face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

29 juin 2009

aùel e ben

çà aurait du être un des jours les plus forts de sa vie.
En sensation.
En rêve fou, enfin à vivre.
Déjà, elle n'avait pas dormi du tout, ou presque, trop excitée.
Toute la journée, elle avait tenté de se concentrer, mémorisant les mouvements. Tout allait trop vite...

Quand ils ont couru vers l'avion, elle a marché, en rigolant: il ne partira pas sans moi.
Et la porte s'est refermé. Là dedans, personne ne pouvait plus respirer. Entassés, pire que des sardines en boite. Etouffant. Une chaleur terrible, pas un souffle d'air. En bas, le bidule censé indiquer le sens du vent pendant lamentablement.
Elle était censée atterrir face au vent. Aùel e ben...
Du vent, y en avait pas.

Dans l'avion, un des deux gars en treillis a entrouvert la porte coulissante de quelques centimètres. Elle a soupiré, enfin avalé un peu d'air.
A 1000m, les 2 soldats ont ouvert la porte en grand, et plongé. Ce n'était pas leur premier saut de la journée, ils étaient là depuis tôt ce matin, et sauteraient jusqu'au dernier avion.
La porte s'est refermée. Il fallait encore monter jusqu'à 4000m....
Etouffant...
Deux soldats en moins c'était un peu de place en plus pour tous.
L'avion a continué à grimper lentement, semblant ne pas avancer. Pourtant son moteur est puissant. Il grimpait par palier, et faisait des cercles larges...
Et là, il a suffit d'un peu de place en plus, et d'un virage, pour qu'elle voit.
Là bas, le Golfe...
Elle a toujours eu du mal à l'appeler le Golfe.
Pour elle, il est: Mor bihan... Tout simplement. Il a donné son nom au département. L'appeler Golfe du Morbihan, c'était inutile.
De là haut, on s'en rendait bien compte, qu'elle était petite, cette mer là.
Le soleil en face.. La terre qui paraissait noire, l'eau si lumineuse...
Au loin Houat, Hoedic, et Belle Ile... C'était la première fois qu'elle les voyait.
A côté, le moniteur lui faisait des gestes étranges de la main, qu'elle était censée connaître... Serrer les jambes, se cambrer, tirer sur les pieds, regarder l'altimètre, tirer sur ce -------- de machin qui déclenche l'ouverture...
Elle avait tout oublié.
Sauf la mer, qui danse, qui danse... Qui ne dansait même pas. Pas un souffle de vent, pas un vague souffle de vague...
Elle avait tout oublié.
Son regard s'est déporté vers l'Ouest... Oublié Belle Ile... Elle a vu Groix.
Et la Ria.
La Ria, si fine, vue de là haut. Si lumineuse... La Ria ressemblait à un rayon de soleil éclairant le ciel noir.
Et pourtant la terre n'était pas le ciel, la Ria n'était pas le soleil. Elle, elle était dans le ciel, à 4000m, et la porte allait s'ouvrir.
Pour elle. Fallait revenir sur Terre! Enfin, non, dans l'avion.
Mais... La Ria, un rayon de soleil...
Elle avait complètement oublié où elle était, ou presque. Suivant du coeur la longue plage, jusqu'à cette microscopique presque île de Gavres...
Elle aurait du avoir le coeur dans le rouge, le stress, la peur, l'angoisse, je ne sais pas.. C'était normal.
Mais son coeur battait trop fort, juste d'avoir vu LA PLAGE.
Si minuscule, vue de là haut, et pourtant si longue.. La plage de lumière, qui filait droit vers l'Ouest, encore et encore...
Elle a du le dire un peu fort...
Au retour, le mono lui a dit: tu n'étais pas du tout là, limite trop cool, au lieu de te concentrer, tu me nommais les Iles, et les plages...

La porte s'est ouverte.
Elle s'est avancée.
Le pied droit à ras le bord de l'avion.
Le genou gauche posé, au ras de l'avion aussi.
Les mains, sagement posées sur chaque genou.
La tête haute, regarder l'aile de l'avion, regarder en l'air...
Le mono à droite lui a demandé si elle était prête, elle a fait oui de la tête.
Le mono de gauche lui a demandé si elle était prête, elle a fait oui de la tête.
Alors, quand tu veux, lui ont ils dit...
Elle, à genoux face au vide, à 4000m, elle regardait la plage...
Encore et encore...
Encore...
Alors elle a lâché ses genoux, tendu en même temps jambes et bras...

Volé
Fait n'importe quoi
Atterri
Aùel e ben...

Posté par Laouenanig à 21:14 - mes courses AVEC moi même - Permalien [#]