je joue à la touriste cherchant un lit, je ne raconte pas que je vais squatter!

Je continue à avancer, j'emprunte un chemin défoncé.
Là, je croise un grand chien, un homme à vélo, et je me rends compte que ce chemin est privé, alors je ressors ma question bateau "je peux rejoindre le GR34 par ici"?
Non me dit le gars, faut couper par le champ, ici c'est marécageux après. Et là, je me lache, c'est décidé, je vais faire du porte à porte ce soir!: je suis en galère, je cherche un coin pour dormir, une grange, un garage...
Le gars me dit: bah... tu peux dormir chez moi. C'est ouvert, je file promener le chien.

Alors là, la moitié de mes lectrices féminines est déjà évanouie, l'autre se jette sur le téléphone pour appeler "urgence psy",et les hommes hésitent entre les deux: s'évanouir, ou appeler du secours: Laouen est cinglée!
Et alors?
Laouen, femme seule, va accepter de dormir chez des gens qu'elle ne connait pas?
Je n'ai pas beaucoup de fric sur moi, je ne vais pas me faire dévaliser.
Ah... vous pensiez à autre chose?
Permettez moi de poser mon joker. Moi, si j'y pense à çà, en filant droit vers la maison ce soir là, c'est sans angoisse. Je suis une routarde, je vis à l'instinct, et l'instinct me dit d'aller me mettre au sec car çà va déluger grave d'ici peu.
Une maison immense, du genre "en travaux pour la vie" (je connais!) Un feu de cheminée, des canapés. Je vais poser mon sac de couchage là, et ce sera parfait.
La soirée?
Etrange...
Des gens, plein de gens, des rires... La bagnole, Audierne, un bar près de l'embarcadère de l'ile de Sein, comment pourrait il en être autrement?
Une bière pression, une seule. Je raconte un peu mon chemin, je parle de mes gosses... des sadiques que je crains pas, quand je dors seule dans les forêts allemandes... Et ils rigolent, me rassurent: t'es bien tombée ce soir, pas de sadique ici!
Un petit gamin adorable, qui s'enfile des grands verres de cassis. Le cassis, c'est un piège: tu commences à mettre de l'eau dans du sirop, tu finis par mettre du blanc dans de la crème...

Soudain, mon regard part vers la gauche. Je suis dans un bar chauffé, mais j'ai toujours sur moi un tee shirt, deux polaires, une veste thermique, et un k-way.. mais là, si je frissonne, c'est pour autre chose.
A ras l'océan, la lune se lève, immense et rousse. C'est indescriptible. J'ai laissé mon appareil dans la maison, et dehors il fait si froid que je n''aurais pas eu le courage de sortir.
Lentement elle s'élève, sans perdre sa rousseur.
C'est du "ici et maintenant" à l'intérieur de mon "ici et maintenant"...

Et me voilà repartie, je vais aller manger un peu, et dormir.
Demain, de retour près de mes gosses et de leur père, je ne leur dirai pas franchement: "je me suis retrouvée seule avec un mec vivant seul avec son chien", histoire de ne pas les alarmer. Je ne parlerai que des amis, des rires...
L'homme est un solitaire, et il doit sentir que j'en suis une aussi. Alors il vit sa vie, se fait chauffer un truc, pendant que je fais chauffer ma soupe...
Là, il me propose de lire mes mails sur son PC portable, si je veux, et j'éclate de rire!
Je suis venue marcher au bout du monde, je suis déjà bien plus loin que le bout du monde de "pas mal de monde" (dans leurs têtes), ce n'est pas pour me plonger dans internet.

Voyant que je suis raide morte, le gars monte se coucher, en me disant: y a du pain, tu manges ce que tu veux demain matin, tu pars quand tu veux, moi je ne me lève jamais avant 10h...
La chienne se couche près de moi sur le fauteuil, je déplie mon duvet, je suis toute habillée dedans.
Une heure après je ne dors toujours pas, je ravale un décontractant musculaire, j'ai les jambes bouillantes, les pieds en feu, et le cerveau en ébullition...
Peu à peu, le calme se fait, dans le bout du monde de mon cerveau. J'enlève les couches de fringues, ne gardant qu'un polaire.
La cheminée plus le duvet ont enfin eu raison de ce froid qui me rongeait les os.
Je suis couchée au chaud, j'entends le vent, le ciel est clair, je vois les étoiles, et je regarde la lune, pile poil face à moi, par la fenêtre s'envoler...
Euh, non, sans volets...
Enfin, les deux.
Terminus nuit.

Posté par Laouenanig à 07:13 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 mars 2008

Ar C'hab... Ici et maintenant (3)

Début plus bas!
lisez ici ensuite!!!

Je reviens sur le "non but" de cette marche:
En effet, je n'avais aucun but. Je voulais aller jusqu'à la pointe du Van, et remonter ensuite sur Audierne, mais ensuite j'ai compris qu'il me faudrait m'arrêter à Plogoff, ou avant, ou... qu'importe?
Je ne tomberais pas en dépression si je n'y arrivais pas, si j'avais trop froid, si le ras le bol me prenait!
Je voulais simplement prendre plaisir à chaque pas posé sur ce GR, aller où mes pas me conduiraient, et j'étais sure,avant même de commencer, qu'ils me conduiraient vers des moments intenses.
Je n'avais pas tort!
Et je sens qu'il me faut aller jusqu'à la pointe du Van. Je n'avais pas tort non plus... Ce sera inoubliable. Mais je vous en parlerai quand le moment viendra, et là vous saurez ce que c'est que d'être Breton...

Une plage, un groupe de maisons.. c'est ici que je vais manger un peu, en tentant de m'abriter derrière une haie.
Prévoyante, j'enfile un caleçon sous mon pantalon, et je déplie le k-way.
Et oui! Je ne marchais pas avec le k-way, même sous l'averse, car on étouffe là dedans! Mais la fatigue commençant à se faire sentir, il me faut me couvrir avant de prendre froid.
Et je suppose que le reste de l'après midi va être arrosé.
Le mot sera faible!

En bas des falaises, çà remue très très fort. Les vagues sont cassantes.

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Le premier muret de pierres seches... souvenir d'Irlande...

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Parfois, le GR34 est large, et plat. En général, il mesure 20cm maxi de largeur.
Les rafales se renforcent sous les grains. La grèle me surprend tout au bout d'une pointe, le vent est terrible, je me retrouve à genoux. Il m'est totalement impossible de me relever, le vent me plaque au sol. Je vais rester ainsi, immobile, attendant l'accalmie, et peinant, aidée par mes batons, pour me remettre debout. Le gros sac (65l) est un handicap important par grand vent.
Même ce genre de situation ne me décourage pas.
J'ai simplement très mal aux pieds, car je souffre d'échauffements terribles en général, et le sentier très accidenté n'arrange rien, le vent renforce le problème en me faisant me tordre les pieds, et en réduisant ma vitesse.
Qu'importe les kilomètres?
Physiquement, j'ai les muscles! On ne compte pas en kilomètres, mais en heures, et ce sont les heures et non les kilomètres qui font souffrir les pieds.

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Passé Beuzec, plus aucune maison sur des kilomètres. La côte, qui était sauvage, le devient encore plus, les découpages sont plus profonds, les détours plus longs, et la fatigue s'accumule. J'avoue ne plus du tout savoir où je suis, et je m'en moque...
Je sais que bientôt je vais entrer dans la réserve de Goulien, et que là, si je veux un abri, il me faudra remonter vers la civilisation.

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Je surveille la presque ile de Crozon... Il pleut toujours sur le Menez Hom... Tiens! Je peux voir les tas de Pois de la Pointe de Pen Hir! C'est fabuleux!

Une minuscule plage... Certainement la plus belle de la côte nord, car inaccessible, ou presque. Un sentier à la limite du vertical y descend, défendu par un panneau d'interdiction. La mairie (et elle a raison!!) interdit l'accès à la plage. Celui qui y descendra quand même ne viendra pas se plaindre si il se rompt le cou, ou se fait noyer par la marée, car la plage doit se remplir à une allure folle, et si une vague déferle, il est trop tard pour grimper sur la falaise.

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Sur la plage, abandonnée...

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Et les pointes succèdent aux pointes, et je n'ai plus aucun repère, et je n'ai qu'une paire... de pieds, qui demandent du repos, et il n'y a plus aucun arbre, ni même un buisson, ni même un rocher, pour me poser 5 minutes....

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Au loin, la civilisation.. Un champ d'éoliennes, des batiments lointains. Je suis confiante, je trouverai un abri.
Mais...
La côte est tellement découpée que les distances sont trompeuses. Il me faudra des heures pour atteindre le niveau des éoliennes... Je ne sais plus exactement où je suis, car entre Beuzec et Goulien, elles poussent par dizaines...

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Et le temps, vire au noir...
Et le déluge vire au déluge en expansion :-)
Je regarde ma montre, il est 17h, je dois commencer à trouver un abri. Pour l'instant, j'avance, courbée en deux, protégeant ma joue droite des gifles violentes de la pluie et des glaçons cinglants.

Je suis fatiguée. Et si je ne prends plus plaisir à mettre un pied devant l'autre, je dois arrêter pour aujourd'hui, et garder des forces pour trouver un abri. Au loin, vers le Sud, je finis par apercevoir des toits, un batiment... Je quitte le GR34, sur un coup de tête.
Pas inquiète du tout.
La suite me donnera raison...

Cette marche sauvage, dans une nature sauvage, me fait me rapprocher des hommes, à l'instinct.
Cette marche sera faite de belles rencontres, qui ne font que commencer.

Posté par Laouenanig à 22:02 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ar C'hab ...Ici et maintenant (2)

Début ici
voire même un peu plus bas, pour l'explication.

Douarnenez, samedi matin, 7h et quelques minutes... Qu'importe d'ailleurs?
Je n'ai quasiment pas dormi hier, arrivée trop tard près de Quimper, et trop "excitée" par ce qui m'attendait le lendemain. Le mot "excitée est mal choisi, j'étais déjà certaine de vivre un moment immense, et donc "déjà dans ce moment là".

Pare brise givré ce matin, vent glacial du nord. Météo France parlait de 30km/h sur Douarn, mais les "locaux" du Cap me parleront, ce soir, de 80 ou 90...
Je marche droit vers l'Ouest, la mer à ma droite, le vent venant de ma droite. Je ne risque rien.

Dès le premier pas je suis dans un autre monde, le mien. Les sens aux aguets. Je commence déjà, même pas sortie de Douarn, à regarder les maisons d'un autre oeil, celui de celle qui ce soir devra trouver un abri pour dormir...

Je comprends aussi, ce matin, pourquoi je ne marche jamais vers la mer. Ici, en Bretagne, la mer est à l'ouest, et le soleil se lève dans mon dos... Il me faudrait déménager sur la côte Est américaine, pour aimer réellement marcher vers l'océan!

Le froid est impressionnant. Je porte une cagoule qui stoppe le vent, un bonnet par dessus, des gants, mais le vent traverse tout.
Et au plus je m''élève, au plus le vent forcit.
Il me couchera un nombre incalculable de fois par terre, sur la lande, sur les pierres...
Je tituberai comme un homme ivre, et j'aurais à chaque pas l'air d'un alpiniste à plus de 6000m cherchant l'oxygène...

De l'oxygène, ici, il y en a. Il passe juste... un peu trop vite!

Vers le Nord, l'océan, et plus haut, la presque ile de Crozon. Le Menez Hom est invisible, il pleut très fort là haut. D'ailleurs, il pleut très fort sur toute la presque ile, et le vent venant du nord va faire quoi?
M'apporter cette pluie là, logique...

La première giboulée me tombe sur le rable alors que je passe près d'un houx solitaire... Après, certains vont douter de l'existence de Dieu? Ce matin là il avait l'apparence d'un houx :-)
Bon... Faut pas rêver, la pluie ne m'épargnera pas. Elle s'en va, elle revient, elle tangue, et je tangue avec elle.

Et entre deux giboulées, le Cap s'embrase, m'éclabousse de lumière, me présente le profil d'une de ses pointes, cachant celle d'après, puis d'une autre, une autre, une autre, jusqu'à l'infini.
Comme si la Pointe du Van était la dernière pointe du Cap... Celles d'après sont invisibles, elles ne s'atteignent qu'en rêve.

Kôa?
C'est la Pointe du Raz la dernière pointe du Cap?
Bien sur!
Mais la Pointe du Raz, c'est un cas à part, une merveille, que je reconnais comme telle, mais qui ne m'émeut pas.

Le tour du Cap par le GR34... Douarn-Douarn, plus de 130km, en 2 jours, et en mars?
Impossible, bien sur! Pas avec un sac lourd, crevée, et un vent de dingue qui me fait avancer courbée en deux.
Je pourrais le faire, avec une lampe frontale, un chrono à la place du coeur, et un gros tas de connerie à la place du cerveau.
Et pourquoi?
Cocher sur une feuille la case "j'ai fait le GR34 en 2j et je suis fière d'être aussi conne"?
Et vous avez vu quoi?
Bah... Rien, je marchais trop vite! Et la nuit, on n'y voyait rien.

Alors, dans ma petite tête de marcheuse vraiment amoureuse de la marche, je voulais faire Douarn - Pointe du Van - Pointe du Raz - Plogoff - Audierne. Et rentrer en stop à Douarn.
Les premières heures de marche vont me faire revoir mes envies à la baisse... Je n'avance pas.
Je n'ai pas de carte. Fou non?
Et pourquoi?
Il suffit de suivre l'océan...
Je n'ai qu'une petite photocopie d'une minuscule carte routière, histoire de me rappeler les principales pointes. Mais je le sais, il y a 80km entre Douarn et La Pointe... 20h de marche mini, car le GR34 est très très exigeant. Et les pauses hein? les pauses photos, les pauses rêves, les pauses miam! Faut d'abord pouvoir s'abriter, et c'est très rare!

Les pointes sont séparées par des gouffres, des vallons encaissés, qui entrent profondément dans les terres, il faut les contourner, descendre à pic, remonter à pic, une fois, deux fois, des dizaines de fois.
Et il y a ce vent, qui me fait me tordre les pieds à chaque pas. Mon sac à dos est très gros (tente au cas où, couchage, linge de rechange, bouffe, eau, pharmacie) et me donne une prise au vent affolante.
Dans certains passages, il est totalement impossible d'avancer debout!
En fait, il ne faut pas s'arrêter: le corps en mouvement, à une certaine vitesse, avance. S'arrêter, pour une photo, et c'est immédiat: couchée sur la gauche!

Des photos, je vais en prendre des tonnes... L'horizon ne sera jamais horizontal, car mon bras ne tremblait pas, c'était bien pire que çà!
Je n'en montre que quelques unes, que je n'ai pas vu sur l'ordi, pour cause d'écran en vrac...

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Vous aurez souvent l'impression, en regardant mes photos, qu'il faisait très beau.
Mais c'est parce qu'il faisait très beau!
Quand il ne pleuvait plus, et qu'il allait bientôt pleuvoir :-)

Mais je peux vous le dire: sur la presque ile de Crozon, le déluge n'a pas cessé pendant des heures... Moi, j'ai eu de la chance, j'ai parfois eu du soleil, histoire de faire sécher un peu mes fringues, et de dégeler. Si vous saviez ce qu'un déluge de grèle fait mal au visage...
Comment?
M'abriter sous un arbre?
Méééééé... Sur le GR34 côté nord, la hauteur moyenne de la végétation doit être de 20cm, et il s'agit d'ajoncs et de ronces piquantes...

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Sur cette photo, vous avez un léger aperçu de ce qui arrosait le coin, vous voyez, le truc tout noir dans le ciel, dans le fond de la photo? :-)

Et au loin, le Cap de la Chèvre, qui, parfois, miraculeusement, n'était pas arrosé

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(zoom optique + numérique x15, ce n'est pas bien net)

Tout en bas, sur un rocher, un pécheur entièrement vêtu de camouflage (les poissons sont méfiants, il a raison) :
(je précise : c'est de l'humour..)

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Vous le voyez, le GR34?
C'est le plus beau sentier côtier du monde, de la Galaxie, de l'univers tout entier! (en expansion, rajoute mon fils)

Sincèrement...
La côte entre Douarnenez et la Pointe du Van est la plus belle côte de Bretagne, la plus sauvage peut être. Et sur cette côte là, il y a des parties encore plus sauvages... Comme si c'était possible!

Parfois, quelques maisons isolées, que je regarde d'un oeil prédateur. Tout à l'heure, il me faudra en trouver une, un abri, un garage ouvert, une remise à outil, n'importe quoi, mais abrité du nord.
Dormir à l'hotel?
Quitter le GR34? Alors que la lune est pleine, que le vent me chante la vie à m'en faire péter les poumons tant je la respire fort?

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Bien sur, je serai raisonnable, mais je ne pense pas à ce soir.
Je vais marcher jusqu'à 17h, et je me donne 2h pour trouver un abri.
Mes pieds me font souffrir énormément, car le GR est très caillouteux, et le vent me fait peiner.
Il ne faut pas lutter: celui qui lutte a perdu d'avance.
Alleger son corps? C'est impossible, et le vent m'emporterait!
Il faut alléger son esprit.

On entend souvent parler " d'éléments hostiles, de nature hostile"..
Les éléments, la nature, ne sont pas hostiles!
Ce sont... les éléments, et la nature.
On les prend comme ils sont, on réagit comme on le doit, et on vit avec. Pas "contre".

Chaque pointe est une découverte, chaque pas un autre voyage.
J'ai une montre, je ne la regarde pas. Pourquoi le ferais je? Je verrai le soleil décliner, et il sera temps alors de me mettre en quête d'un abri. Le temps... la distance... Sur ce sentier là, ce jour là... Notions ridicules.
Là, certains vont se rebeller: justement, par un temps pareil, le temps et la distance c'est important de les maitriser, sinon on finit par passer la nuit dehors sous la grêle, abritée derrière un rocher, on perd ses dernières forces, et c'est l'hypothermie, avec ou sans sequelles...

Jamais je ne risquerais ma vie volontairement, en marchant.
Soyez en persuadés. Je marche sur le GR34, je vis le GR34, mais chaque pas est vécu dans toutes ses dimensions. La réelle, qui me fait poser le pied où il faut (quand le vent ne me fait pas tomber ou tituber), et l'autre, la verticale, celle qui me transporte.
Où?
Ici, et maintenant.

C'est tout con, de marcher sur le GR34... On peut même y marcher sans l'aimer.
Mais je l'aime!
Et j'aime chaque grelon, chaque goutte de pluie, chaque énorme "flocon" d'écume qui remonte de l'océan, et qui vient se poser sur l'herbe, voletant autour de moi. Il neige de l'écume. L'écume des jours... l'écume de ce jour.

Quelques photos encore:

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Au loin, la pointe du Millier, et sa minuscule maison phare, dont je ne ferai pas le tour, le vent étant trop violent côté nord, et la pluie trop féroce à ce moment là...

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Déjà le Millier s'éloigne, et le soleil me réchauffe un peu

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Au loin, le village de Beuzec, et je regarde ma montre, il le faut, prendre un repère.
Il est tard... Je savais bien que je n'arriverais pas à la pointe du Van ce soir, mais je pensais tirer jusqu'à Theolen... Un endroit qui m'est cher. Boire un coup à la buvette... Mais là, ce sera impossible!

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A Beuzec il y a un gite dortoir, mais j'ai encore devant moi quelques heures de marche... Je ne m'inquiète pas, je n'ai aucun but, alors pourquoi s'inquiéter?

Il n'est pas beau le GR34?
Avancer là dessus, par vent violent, c'est être funambule sur un tapis de bonheur...

Posté par Laouenanig à 20:53 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ar C'hab... Ici, et maintenant (1)

Et voilà.
Je suis de retour chez moi. J'ai vidé ma voiture, rangé les oeufs de Pâques sur le canapé, et les enfants dans le placard, euh, non c'est l'inverse, je me pose devant l'ordi, et je vous raconte quoi?

Il me faudra plusieurs messages. Vous arrivez sur le blog par le dernier, ne lirez pas tout, et passerez donc à côté de pas mal de choses. Ceux qui liront tout apprécieront, ou pas, car il y en aura dans le lot un certain nombre qui ne comprendront pas.
Certains penseront que je n'ai rien dans le cerveau, que je ne suis pas "responsable".
Pfffff...
Sourire...

Car c'est vrai, quand on est à bout de force, on ne part pas faire le tour du Cap sur le GR34, qui est réputé comme difficile sur toute sa partie nord, surtout quand le vent souffle fort, et quand les giboulées se succèdent.
Ben oui...
Mais.
Et il n'y a pas que çà! Il y a la manière de le vivre...

Que vous dire...
Ce que j'ai vécu pendant ces deux jours, ou plutôt ce jour et demi, était énorme. Enorme, mais aussi tout simple.

Quand je me suis assise dans ma voiture, à Douarnenez, ce dimanche après midi, j'ai pleuré pendant une demi heure, vidée, non pas de mes forces, mais terrassée par trop d'émotion. Fallait que çà sorte...

Mon fils, P'tit Troud, bientôt 8 ans, est déjà un petit Hubert Reeves.
Quand nous parlons de quelque chose d'immense, d'infini, de non mesurable, il a une expression qui me fait mourir de rire.
Un jour, nous avions tenté de quantifier l'inquantifiable, de lui donner un nom, et c'était l'escalade:
l'infini, puis "l'infini en expansion", puis "l'infini en expansion multiplié par l'infini en expansion", etc...
Et désormais, P'tit Troud, quand il veut évoquer la notion d'infini, parle "d'infini en expansion "puissance" infini en expansion"
Pour ceux qui sont largués en maths, 10 puissance 2 : 10x10 = 100. 10 puissance 6 = 1 000 000.
L'infini en expansion puissance l'infini en expansion, vous avez une idée de ce que çà fait vous?
Bah.. moi non plus!

Car il faut relativiser. Ce que j'ai vécu ce week end, au niveau émotion, ce n'était pas l'infini en expansion puissance l'infini en expansion.
C'était...
Ici et maintenant, puissance ici et maintenant.

Vous voyez la nuance?
Elle est énorme, et c'est le secret du bonheur...

Ce soir, je demande à tous mes lecteurs fidèles de lire jusqu'au bout ce que je vais écrire. Je voulais m'arrêter au moment le plus bouleversant du voyage, mais le retour a été une grande tranche de bonheur supplémentaire...
Si quelqu'un se pose la question "c'est quoi être Breton"? Vous aurez la réponse à la fin (ou presque) du récit.
ah ah.. j'en vois déjà qui dressent l'oreille.. Karagar, Klegdouarn...
Je vous préviens tous deux, vous allez certainement être émus par ce que vous allez lire.

Posté par Laouenanig à 19:17 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 février 2008

K (1 bis) :-)

Pourquoi K 1bis?
Parce que le K2 c'est la montagne ultime, et avouez qu'appeler son message K2, alors qu'il s'agit d'un post marin, c'est un peu déplacé...
Le message de tout à l'heure, nommé K1, se nommait K, en l'honneur de la belle ville de Kemper (si si, avec un K, je persiste!), mais aussi en l'honneur de Karagar, amoureux depuis toujours de cette belle dame de pierre.
Ce message là, ne vous montrera pas des photos de Kemper, mais de Douarnenez. Dz. Quel rapport avec K1bis?
Bah...
A Douarnenez, vit une de mes lectrices, comme par hasard amie du premier "K", dont le pseudo commence aussi par un K.
Je veux parler de Kleger, devenue désormais Klegdouarn.
J'avais découvert sur son blog les photos d'un vieux tas de ferraille rouillé, auquel je tiens particulièrement.
Ce bateau est exceptionnel, je ne sais pas combien de ce genre ont "navigué" sur les mers du globe, mais ils ne devaient pas être nombreux.
Ce bateau, je l'ai vu en carénage sur le slipway de Douarnenez en 1992.
Et je suis montée à bord quelques années plus tard...
J'ai suivi sa lente agonie, tremblant de le savoir irrécupérable.
Et c'est avec un grand soulagement que j'ai lu le blog de Kleger, ils le sortaient de l'eau, ils voulaient le sauver, ils l'aimaient!
Euh, j'en fais peut être un peu trop, mais bon... l'émotion! :-)

Il se nomme le Scarweather, et c'est un bateau-phare... Tout un symbole.
Je cite ici, les informations trouvée sur ce site, Kadavenn:

Le Scarweather est un bateau d'acier riveté sans moteur ni barre (remorqué) qui a été construit en 1947, il mesure 42,50m, son phare a une portée de 12 miles.
Il ne portait pas le nom de Scarweather dès sa construction, mais simplement un numéro: le 4. Et le 4 est mon numéro préféré!
C'est par la suite, lors de son mouillage sur le banc des Scarweather (sud de la baie de Swansea, Wales) qu'il a hérité de ce nom.

Sur les photos, vous remarquerez qu'il porte un nom étrange.. Il semble que les panneaux constituant son nom aient été intervertis!
D'après le site, son état est jugé satisfaisant. Les parties aériennes sont très abimées, mais la coque est dans un état potable.

Voici quelques photos (euh, des tonnes en fait!!), prises cette après midi, sur le slipway de Douarnenez, qui, je tiens à le préciser, est un lieu clos et interdit au public (sifflottement discret, mon appareil a un zoom énorme, au moins x50..)
:-)

Mélu, je sais: trop de photos nuit à la photo, mais vous le verrez sous toutes ses coutures, enfin, ses rivets!!
Je pense à ceux qui arriveront ici en tapant "bateau phare Douarnenez", alors je les montre toutes.
Petite précision: la batterie de mon panasonic étant vide dès les premières photos, j'ai continué avec un vieux rollei, qui lui n'avait quasiment pas de zoom... Et j'ai vu la différence! quel progrès en 4ans, les numériques!

Si vous n'êtes pas passionnés par la série de photos, allez tout de même lire ce que j'ai écrit ensuite. Il y a beaucoup d'émotion dans ces dernières lignes, et encore, je l'ai cachée du mieux que j'ai pu...

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Anode "bretonne", une véritable merveille!

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Sous le bateau feu, çà sentait très fort...
Très fort le poisson pas très frais, comme parfois sur les quais du port de pêche, quand des appats y trainent un peu trop longtemps, au soleil...
Sous le bateau, çà sentait Douarnenez, et jamais je n'aurais pu dire "çà pue"...
Douarnenez est un port, et si les bateaux de plaisance ont comme partout tout envahi, et si les épaves des bateaux de pêche font "tache" dans l'ombre du port Rhu plein de rutilants voiliers, Douarnenez reste un port, et un port qui vit.
Un port, çà ne pue pas...
Douarnenez, je t'aime!

J'ai quitté Douarn, du soleil plein les yeux... Avec un pincement au coeur.
Quelques dizaines de kilomètres de côte plus loin, la plus belle côte du monde (au moins), celle qui relie Douarn à la pointe du Van, il y avait Porz Théolen, puis la pointe, puis le petit port là bas, tout en bas, puis la Baie, et le Raz, et là bas, encore plus loin, l'Ile, la sublime, et encore plus loin, l'Ile-Phare... Celle qui jamais ne doit s'atteindre (dixit K, the first :-))
Point de bateau phare, mais un rocher-phare, une pierre de lumière, Ar Maen...

Je ne pouvais pas aller jusqu'au Raz cette après midi là... Mais le Cap attendra, je sais qu'il est là. Même si je vis loin désormais.
En rentrant, j'ai jeté un oeil sur un champ, à gauche.
Tout à l'heure, à l'aller, une vache laitière haletait, couchée dans l'herbe, la bave dégoulinant de son mufle.
Des hommes s'approchaient, munis d'un étrange attirail, de la ferraille rouillée...
J'ai lancé une phrase du genre "pourquoi ce truc... ne savent elles donc plus le faire toutes seules"?
Le progrès... Surtout, ne pas perdre la bête...
Au retour, il était là, déjà solide sur ses pattes, tremblant d'impatience, le poil encore mouillé.
Il têtait...

Posté par Laouenanig à 22:10 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

K (1) :-)

Tiens... J'ai eu du mal à choisir la rubrique: j'ai deux catégories, pour mes messages "bretons": Breizh armor, et Breizh argoat...
Et là, j'hésite...
Mais la rivière subit le flux et le reflux des marées, et là bas, vers le Corniguel, l'Odet sait que désormais il file droit vers l'Océan.
Alors ce sera "armor"... Même si la mer est loin, loin et près en même temps...

Je la connais depuis 16 ans. Et depuis 16 ans elle se cache...
Je sais, d'après un certain K, qu'elle a commencé son striptease, et je n'ai pas pu résister. Sur la voie rapide, j'ai pris la sortie qui mène au centre ville, alors que je file plus haut, 25km plus haut.
Je la vois de très loin, file le long de la gare, tourne le long de l'Odet, et je me gare. Car à gare? (clin d'oeil à un de mes lecteurs, Karagar!!)
Ok, je sors...
Elle est là. Sous un soleil quasi estival. Si le jardin sur la droite ne portait pas les couleurs de l'hiver, je me croirais en juin.
Je contemple ses flèches, enfin révélées, la pureté des lignes, l'audace de ces dentelles fines, et le ciel dans les ajours.
La douceur de la couleur des pierres, enfin...

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Elle est renversante, c'est comme si je la voyais pour la première fois.
Tellement renversante, que j'en bascule...

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(ce n'est pas la cathédrale qui penche, c'est moi qui volontairement prend la photo de travers :-))

J'ai le coeur qui bat un peu plus vite que d'habitude, et je marche d'un pas vif, jusqu'à l'angle de la rue.
Dans quelques secondes je vais la découvrir enfin, dans son intégrale nudité.

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Allez, un pas encore...

Et là, j'éclate de rire, au beau milieu de la ville de K, habitée encore par un certain K...
Il faut croire que cette cathédrale est un cas!
Elle refuse de se montrer nue, totalement nue...
Je lis: chantier, réfection du portail, etc...
Et je continue de rire...
Elle fait sa timide, exhibe le haut, et cache son trésor derrière quelques planches...
Il sera dit que je ne la verrai jamais nue...
Je quitte Kemper, le soleil dans le coeur...

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Posté par Laouenanig à 20:33 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 novembre 2007

An Intel (12 bis*) *: pour les supersticieux :-)

Solitaire

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C'est tout ce qu'il reste d'un très vieux bateau
Oublié, à  l'écart des autres
Entre le Vieux Passage et le Magouer
Il échappera aux bulldozers?
Peut être...

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Curieusement, ses quelques planches ont été "bétonnées"
Afin qu'elles ne s'arrachent pas les unes des autres

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Et sur le rocher, les filets de pêche ne sèchent plus
Les algues s'y étalent
Vie et couleur

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Le ciel est une voile immense
Le temps n'a aucun effet sur elle.
Le vaisseau est infini
Nous sommes les membrures de sa coque
Nous tombons...
D'autres poursuivent la route
Vers... plus loin

Posté par Laouenanig à 10:23 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 novembre 2007

An Intel (12)

Etel... Connue pour sa barre quasi infranchissable.
Je vous explique:
Un "chenal" naturel, la rivière d'Etel, nommée Ria, un espèce d'immense fjord, pour les non bretons.
Par ce chenal l'eau s'engouffre à vive allure à marée montante, et s'enfuit aussi rapidement, à marée descendante.
Par morte eau (coefficients de marée très bas) la sortie vers l'océan est possible à toute heure.
(ne pas confondre "morte eau" avec "marée basse", rien à voir! il y a des marées hautes de morte eau, et des marées basses de vive eau" :-))
Par vive eau (coeff assez haut) les bateaux qui ne sont pas assez puissants ne peuvent ni sortir d'Etel, ni y entrer.
Une "barre" défend l'accès au port. Un mur d'eau infranchissable...
Si vous voulez pêcher ici, par vive eau, il faut attendre l'étale (l'heure où la marée "renverse", c'est à dire quand elle a fini de monter, et qu'elle va descendre, ou l'inverse)
Sinon, vous jetez votre ligne qui soudain se met à filer, filer.. Trop vite, et trop loin.
Je me souviens d'une journée de pêche, en mai 1992, jour de grande marée, ou presque.
Soudain, l'eau s'était calmée. Miraculeusement.
Pendant ce temps, les moteurs des petits bateaux rugissaient, et se lançaient face à la barre...

En ce jour du 1er novembre 2007, la barre est partie en vacances. C'est morte eau. 51 de coeff (pas de pastis, de coeff)
J'ai beau chercher une trace de la barre, rien. L'eau est aussi plate que mon tour de poitrine.

Voici la fin de la Ria, quand elle devient océan (côté Plouhinec)

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Plat, tout plat...

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Rouillé, tout rouillé... Et encore, je ne vous montre que le "pittoresque", pas les bunkers, et les restes métalliques divers qui jonchent le site depuis plus de 60ans...
Bizarrement, les épaves du Magouer dérangent la municipalité, soit disant dangereuses...
Mais ces "épaves rouillées" sur la barre ne semblent pas la déranger. Etrange... et pourtant dangereux!

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Gris, tout gris...

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Sur la plage quasi déserte, un rocher aux formes étranges regarde l'autre rive

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Je contourne le rocher, glisse plusieurs fois sur des roches plates découvertes par la marée, et découvre enfin la barre d'Etel.

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Tas de rouille, les bords coupants et acérés. accessible, depuis plus de 60ans certainement.
Bon, ok, je sors... :-)
Mais quelque part tout au fond, j'ai la rage quand je fais demi tour, et que je retourne vers le cimetière de bateaux.

Au loin, invisible, la vraie barre sommeille, elle attend son heure...
 

Posté par Laouenanig à 10:08 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

An Intel (11)

Dans les coins et recoins de la Ria d'Etel, on voit des drôles de choses...
Des poteaux électriques (ou téléphoniques) en forme de menhirs christianisés par exemple:

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Je vous rassure, avant que vous ne criiez: ils sont fous ces Bretons!
Le vrai poteau est caché derrière le menhir :-)

Il se nomme la quenouille Sainte Brigitte (Queguil Brehet), et dresse ses 3 mètres de granit dans un recoin perdu de la Ria, à Listrec.

En cherchant bien, on découvre aussi des chapelles-rangements d'annexes:
(une annexe est une petite barque de plastique qui sert à godiller jusqu'à son bateau, ancré plus loin)

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Chapelle Saint Guillaume. Plouhinec. Je n'ai trouvé nulle part le nom de la chapelle en breton. Peut être n'en a t'elle pas?

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A côté des ces microscopiques chapelles on peut aussi découvrir des demeures immenses, de 6000 mètres carrés, avec vue sur mer.
Comment c'est impossible?
Méééééééé si!
Ici:

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Non, ce ne sont pas les fondations d'un hameau en construction, mais un chantier de fouilles, lieu dit Mane Vechen, à Plouhinec.
Vous y voyez les ruines d'une villa vénète sur une surface de 6000m2. Datation : deuxième siècle après JC.
Note: les Vénètes ne sont pas des Vénitiens mais des habitants de la région de Vannes.
Amusant, car la région italienne nommée en français "Vénétie" se dit en italien "Veneto", comme la région de Vannes, à  l'époque romaine. N'y connaissant rien, je me garde bien d'en tirer une conclusion hative...

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Sur cette photo vous apercevez plusieurs "couches" de l'histoire du coin:
Au premier plan les restes de la villa romaine
Au second plan, un ilot de la Ria, et les ruines d'une maison d'ostréiculteur, enfin, c'est ce que je pense.
Et au fond, la ville d'Etel et ses maisons "modernes"

Le site de Mane Vechen a de quoi faire saliver les promoteurs... J'y verrai bien une superbe digue en béton, du genre de celle qui bientôt aura pris la place des épaves sur la plage du Magouer un peu plus bas.
Merci qui?
Ou une série d'hideux immeubles, du genre Grande Motte, tiens! M'sieu le maire, je vous donne de bonnes idées non?

Posté par Laouenanig à 09:43 - Breizh - Ar Mor - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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