face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

09 février 2008

Et tant... de liberté

Voilà des mois que je n'étais pas retournée là bas. Depuis la fin aout en fait, ou début septembre. En vélo. J'avais ramassé 2 bons kilos de girolles, ramenés dans un sac plastique, me déchirant la peau dans les ajoncs.
Oui, 5 mois minimum, et c'est pourtant l'endroit que je préfère de toute la Bretagne. Et ce n'est qu'à 25km de chez moi.
Le travail m'a prise, m'a usée, m'a laminée, je n'ai plus le temps de respirer comme avant. Alors quand je respire, je le fais à m'en faire craquer les poumons.
J'aurais pu, depuis septembre, y retourner.
C'est ce que je me disais ce matin, avançant en posant prudement un pied après l'autre sur le talus trempé, en évitant de dégringoler. Au choix: l'étang à droite, la boue gluante à gauche.
Cet endroit là me transporte presque autant que mon lac allemand, et ce n'est pas peu dire.
Mais ici, il m'est interdit de dire: "c'est ici que je veux vivre".
Car personne ne pourra jamais vivre là.
Et c'est... tant mieux.

J'aurais pu y aller plus souvent, je ne l'ai pas fait. Pourquoi?
Parce qu'il y a un espace infini entre le besoin et l'envie.
Parce que, malgré ce job qui me tue, les problèmes qui me choient sur le coin de la tête, malgré "tout", je n'ai plus besoin d'aller là bas pour respirer, me sentir bien, planer.
Parce que le besoin est une chaine qui vous étouffe. L'addiction, une prison.
Parce que je n'ai plus besoin d'aller là bas, pas besoin d'y aller pour me prouver que je vis.
Mais ce matin, j'en ai eu envie.

Nuit agitée. Attente du jour... J'ai du dormir 2 heures, et encore... Par petits bouts, quelques minutes, réveil, quelques minutes...
Rien avalé depuis hier matin 3h30 si ce n'est une soupe minute à 10h30 hier, et grignoté un peu hier soir très tard.
Ce matin, le soleil s'est levé après moi. Dans ma voiture, un sac à dos, avec dedans mes affaires de sport.
Je dormirai un autre jour, une autre nuit, qu'importe...
La route m'emmène vers l'étang, je me change sur le bord de la route.
Dès les premiers pas je sais que je ne vais pas pouvoir courir, manque de nourriture, et surtout épuisement total. Mais je vais me trainer, en mode "super gros tas". Venue pour la lumière, et la lumière est là.

La boue aussi. Elle est glacée. Dès le premier mètres mes pieds sont trempés. On s'y habitue. Le sol est défoncé. Retourné par les sangliers, les engins, les pluies torrentielles de ces derniers temps.
Il ne faut pas courir, il faut sauter de tas en tas, en tentant d'éviter les flaques le plus possible.
L'étang est d'un calme infini.
Au loin, une rafale de fusil mitrailleur déchire?.. le silence! bravo, vous avez tout bon.

Bon, vous avez tous compris où j'étais ce matin.
Je file vers le chateau, descends dans le bois, c'est de plus en plus boueux. Je dévale un sentier qui ressemble maintenant à un torrent de boue, salue 4 chasseurs dont les chiens portent un collier à clochette...
Le mur d'escalade est dans l'ombre, dommage... Je remonte péniblement, quitte les sentiers que je connais pour ne pas déranger les chasseurs, pars dans l'inconnu... Une patrouille sur la route, je me jette dans un buisson d'ajoncs.
Ils ne m'auraient pas enguelée, mais j'évite de me faire remarquer, toute circulation civile est interdite ici.
Je retrouve facilement l'endroit où je voulais aller, en m'orientant grace au soleil.
Je grimpe vers la grande bosse, le sentier est dans un état abominable, mais pas pire qu'en plein mois de juin quand j'étais venue y courir en compet. Mes jambes sont lourdes, je me traine, si je marchais j'irai plus vite mais je cours, et c'est infiniment bon.
La grande bosse... Le coq brille sous le soleil, j'entame la longue descente.
Au loin, une autre patrouille.
Allez Laouen, oublie les sentiers, même les sentiers que tu ne connais pas, oublie les voies toutes tracées...
Je prends à droite, à travers la forêt, saute par dessus les troncs couchés, dévale les pentes, évite les trous. Je me repère grace au soleil, mais je crois bien que même le brouillard ne me ferait pas dévier de ma "non route".
La pente se calme, je cours à travers une forêt claire.
Soudain, entre deux arbres, le scintillement de l'étang. Je suis arrivée exactement où je voulais arriver.

Il fait chaud, l'étang est toujours aussi calme. Une sitelle frappe un tronc d'arbre de manière régulière.
Le chant des FM s'est éloigné. Je ne l'entends plus.
Je regarde l'eau, je respire, et l'air qui ressort de ma bouche file vers la lumière, chargé de tout mon amour pour ce coin perdu.

Ce matin, l'étang, le grand chêne, la lumière et moi, nous nous parlons en points de suspension, c'est léger comme l'air frais de l'hiver.
Léger, comme ce qui nous emmène vers plus loin... Brume d'amour...

Photo prise avant d'aller courir, au petit matin... lumière sur les marais. D'autres à venir, plus tard.

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Ecrit par Laouenanig à 14:20 - Breizh - Argoat: Mon pays - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Quelque chose à dire?

Magnifique post, on est avec toi, on respire l'air frais, une bouffée de bonheur pour la journée. Merci.

Ecrit par dany, 09 février 2008 à 14:36

Paroles d'encouragement

Cette description de balade m'encourage à en faire autant par ce bel après-midi. Non je n'en ferai pas autant, c'est sûr. Je suis du genre paresseux (au moins pour tromper l'ennemi !). Je vais aller à la Fontaine Saint-Blaise. C'est un bel endroit et pas très loin de mon toit.

Ecrit par François Paradis, 09 février 2008 à 15:02

je trouve très bien exprimée la différence entre l'envie et le besoin

Ecrit par karagar, 09 février 2008 à 20:22

Fais attention quand même à ne pas te prendre un obus hein ! Bises

Ecrit par Martin-Lothar, 09 février 2008 à 20:51

non, dans cette partie là les seuls obus qui restent ont du être tirés avant guerre, et donc, il est peu probable que j'en croise un par hasard.
çà ne tire qu'à blanc dans le coin, et c'est moins dangereux que de se balader en forêt parmi une horde de chasseurs assoiffés de sang :-)
Le coin des tirs à vraies balles est beaucoup plus haut, et jamais je n'y mettrai les pieds.
par contre c'est strictement interdit!
mais je connais bien le coin, et je sais où sont les sites stratégiques, je ne m'en approche pas.
Bises!

Ecrit par laouen, 09 février 2008 à 21:12

Allez-y: lachez vous!







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