07 avril 2008
'cos we're friends...
Seules les montagnes ne se rencontrent pas parait il...
Pfff...
Internet rapproche parfois les montagnes.
C'est la montagne, et surtout l'amour de la montagne, qui m'a fait discuter, totalement par hasard, avec un Anglais, qui est devenu mon ami par la suite.
Et quand je dis ami, je pense ami, pas simplement "relation internétique à la con que tu oublies dès que tu cliques sur la croix rouge en haut à droite de ton écran).
Niark niark.. Pas de croix rouge en haut à droite sur mon écran, j'ai un Mac! :-)
Ses premières paroles furent:
"Je ne veux pas te donner de leçon, mais sache que si tu aimes la montagne, çà ne veut pas forcément dire que la montagne t'aime, alors "take care"...
Depuis, nous avons échangé plusieurs mails, et pas mal de silences partagés. L'amitié, c'est çà: un partage.
Nous ne nous rencontrerons peut être jamais.
Il vit dans un coin du monde qui ne m'attire pas (je ne parle pas là de l'Angleterre, juste du coin où il vit), et il n'a pas forcément envie de visiter la Bretagne...
Et quand nous partons en vacances, c'est pour grimper. Mais... jamais au même endroit, ni au même moment!
J'ai une famille, il en a une.
D'ailleurs, est il vraiment important que nous nous rencontrions coûte que coûte?
Vous allez peut être trouver çà curieux, mais c'est secondaire: il ne me manque pas, je ne lui manque pas, car même loin, nous sommes proches.
Et oui... c'est çà aussi, l'amitié.
Donc... çà peut donc exister, l'amitié entre un homme et une femme?
Je persiste à hurler (le mot est faible): OUI!!!!
C'est d'ailleurs le grand drame de ma vie, cette affirmation...
Si tout le monde avait pu le comprendre, certaines choses auraient été différentes, et ma vie n'aurait pas basculé.
J'ai donc un ami anglais. Plus jeune que moi (5 ans), mais usé par la vie.
Il a beau déconner, avoir un humour féroce et particulier (logique, il est anglais!), on sent entre les lignes une détresse certaine.
Et oui...
Laouen étant Laouen, elle ne pouvait pas devenir amie avec un mec formaté, du genre "Ken" bien sous tous les angles, kleen dans sa tête, au visage lifté, et surtout, sans cicatrices intérieures. Voire même extérieures...
Mais bon... Laouen, devenir amie avec un Anglais... morte de rire la Laouen!
Comment, je fais de l'anglophobie primaire? Noooooooon.... çà me fait marrer!
On est si différents, "eux", et "nous"!
Mais bon, il n'a pas que des défauts, mon ami anglais: quand il se bourre la gueule, pour oublier, il boit de la Guinness.
Comme quoi hein, on peut être Anglais, et boire irlandais.
Oublier quoi?
Son travail, certainement...
Oui, il le hait, son job, c'est tout ce qu'il me raconte, et je suis trop respectueuse pour lui en demander plus.
D'ailleurs, comment pourrions nous nous rencontrer?
Il va partir très bientôt, pour 6 mois, dans un autre monde.
6 mois sur une autre planète, sans internet.
Comment est ce possible? ben si, c'est possible...
Alors, avant son départ, on s'échange des vannes par mails... en amis.
Car il s'en tape complètement de savoir si mes yeux sont verts bordés de noisette, ou noisettes bordés de vert, si ma chute de rein dépasse en beauté celle du Z'en baise, ou si je dors seule avec mon canard en peluche le soir!
Comment?
C'est pas possible?
Méééééééé si! C'est çà l'amitié!
Il me dit que je suis belle... intérieurement.
Comment?
C'est une manière perverse de me draguer?
Naaaaaaaaaaaan! du tout! A.M.I.S
Et si nous nous draguons par mails, alors nous avons vraiment une drole de façon de le faire...
Je suis sa "silly french girl", et il est mon "stupid english boy"...
Nous ne nous épargnons rien! J'encaisse toutes les vannes (il est en train de lire un bouquin marrant sur... les Français) et je tente d'en redistribuer, avec mon anglais de pacotille. Mais va sortir une vanne en anglais...
Au milieu de toutes ses vannes, je sens les silences... Et ces mots me semblent comme des bouteilles jetées à la mer, des signaux de détresse. Tain... Moi qui déteste la flotte, et nager, et tout ce qui ressemble à un bateau...
Bon, alors disons que je suis parfois le gros Saint Bernard avec son tonneau de rhum, et que je l'aide, à avancer sur le chemin crevassé de sa vie. J'ai un tonneau plein de sourires.
Nous parlons très peu de sa vie, car il n'aime pas en parler. I hate my job, c'est tout ce qu'il sait dire...
Encore 4 ans, rajoute t'il...
Seulement 4 ans, je tente de lui faire comprendre...
Tain... çà fait 20 ans qu'il le fait ce job... Et il a 5 ans de moins que moi, vous imaginez à quel âge il a commencé?
Au début, çà doit être attirant, pour un garçon, et puis... çà vous use le corps, et encore plus l'esprit.
Sauf si à la place de votre coeur vous avez un grand bloc de glace, le genre qu'aucune crevasse ne pourra jamais fêler.
Hier soir, il me disait: je vais maigrir là bas...
La dernière fois, j'ai eu jusqu'à 56 degrés!
J'en ai frissonné.
Je lui ai parlé de mes vacances en Syrie, il y a presque 3 ans. Du désert en juillet, du vent brulant, là bas, tout près de la frontière irakienne... De ma tunique à manches longues, que je supportais car c'était une question de vie ou de mort (tu sues, ou tu brules), du foulard islamique qui me protégeait la nuque... De ce panneau "Baghdad" qui me faisait rêver...
Rêver...
J'ai presque honte...
Là bas, il a des gens qui meurent, qui s'étripent, qui souffrent, qui ... tuent.
Jamais je ne lui poserai la question, que toute personne curieuse pourrait lui poser:
"dis moi, çà fait quoi de tuer un homme"?
56 degrés... Un casque, un arnachement de guerrier, et 45kg d'équipement.
Pas d'appareil photo, pas de dromadaire pour faire le tour des sites touristiques...
Baghdad... les cris, les blindés, cette guerre idiote...
I hate my job, qu'il me répète, me re répète....
Qu'est ce que je vais lui dire, la veille de son départ?
Par pitié, prends soin des innocents, je les aime...
Par pitié, prends soin de toi, et reviens nous, je t'aime... mon ami.
Stupid english boy...





































































