face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

20 avril 2008

Himmel... (2)

Et au début... le doute.
Quand je vous écrivais, la veille de mon départ, que je ne savais pas où j'allais, c'était exact.
Car pour tout vous dire, j'ai passé une semaine affreuse, avant de partir.

Pourtant, le programme était idyllique: je prenais une semaine sans salaire, et je filais direct vers le pays le plus cher d'Europe, où j'allais mener la belle vie à l'auberge de jeunesse (parfois) et ... sur la banquette arrière de ma trop étroite voiture (souvent).
Tout çà pour quoi?
Pour la montagne... Oh... la montagne est certainement plus belle ailleurs, mais là bas je connais des coins qui m'emportent très haut, et j'avais envie de retourner là bas.
Je me moque bien de Vaduz, de ses banques plus nombreuses que ses habitants, mon quartier à moi, c'est la pente.

J'avais commencé à préparer mon sac, mais sans un réel enthousiasme.
Comment, çà vous étonne? Y a de quoi!

Pourquoi?
Parce que Laouen aime la montagne, mais Laouen aime encore plus ceux qu'elle a la faiblesse (et parfois la force) d'aimer.
Et je vous en ai déjà parlé, j'ai un ami anglais, qui vit dans une ville triste du Nord de l'Europe, qui va partir passer 6 mois de vacances idylliques en Irak, à Bassorah. De quoi être jalouse...

Et dans sa tête, çà n'allait pas vraiment bien, et pas simplement à cause de Basra...
A force de discuter avec, il a finit par lâcher: tu veux venir marcher avec moi samedi? mais je dois filer au travail dimanche aprem; dans un camp d'entraînement américain, on pourra juste marcher quelques heures, et discuter un peu.
Et moi, que voulez vous... j'ai dit oui, bien sur!
Mais il a regardé la carte, et soudain il s'est rendu compte, que même si je partais samedi à 5h du mat, j'arriverai dimanche... à 5h du mat. Tu parles d'une nuit à discuter, et d'un dimanche matin à marcher...
Alors il m'a dit: non, va à Vaduz, tu vas le regretter, file dans les montagnes...
Ce n'est pas la Pascale raide morte que je veux rencontrer, c'est la battante, la marcheuse, celle qui sourit tout le temps.
Ne gâche pas tes vacances pour moi, tu feras quoi après, il te faudra une autre journée de voiture pour rejoindre la Suisse!

Mais va faire comprendre çà à la Laouen en question... crotte, parfois j'en oublie mon prénom!
La Laouen en question, vendredi aprem, elle n'avait même pas préparé son sac. Et en menant ses enfants à la gare, elle avait discuté avec sa fille...
Elle avait écrit une phrase "d'humeur" sur facebook la veille... du genre: je vais partir à Vaduz, Zermatt, etc... et pourtant je voudrais être à X.
Là, immédiatement, un jeune étudiant français qui vit à X avait répondu: m'enfin, tu veux faire quoi là bas à part te suicider, c'est la ville la plus affreuse que je connaisse...
J'avais rigolé, et expliqué.
Alors, il m'avait répondu: vas y, ne lui demande pas la permission...

Dans la voiture, je parlais avec Minimoi, bientôt 15 ans. Et je lui ai dit:
Imagine, tu dois passer une semaine de rêve (enfin, tout est relatif) dans un coin de rêve, et tu apprends, que ta meilleure amie M va pas bien du tout... Tu fais quoi?
Minimoi m'a dit: si je suis au collège, et que j'apprends qu'elle ne va pas bien (va savoir comment mais bon hein, je l'apprends) je fais le mur, je fugue, je prends le train clandestinement ou je fais du stop, et je file à Quimper immédiatement.
Elle n'a même pas été surprise par mon silence en réponse, un silence qui équivalait à un acquiescement muet.
Et j'ai continué: on reprend.. ce n'est pas ta meilleure amie M qui ne va pas bien, c'est ton meilleur ami (M aussi d'ailleurs!), tu fais quoi?
Pareil, elle a répondu.

Alors là, j'ai du serrer les dents pour ne pas chialer.
Putain... 15 ans, ils sont encore purs! Ils SAVENT.
Ils savent que c'est possible, d'être amis entre hommes et femmes...
Pourquoi les adultes ne sont ils pas tous pareils? A quel âge se salit on le coeur, l'esprit?
Tain...
Quand je suis partie, le samedi à 6h du mat, je pensais à cette conversation avec ma fille, en traversant Guer, avant de prendre la voie rapide, et là j'ai chialé.
Et comble du comble... A cet instant précis, je traversais la rue Saint Marc... Y a de quoi se la prendre, et se la mordre, si on est souple, et si on est un mec. Si on est une fille, on chiale, et on serre les dents. Y a 1100km qui m'attendaient...

Bref, revenons en à ce dredi soir.
Je discute avec mon ami, je lui dit que je peux le faire, que je m'en moque, qui finalement, si je ne viens pas, j'annule tout, je file au boulot le lundi, parce qu'aucune montagne ne sera jamais aussi belle que l'amitié, parce qu'on mérite tous un peu de bonheur, et parce que parfois, un petit moment de bonheur partagé, çà vaut largement 10 ans d'une vie plate....
Ici et maintenant, en version "mauvais anglais"...

Internet ne suffit plus, alors il m'appelle au téléphone, sur mon fixe, pour ne pas ruiner mon forfait de portable, et je passe une heure assise par terre avec ce putain de téléphone dans les mains.
Ne viens pas, tu vas le regretter...
C'est ne pas venir que je vais regretter.
M'enfin, il a quand même fini par me convaincre. Je me connais, et il commence à me connaître aussi, quand j'ai un truc dans la tête, je peux rouler jusqu'au bout du monde, me doper au redbull, et... risquer ma vie.

Alors, je fais mon sac, je prépare mes raquettes (à neige!), j'entasse de la bouffe dans un sac, et j'avale un cachet pour dormir.
Mais va dormir... 2 ou 3h pas plus...

Je ne sais pas, quand je démarre la voiture, que je nage en plein cauchemar... Dingue ce que je vais bien le prendre...
Mais bon...
Quelques heures après, vers 9h30, en plein contournement de Paris, je sais que j'ai pris (enfin, qu'il m'a forcé à prendre) la bonne décision... Jamais je ne serais arrivée à X avant son départ.
A 9h30, je "perds" le pot d'échappement de ma caisse. Résultat: attente à Paris jusqu'à 17h, dans une banlieue sordide, la nausée au ventre, sans rien manger tant je suis assommée... Et presque 300€ de facture.
Mais bon, elle a voulu aller au Liechtenstein la Laouen, alors elle ira...

Si un jour vous rentrez dans ce garage de banlieue, malgré les tonnes de gens qui y passent chaque jour, et que vous leurs demandez si ils se souviennent de la folle qui a passé la journée complète dans la salle d'attente, et qui, en rigolant, leur a demandé, épuisée, à 16h: vous pourriez pas me descendre le resto (la bagnole était sur le pont élévateur) je fais une crise d'hypoglycémie.. Ils vous diront "oui, on s'en souvient"...
Et ils se sont tous demandé comment je faisais pour plaisanter, et garder le sourire...
Bah, j'allais pas me suicider pour çà non?
Au lieu de coucher au chaud à l'AJ, j'allais simplement arriver à 1h du mat, si je tenais le coup, et passer la nuit dans la voiture trop petite, à 1600m d'altitude, sous la neige.

Les vacances commençaient bien...
Mais qu'importe?
Dimanche soir, je serai au refuge, à plus de 2100m, avec le Naafkopf en face de moi!
pffffffffff...
Elle y croyait encore, la Laouen, en quittant Paris à 17h....


Posté par Laouenanig à 12:02 - rêves de montagnes - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Himmel (1)

Et bien voilà...
Je suis rentrée, il y a quelques minutes.
Pour ceux qui débarquent: oui, j'étais partie.
Oui, moi, l'ouvrière qui a du mal à gagner sa vie, j'étais partie me taper une semaine de "vacances" dans le pays le plus cher d'Europe.
Ne niez pas... Je sais que çà dérange certains de mes lecteurs, qui ne pigent pas...
Si vous saviez, dans quelles conditions je les passe, ces vacances; si vous saviez toutes les privations que je m'impose toute l'année..
Et puis crotte!
Oui, je reviens du Liechtenstein, oui j'ai le visage brulé, et encore, je n'ai eu que 2 jours de soleil, le reste du temps c'était "jour blanc", neige, neige, neige...
J'ai passé des vacances étranges, en deux parties en fait. Un début cauchemardesque, que je vous raconterai.
Et même là bas, rien n'allait, à chaque fois que je planifiais un truc, un obstacle m'empêchait de l'atteindre. Et des obstacles, il y en a eu...
J'ai vu certains rêves s'écrouler.
Avant de réagir, et d'atteindre un niveau de sérénité que je n'avais jamais encore atteint.
Ah bon? Le monde entier (humains et nature) se liguait contre moi? Po grave...
Et j'ai commencé à sourire, et ceux à qui je racontais mes problèmes se demandaient comment je pouvais sourire. Que certains aient compris, ou pas, peu importe.
J'ai marché dans le ciel, c'est tout ce que je peux vous dire...
La neige est le ciel posé sur terre, et le ciel m'a permis d'entrer en lui, parfois jusqu'à l'entrejambe :)
J'ai marché jusqu'au ciel (vous comprendrez dans mon récit).
J'en ai même mangé, du ciel, et c'était doux.
Je n'ai pas cherché l'infini (en anglais to look for) j'ai regardé l'infini (to look at), et je pense même qu'on a partagé plein de trucs, l'infini et moi...

Certains diront encore (enfin, si quelqu'un me lit encore!!): tu as une vie extraordinaire, tu vis des trucs extraordinaire, tu rencontres des gens pas communs... Certains iront même, peut être, jusqu'à envier cette vie "aventureuse" (pour eux) que je mene.

Je discutais de çà en anglais avec un montagnard étrange, un Suisso-américain, bourlingueur à travers le monde, qui bosse pour le tiers monde justement.
Je lui disais: ma vie n'est pas incroyable/extraordinaire, c'est juste ma vie. Et je la vis.
Et il m'avait répondu: c'est ce que je dis à ceux qui me  prennent pour une sorte d'Indiana Jones: ne regardez pas les films, faites le vous même, vivez!

Mouais... Ben Laouen, elle se contente pas de vivre le film, d'ailleurs ce n'est même pas un film, puisque le scénario qu'elle prévoit n'est jamais respecté.

Le Föehn m'a pris, avant que je redescende des montagnes...
Pour ceux qui ne le savent pas, c'est un vent du sud, qui souffle en Autriche, et en Suisse. Un vent extraordinairement chaud, qui souffle un peu de partout d'ailleurs, pas que du sud, inconstant, en rafales, et qui amène de fortes précipitations en plaine, et donc, des tonnes de neige sur les pentes. Neige chaude, neige de printemps, neige instable, qui descend vers la vallée dans un grondement sourd.
Le Foëhn rend fou, me disait un "local", et ce week end, on a le vent ET la pleine lune...

Va falloir que je m'y colle, à vous le raconter, ce récit.
Alors si vous êtes déjà fatigués, revenez voir dans une semaine, parce que vous n'allez lire que des trucs un peu dingues, et voir du blanc, du blanc, et parfois du bleu.

Ce matin, dans ma tête...

Fliegen die Wolken
spannen die Sehnen sich

Singen die Winde
greifen die Arme
hoch!
nach dem Gebirge.

So ein Schweben
so ein Beben, Zittern, Flattern
so ein Glänzen in den Augen
so ein brennendes Erfrieren.

Mit aufgerissenem Hemd
versengt die Warzen der Brust
den Nesselrieb im Aug
eine krumme Elegie
in der schrumpfenden Hand
leckt das Feld
säuft der Rhein
frisst den Wald
verkriecht sich ins Schneckenohr
höhnt durch die Herrengasse
und hörst du
dans Läuten des Messinggehänds?
altert dahin
in kleiner Geschwätzigkeit
kehrt um
färht unter den First
und splittert den Harfenbalken.

Hans-Jörg Rheinberger. Vaduz Föhn

en "dialecte local": Der Föhn s'écrit "Dr Pföö"
pffffffff.... j'ai le blues :)

Posté par Laouenanig à 09:44 - rêves de montagnes - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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