face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

03 juillet 2009

Aùel e ben (2)

Oui, vous avez raison, je n'ai pas parlé des sensations.
Que dire...
Pour expliquer ce que je vis en ce moment, il me faudrait plus qu'un blog, et plus que des mots.
C'est marrant, j'ai pas du tout envie d'en parler. Si vous saviez à quel point je suis crevée...

Le premier saut...
Ah bon? j'ai sauté?
En fait, c'était presque çà...
Gros problème de gestion du stress. Et çà n'avait rien à voir avec le stress du saut. Enfin, pas à 100%.
Ce qui est effarant, c'est qu'en fait on croit que l'on va se sentir chuter. Et on ne sent rien! Rien, rien, rien... Je me suis même demandée un instant si j'avais bien quitté l'avion! Le "poids" de l'air est tel qu'on est couché dessus.
On croit être couché dessus. Mais on descend à 60m/s.
50 secondes de chute libre en apnée, la bouche ouverte, rien ne rentrait. J'ai cru mourir (sincèrement).
L'air est revenu peu à peu... Altimètre... ok
Tirer, choc.

Et je me suis retrouvée pendue à une aile...
Et là, j'ai eu le mal de mer...
Trop de stress, trop de fatigue...
J'avais peur d'atterrir, et pas de sauter.
Maintenant je savais. Sauter était LE PROBLEME. enfin, pas sauter: RESPIRER.
Manoeuvrer, atterrir, c'était doux, très doux. Trop doux puisque çà tanguait un peu :)

Et est venu le 2eme jour... Et le 3eme, et le 4eme...
Et la pluie a commencé.
Les heures, les jours passés vautrée sur un tapis, à attendre.
Je n'ai même pas le courage de vous parler du pliage du pépin. çà ne passionnera personne.
C'est une sensation étrange... C'est hyper complexe, et en plus çà te fout la trouille: car le lendemain, tu auras ce truc là sur le dos :)
Heureusement il y a des contrôles. Mais tu peux pas t'en empêcher... et si, et si...
Toi, tu mets 1h à le plier (et encore, si y a quelqu'un pour contrôler) alors que le commando marine d'à côté le fait en 10 min... c'est un métier! :)

Heureusement il y a le pépin de secours.
Et là tu te fais le film... TU DOIS TE LE FAIRE. Faut être prêt.
Je tire, rien ne se passe. Ou bien la voile merde un max. Twists, mal gonflée, corde qui pète etc...
Alors là, tu fais quoi? Tu t'évanouis? Faut réagir, savoir si c'est gérable, ou pas.
Tu chutes, à 60m/s, et tu es déjà à 1200m environ le temps de te rendre compte que ta voile a merdé.
Alors il faut gérer. Tirer sur la poignée de droite. En une seconde se dire: je libère.... Je jette au ciel ma voile inutile.
Et là, tu tires sur la poignée de gauche, celle qui libère la voile blanche, si fine, si petite, qui semble si fragile...
Le temps qu'elle se gonfle, tu en es où? Là tu sais que ton atterrissage risque de ne pas être doux du tout. Mais faut y aller...

çà, quand çà doit t'arriver, tu imagines le vide que tu dois ressentir en toi?
çà c'est de la gestion du stress...
J'ai vu un "ancien", une "figure" du para breton plier le pépin de secours (çà doit se déplier et replier 1 fois par an en France, uniquement par une personne qualifiée pour).
Je crois être restée une bonne demi heure la bouche ouverte. C'était énorme.
Me rappelant comment nous nous plions, les pros, et surtout les nazes comme moi. Notre voile principale.
Voir cet homme aligner les plis au micromètre près, calmement.. Clipser à la pince, avant de passer à l'autre côté...

On est bien peu de choses...
Un twist de trop, une connerie idiote... Faut réagir, vite et bien. Y a pas de bande d'arrêt d'urgence...

Est venu le second saut, et j'ai eu peur. Peur, terriblement peur. Peur de mourir étouffée. Au point que le mono a refermé la porte, et que j'ai gouté au bonheur pur d'atterrir en piqué, dans cet avion merveilleux capable de décoller sur 50m, d'atterrir sur les glaciers. Mon ange gardien suisse...
Ce jour là, tout mouvement était impossible. Couchée à terre, sur le carrelage, lever un bras faisait monter le coeur en flèche. Dans une combi noire, en toile genre kway, en plein soleil, vous imaginez... Et entassés à 8 dans un espace si restreint que vous n'imagineriez meme pas vous y assoir à 4...
Le soir est venu, le mono m'a dit: on y retourne?
Je suis prête.
Nous avons couru jusqu'à l'avion, couru en combi noire, sous les 40 minimum au soleil, hygrométrie maxi, le tonnerre au loin...
La porte s'est fermée.
Ils m'avaient tous dit: keep cool, zen, souffle au lieu de tenter de respirer...
J'ai regardé la porte, je l'ai regardée comme si je voulais la défoncer. A mon poignet gauche l'alti grimpait. 1200m, on largue les soldats...
2000m, on etouffe un peu plus... 3000m on met ses lunettes et son casque.. L'odeur du kérosène me fait tourner l'estomac, mais je regarde la porte. N de D de B de M....
On s'est tous tapé les mains, paumes contre paumes, puis poings contre poings.
La porte s'est ouverte. Est venu mon tour.
Si elle avait été fermée, je l'aurais défoncée du regard.
Pied droit au bord extrême de l'avion, l'air qui manque, qui manque, impossible d'en avaler une goulée. Genou gauche posé au bord, mains sur les genoux, tête en l'air.
Souffle....

J'ai fait n'importe quoi, mélangeant tous les signes... Mais j'ai soufflé, soufflé, l'air est revenu...
Et le nuage est arrivé...
Entrer dans la tiédeur blanche, épaisse, respirer de l'eau bouillante...
Si j'avais pu hurler je l'aurais fait, mais fallait que je tente de gérer... Sauf que je gérais rien :)
Sortie...
Altimètre..
Oh putain de merde!!!!!! 1500!!
La main droite lancée vers la fesse, je sens la main du mono qui était prêt à tirer à ma place. Il l'enlève, en sentant la mienne.
Choc...
Et là j'ai envie de gueuler, sauf qu'on m'entendrait à la radio, alors je gueule intérieurement.
P de M, que c'était bon!
Au prochain saut je sais que je ne mourrai pas du manque d'air, je vais enfin pouvoir me concentrer sur ma position, les gestes...

J'ai qu'une envie, c'est de voir cette satané porte s'ouvrir, s'ouvrir encore...
Finir par oublier la position, qui sera naturelle...
Enfin pouvoir regarder le paysage.
Enfin pouvoir gueuler de bonheur...

360 à droite, 360 à gauche..; je tire encore doucement, car j'ai peur de décrocher (la voile se plie, tu tombes comme une grosse merde). Mais la prochaine fois je tirerai plus fort, jusqu'à me mettre à l'horizontale (vous voyez? le corps horizontal dans l'air, et le parachute à l'horizontale aussi). Certains font même des loopings voile ouverte.

Atterrir?
Je suis pas douée :)
Un des monos qui s'était posé en tandem pas loin me dit: t'as déjà vu un avion rentrer le train AVANT l'atterrissage?
Non
Ben c'est ce que tu fais!
Après visionnage de la vidéo faite par ma fille, en effet, je rentre le train. Les jambes trop fléchies, c'est impossible d'y échapper. Les pieds se posent mais le centre de gravité est sur l'arrière, et je pose aussi mon backside :)

Après... Pliage, pliage, attente, attente..
Fin de la semaine, j'ai sauté que 2 fois. Météo abominable, combiné à un manque de monos.
Faut être patient, faut faire avec, surtout quand dès le départ on part avec un handicap: c'était pas la bonne semaine...
Absente la Laouen...
Avant le 2eme saut elle avait juré à son mono: nan promis, je regarderai la porte, et pas la plage :)
Je n'ai plus peur de la porte, plus peur du manque d'air. Il n'y a pas de portes, l'air est mon ami...

Posté par Laouenanig à 16:43 - mes courses AVEC moi même - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Quelque chose à dire?

T'es une dingue. Lara Croft n'a qu'à bien se tenir ! Chapeau... Presqu'un an que je n'étais pas passé ici. Que dire... Avel a-benn plus que jamais, je vois. Force 10 !

Posté par balafenn, 27 août 2009 à 22:16

Allez y lachez vous!







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=32800&pid=14285357

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :