23 avril 2008
Himmel (7)
Mercredi...
Tiens? c'est amusant. Je vais vous raconter mon mercredi, et nous sommes mercredi.
Et quel mercredi! (enfin, celui de mon récit!)
Oh, il ne se passera pas grand chose de grandiose. Je ne vais pas grimper l'Everest sans oxygène, juste une jolie balade, toute en ... sagesse.
Vous savez quoi?
J'ai tout mélangé!
En fait, c'est mardi soir que tout va basculer dans ma tête...
Mais j'ai vécu tant de choses que je me suis plantée dans mon récit.
Revenons en donc à mardi soir...
Il est 17h. Le temps est pourri, mais alors, pourri...
Je décide, sur un coup de tête, de partir.
Si je ne peux pas aller où je désire aller, je ne vais donc pas grimper à Sareis tous les jours?
Alors je prends la route du sud ouest... Celle qui file en Suisse, vers Chur, puis vers le pays Romanche, et bien plus loin, bien plus bas, tout près de l'Italie, vers Zermatt.
Demain matin, je vais me lever face à lui, enfin!
Lui, c'est le pic ultime. J'en ai parlé avec J, qui m'a confirmé: des tas de gens meurent chaque année pour vouloir le grimper. C'est le sommet le plus technique d'Europe, un des plus durs du monde, et il y a pire: le réchauffement climatique rend ses glaciers très instables. La barrière de la langue nous gène, il me parle de permafrost, je comprends ce qu'il veut me dire.
Mardi soir...
Je roule, découvrant une région de Suisse que je ne connais pas. Une région qui parait rude, très rude. Ici, les montagnes grimpent jusqu'à 3600m et on peut skier jusqu'en juin.
La pluie ne me lache pas, c'est bon signe, il va neiger bientôt, je m'attends à une route difficile.
Mais Laouen ne doute de rien!
Laouen passe devant un panneau étrange, qu'elle lit, qu'elle comprend, mais elle ne doute toujours de rien...
Pourtant c'est très clair!
Je n'ai pas de carte routière, j'ai toute la Suisse à traverser. Si j'en avais eu une, je serais restée à Vaduz, c'est évident...
Mais je roule...
Je traverse des petites villes magnifiques, pleines de maisons de bois, ou de maisons peintes, c'est très ancien.
C'est la Suisse sauvage, sans 1456 Porsche au mètre carré, sans 478563 banques par villes...
Les panneaux, les inscriptions sur les maisons, tout est écrit dans un dialecte étrange, qui ressemble à de l'Italien, qui n'en est pas, qui a quelque chose de méridional, un mélange qui sonne doux, mais qui n'arrive pas du tout à cacher la dureté de la vie ici.
Et ce sera confirmé par J, quand on discutera de ce coin de Suisse jeudi.
Oups, je vais trop vite là!
Nous sommes mardi, je vais à Zermatt, comment puis je discuter avec J jeudi hein? Pfffffff, Laouen m'enfin!
Je roule, émerveillée, repasse devant un autre panneau, le lit, le comprend, continue ma route...
Y a un truc qui s'est cassé dans la tête à Laouen, c'est pas possible!
Puis il me faut me rendre à l'évidence, je finis par assimiler ce que j'ai lu.
A ce moment là, je devrais immédiatement faire demi tour, logique!
Mais non...
Je sens mon rêve se briser en milles morceaux, non, en fait, c'est un peu comme un oreiller de plumes que l'on éventre, je vois les plumes voltiger, lentement, c'est doux... Et çà ne fait pas mal.
Je sais que je n'atteindrai jamais Zermatt, que je ne verrai jamais le Matterhorn, enfin pas cette semaine, pas au printemps, pas cette année.
Mais je continue, il faut que j'arrive au bout, juste pour voir ce putain de panneau, l'aimer, le photographier, et aimer chaque kilomètre qui me reconduira à Vaduz tout à l'heure.
Je roule, les villages sont superbes, je suis calme, sereine, en paix. Inch' Allah, comme ils disent...
C'est mon destin. Le ciel n'a pas voulu que j'atteigne Zermatt, je l'accepte, et je sais mainteant que je vais aimer chaque seconde de cette sacrée semaine, même si elle me bloque dans les vallées, même si je dois me contenter de l'aller retour à Sareis, de ses ridicules 2000m (et de sa pente à 45% pour y aller).
J'arrive enfin au bout...
Le village est comme mort. J'ouvre la porte, le froid est impitoyable. Je vais photographier le panneau, une maison de bois du village, et soudain mon regard accroche la façade de l'hotel qui est sur la droite, et qui est fermé.
Si vous saviez l'émotion...
Je me vois l'an dernier, en avril aussi, morte de froid et de fatigue, ayant marché des heures par des températures négatives, sur le Westweg allemand, tout çà pour atteindre enfin la source du Danube, Donauquelle... kilomètre zéro d'un fleuve immense, et kilomètre ultime, car ce fleuve là se compte à l'envers.
Je viens de rouler 2 heures, j'ai quitté le Liechtenstein espérant atteindre un de mes rêves, j'ai froid, je suis crevée, mais sur le mur de cet hotel il est écrit ceci:

Je suis dans un petit village nommé Tschamut:

Et ici, je suis tout près du Saint Gothard, où vous vous en souvenez certainement (qui ne l'a pas appris à l'école?) le Rhin prend sa source...
Sur l'hotel il est écrit: source du Rhin.
En fait, il en a 3 je crois bien, de sources.. Deux lacs, et une source perdue dans la montagne.
Tschamut est un enfer blanc, et je voudrais y dormir, mais dormir ici dans la bagnole ce serait une vraie connerie: il fait trop froid, vraiment. Il y a autour de moi plein de vieilles maisons de bois perchées sur les pentes, mais dormir là dedans équivaudrait à dormir dehors, et ici, cette nuit, çà va descendre à -5 mini, d'ailleurs il les fait déjà!

çà ce n'est pas un chalet d'alpages, c'est une maison du village. Rude vie...
Je vous montre les photos, celle du bout du bout, celle de ce mètre maudit, de ce panneau terrible, qui me sépare de la montagne que j'aime:

On comprend mieux?
Et oui...
Laouen est la conne la plus conne qui existe de tout l'univers (voyons large).
Laouen grimpe, Laouen se balade sur des crêtes, mais Laouen n'a JAMAIS roulé en Suisse en hiver, ni en Savoie, ni nulle part!
Laouen n'a pas pensé une seconde que sur cette route là, il pouvait y avoir un col (et il y a en a plusieurs) de fermé jusqu'en Mai!
Laouen est là, devant la minuscule route qui grimpe vers l'Oberalppass.. minable col de 2000m, qui restera fermé jusqu'en Mai!
Derrière il y aurait eu Furkapass, à 2400m, fermé lui aussi...

La montagne à grimper, c'est celle ci, et c'est vrai: la route est atroce, et elle doit être gelée:

Alors je respire un grand coup, jette un oeil sur le village, où je reviendrai...
Et heureuse, je repars vers Vaduz.
J'ai le temps d'arriver là bas avant la fermeture de l'AJ, mais je vais musarder, volontairement.
Prendre des photos des chalets, des maisons peintes.
Et ce soir je grimperai à Malbun en voiture, et je dormirai dedans, pour demain, ouvrir un oeil dans une voiture recouverte de neige.
Et il fera beau.

Au revoir Tschamut...
Les villages, dans les creux, ressemblent à çà:

Et plus haut, les 3500 et + à çà:

Je vous offre une tournée de photos, en pure "déco Romanche": Elles sont mauvaises car il neigeote, pleut, et le ciel est très gris, le soir tombe...











Voici où j'aurais pu facilement trouver un abri (plein de puces de bois?) mais il gelait trop, vraiment trop















La nuit tombe, je ne photographie plus rien, à part le tunnel de Steg, qui me ramène vers ce parking où je vais tenter de dormir...

Tout à l'heure, par téléphone, j'ai demandé à mes enfants et à leur père de me traiter de conne là plus conne des connes...
Mon fils a hésité, préférant employer le terme "andouille infini en expansion puissance infini en expansion"
Un vrai physicien ce petit!
J'ai aussi envoyé un sms à mon ami anglais. Mais va résumer çà par sms! A tous les coups il va me croire déprimée, au bord du suicide, désespérée de ne pouvoir atteindre Zermatt.
çà ne rate pas... Je ne suis pas encore dans mon sac de couchage, il neige sur Malbun, je tente de mettre de l'ordre dans mes sacs pour libérer une place dans ma voiture, et le téléphone sonne.
Je vais passer ... un temps certain au téléphone... Mon forfait va littéralement exploser, mais fallait que je le rassure.
Noooooon, je ne regrette rien... Oui tout se passe bien, oui demain je vais être une bonne fille et ne pas mettre mes pieds là où je ne dois pas les mettre...
Je finis par rigoler... Et là il est heureux. Tiens.. encore un...
çà me rappelle quelqu'un d'autre çà, qui était heureux de me voir sourire, ou de m'entendre sourire (si c'est possible)
C'était simplement çà qu'il voulait: mon bonheur...
Et là, dans ma voiture gelée, je rigole, et il est heureux.
C'est moi qui suis en vacances, et lui en pleines manoeuvres dans un camp d'entrainement US.. mais il s'inquiète de savoir si je passe de bonnes vacances, et si je les apprécie vraiment.
Bon, là sérieux, je me gèle, faut que je raccroche! et çà coute un max le téléphone, même si tu m'appelles...
Stupid french phone? I know...
Bon bonne nuit hein!
Oui à toi aussi.
Non, c'est toi qui raccroche.
Non, c'est toi.
1/4h après...
Sois une bonne fille, raccroche...
Non toi, non toi, non toi... Des gosses.
Et moi qui rigole, pliée en deux pour me réchauffer...
Bon, Laouen a été une grande fille, elle a raccroché.
La neige tombe sur le toit de ma voiture... Je me sens tellement... alive.
Quelque chose à dire?
Il avait vraiment l'air de faire mauvais et humide dans ce village :o( Heureusement que tu n'es pas resté là-bas !
Allez-y: lachez vous!
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