24 avril 2008
Himmel... (10)
Moi? faire un break?
pffffffffff
de toute façon, vous êtes quoi? une dizaine à me lire actuellement?
Alors prenez des vitamines, reposez vous, et tentez de suivre! :)
Car cette journée là, je ne peux pas attendre pour en parler, pas possible!
J'ai bien déjeuné, comme toujours à l'AJ, où je m'empifre de fromage, de charcuterie, et de pain complet avec de la confiture..
Ici, à midi, tu n'as jamais faim!
Et je file vers l'Autriche.
D'abord Feldkirch, une jolie ville, agréable et sympa.
Tiens... Je viendrais bien habiter ici moi! et tenter de trouver un job de l''autre côté de la frontière!
Pfffff.. la frontière!
Si vous saviez ce qu'elle est ridicule, cette frontière! là, au milieu des montagnes!
J'arrive à Nenzing, ville modeste. Ici, plus d'habitants que de banques, et les voitures sont parfois aussi pourries que la mienne.
N'ayant aucune carte, mais un certain sens de l'orientation, j'arrive immédiatement face au minuscule panneau annonçant "Nenzinger Himmel".
Et c'est parti!
Tain... çà grimpe fort! La bagnole peine... Je regarde le paysage, encore dans l'ombre, car le soleil est bien caché derrière les pentes.
Devant moi, un vieux 4X4 pick up. Ici, quand on roule là dedans, ce n'est pas pour se garer plus facilement sur le terre plein devant le Lidl... C'est parce qu'on en a besoin! Vraiment besoin!
Quelques virages, une paire de kilomètres, et soudain je stoppe. Au milieu de la route, une barrière, et ce sublimissime panneau rond, cerclé de rouge, ne contenant rien à l'intérieur:
CIRCULATION INTERDITE.
Le 4X4 est de l'autre côté, les deux gars mettent le cadenas sur la barrière.
Assommée, je cours vers eux, et ressors mon allemand rudimentaire. Voilà des mois que je cause anglais, j'ai tout oublié!
Résumé:
oui, c'est bien la route pour Nenziger Himmel, mais elle est fermée, et personne ne passe.
La route est abimée, on bosse dessus, trous, pierres, effondrements, neige, chaines obligatoires sur la fin etc...
Ils parlent cet abominable dialecte (je l'adore!) dont je ne pige pas un mot...
Alors comment leur expliquer?
L'homme demande:
Mais pourquoi vouloir aller à Himmel?
Il n'y a personne là bas, le village est vide, vous ne trouverez ni resto, ni bar, ni hotel...
Et il y a plein de balades plus belles!
Ici, il n'y a qu'une route, la vallée est trop étroite, pas de sentier!
Et la route fait 16km, elle grimpe fort, vous en avez pour 4 heures!
Et ensuite il vous faudra revenir!
Méééééé... je veux aller à Himmel, j'ai des raquettes, je...
çà ne vous servira à rien, à part là bas. Ici, c'est du bitume interminable...
Pourquoi aller là bas?
Je ne parle que très peu allemand, et encore moins l'allémanique du coin, alors comment dire:
Pourquoi Himmel?
Parce que Himmel!
Parce que je suis venue ici rêvant de méditation devant Pfälzer Hütte, devant le Naafkopf, et que je ne peux pas y aller.
Parce que Himmel est le plus beau nom que l'on puisse donner à un village.
Parce que là bas, je pourrais le voir, m'assoir face à lui, et dire merci, merci, merci...
Je réponds simplement: c'est un endroit merveilleux, et je veux y aller. A pieds, puisqu'il le faut!
L'Autrichien n'insiste pas, il devine qu'il est devant une variété rare de Touristus tetusdurus... sp Laouenus.
Il doit penser: stupide femelle...
Mon sac n'est pas prêt, je crois comprendre que si çà avait été le cas j'aurais pu grimper un peu avec eu en voiture...
Je les regarde partir, prépare mon sac, accroche mes raquettes derrière, et attaque ces 16km de bitume.
Je regarde ma montre. Je calcule le temps, le temps que je vais passer là bas, le temps qu'il me faudra pour retourner ici, les pieds bouillants, abimés par le bitume.
Ok...
La route est dans l'ombre.
Sur la gauche, elle est taillée à même le roc, à même la terre, et çà déboule sur le bitume...
A droite, elle tombe à pic. Au fond, une rivière en furie, et en face, des falaises torturées, des cascades.
C'est d'une sauvagerie incroyable, à peine imaginable dans ce coin là du monde.
Je ne sais pas pourquoi, mais çà me fait penser à certains coins du Canada, ou de l'ouest des USA, vus à la télé.
Rien de grandiose, juste une nature brute, sans jolies broderies autour.
Immense...
Je ne prendrai pas de photos des falaises, car il me faudrait descendre à pic, et j'ai peur de ne pas avoir ensuite le temps de filer à Himmel et surtout d'en revenir.
Voici quelques photos de la route:



Peu à peu la route sort de l'ombre.
Je suis la rivière, dont j'ignore le nom

Et peu à peu, la route se couvre de blanc.
Je ne sens pas le bitume, je ne pense pas aux heures de marche, aux quelques minutes que je passerai là bas, car je sais que je ne pourrai pas quitter Himmel et marcher vers le Naafkopf, pas le temps.
J'aime chaque mètre de bitume. Il fait un temps merveilleux, je ne marche pas vers le ciel, j'y suis déjà depuis longtemps.





Peu à peu, la brume se lève, restant accrochée aux cimes autrichiennes. Vers l'Est, la lumière est si vive que la regarder fait mal... et en même temps vous transforme vous même en rayon de lumière.

La route aussi, se couvre de blanc, parfois.




Je pense que c'est le massif du Panüeler.. Je l'ai tant admiré, quand j'étais sur les pentes du Naafkopf!




Je ne veux pas savoir si il existe des endroits plus beaux...
Cette route là, est la plus belle route du monde qui est le mien, à cet instant là. Et c'est tout ce qui importe.
Je me sens devenir cette route, cette neige, ces montagnes, cette rivière, ce soleil, et la brume qui les embrasse tour à tour.

Entre les sapins, il me sourit, le Panüeler, je vous le jure, il me sourit!
Il me dit à bientôt, il me dit "au mois d'aout tu viendras te frotter à moi"...
Cette rando là, elle est énorme! Sur les panneaux, là bas, à Himmel, il est écrit: "seulement pour les experts", en parlant des ascension du Panüeler, de Schesaplana, de la balade jusqu'à Mannheimer hütte, Oberzalimhütte, et de l'ascension du Naafkopf.
C'est là que j'irai cet été.
Pour l'instant, je me contente de l'aimer.
Et l'aimer, çà ne veut pas dire qu'il m'aimera.. je sais!

paradis...

Oui, c'est là haut que je serai cet été... et de là haut j'aimerai cette route où je marche ce matin.

Au fait, vous savez quoi:
Il y a des ours en Autriche!
Oh.. Ils sont aussi bien traités qu'en France, ils ont du mal à zigzaguer entre les balles...
Si vous saviez ce que çà m'a fait, quand j'ai appris çà!
Bien entendu, j'imagine qu'il n'y en aura pas sur le Panüeler... Ni autour de Mannheimer Hütte.
Peur?
Mais de quoi?

Je vous fait défiler ces photos, comme si c'était de simples photos...
Si vous saviez, combien mes yeux étaient brillants, quand je contemplais cette ligne de roches déchirées, comme j'étais heureuse, comme je me sentais ici, là, et maintenant, et en même temps au coeur du ciel!

Qu'est ce que je peux ajouter à une photo comme celle là? à part une série de ...?

Himmel est au pied de cette montagne là, la route est encore longue...


Soudain, sur la droite, j'entends un bruit sourd, un grondement venu de coeur de la terre...
Je ne vois rien, mais je comprends.
De l'autre côté de la ligne des crêtes, vers le Liechtenstein, une avalanche...
Grand moment de silence.
C'est à la fois terrifiant et grandiose.

Au fond, toute la ligne qui barre la vallée. Et sur la droite, les pentes du Naafkopf, encore invisible..
La route est encore longue!


jeux de brume...

Je souris! Ce piquet que vous voyez là, sur la pente blanche, c'est la station de ski de Sareis à Malbun!
J'ai marché là haut dimanche!
çà y est... encore un peu, et la route va descendre à peine, et je verrai les premiers chalets de Nenzinger Himmel...



Et voilà...
Là, je vais devoir m'enfoncer dans la neige fraiche avec bonheur, marcher lentement au milieu des chalets, m'assoir derrière la chapelle, et aimer.
Mais il est 11h30 bientôt, et je dois penser à manger, à aller bosser...
Vous découvrirez Himmel demain matin...
Himmel, et ses cadeaux.
Je devais mettre 4h, j'ai atteint le village en 2h40 en comptant les pauses photos. Rythme "entrainement militaire".
Intensément vivante...
Maintenant, place au silence, et au vent glacé du paradis.
Himmel... (9)
Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que vous fatiguez!
Un peu perdu dans mon récit non?
Je vous l'avoue, j'ai besoin d'un break moi aussi.
L'effet magique "je reviens de la montagne" s'estompe plus ou moins lentement, et certaines personnes s'acharnent à tenter de me noyer en ce moment...
Alors écrire, ce matin, çà va être hard!
Je ne sais même plus où j'en étais!
Ah oui... à mercredi aprem.
Bah... Je suis redescendue dans la vallée, car là haut la neige tombait. En bas, il faisait beau, juste un petit vent glacé qui me fouettait le visage.
J'aime trainer dans Vaduz, la tête haute, les godasses de montagne sales, le battle dress taché..
Vaduz, c'est un grand défilé de mode. Mode automobile d'abord, et mode vestimentaire ensuite.
Dingue le nombre de beaux mecs et de belles femmes qui s'y baladent. Normal... Des habits de classe et de prix, des soins esthétiques, çà vous embellit rapidement.
Ensuite, reste à embellir l'intérieur, et là c'est plus hard...
Moi, là bas, je me sens à l'aise. A l'aise dans ma différence. Je traine dans les rues avec un manteau sans manche, un chapeau rigolo, et je ressemble à une princesse sauvage...
Et si on me regarde, ce n'est pas avec mépris, c'est avec curiosité, et qui sait... Je suis vivante, et çà se sent!
Ils sont transparents.. La neige des montagnes a un gout plus pur, plus puissant...
Ma 106 zigzague dans les ruelles, se gare sans rougir entre des Porsche et des grosses Audi...
Avant de rejoindre Vaduz, je suis retournée à Triesen, sur les hauteurs du village, là où les vignes s'accrochent aux pentes.
Un village qui respire la paix.




Là haut, les bruyères (roses hein Cornus!) peinent pour sortir de la neige, et ici le printemps est là, et bien là!
J'adore les coucous! (ce sont les primevères jaunes sur la photo)




Bon, ok, au Liechtenstein aussi certains ont des gouts de chiottes!




Si on vous dit que cette photo a été prise dans un des pays les plus riches du monde, vous le croyez? et bien si...


En grimpant vers la petite chapelle, je longe les vignobles. Des sarments secs sont entassés au pieds des ceps, j'en ramasse 3 petits bouts.

Un tel tapis de fleurs donne envie de se mettre à quatre pattes, de se rouler dedans, de bouffer du pissenlit (pas par la racine)...








Sur cette photo vous pouvez voir le seul immeuble de tout le pays! :)


Oui, le printemps est bien là!

Le soir tombe sur Schaan, et je me demande: où vais je aller demain?
Soudain, c'est la révélation...
J'ai marché sur le ciel tombé à terre depuis des jours, je n'ai pu que froler le vrai, les cimes étant trop dangereuses, alors demain je vais aller AU ciel... Himmel... C'est le nom du village!
En fait, non, c'est plus complexe.
Dans un coin perdu de l'Autriche, tout près d'ici, il existe une petite ville nommée Nenzing.
Après 20km de route étroite et zigzaguante, vous arrivez au ciel de Nenzing: Nenzinger Himmel...
Un paradis posé à 1300-1400m, pas plus... Coincé entre des murs de roches, de neiges, coincé entre les géants autrichiens comme le Panüelerkopf, et la frontière du Liechtenstein, frontière des cimes... Ochsenkopf, Sareiserjoch, Spitz, Augstenberg, Gorfion... Naafkopf.
Himmel... Pourquoi quand je parle de ce village (quelques chalets, et un hotel en été) j'oublie le "Nenzinger"?
Pour moi, c'est Himmel... tout court!
J'y suis descendue, en redescendant du Naafkopf, un jour d'aout. Je venais de toucher le ciel, là haut, sur cette montagne aimée...
Et à Himmel, j'ai repris le sentier étroit et terriblement pentu qui grimpe brutalement vers le Sareiserjoch, pour rejoindre Malbun de l'autre côté.
Alors je le sais:
Je n'irai jamais à Pfälzer Hütte, du moins pas cette semaine!
Mais de Himmel, de sa minuscule chapelle blanche, je verrai le sentier qui grimpe vers le Naafkopf à travers la forêt, et je pourrai marcher vers là, avant de m'arrêter sur le dévers, car ici les risques d'avalanches sont au maximum.
Himmel est le seul coin du monde où je pourrai voir cette montagne qui m'a fait rouler 3000km l'an dernier pour quelques minutes à son sommet, avant de retourner en France...
Alors demain matin, je vais filer en Autriche, je tenterai de trouver cette route qui mène à Nenzinger Himmel (je n'ai pas de carte), et j'irai. Et là je vais enfin pouvoir méditer face à la montagne. Il fera beau demain, ce sera merveilleux.
Laouen ne doute de rien... :-)
Demain sera pourtant le plus beau jour de toute ma semaine...
Et je peux vous le dire: on peut atteindre le ciel, on peut atteindre Himmel, c'est juste une question.. d'amour.





































































