12 octobre 2007
journée ordinaire...(2)
Dredi...
Seulement 6h30 de boulot, 39h oblige!
Ah bon? Chez vous vous en êtes aux 35h? pfff... feignasses! :-))
6h30 de boulot sans reprendre son souffle, sans s'assoir 10 secondes, sans aller aux toilettes si besoin.
Pas de pause le dredi.
6h30 à une cadence hallucinante. Parfois, il me semblait m'être transformée en divinité hindoue, je me mélangeais les bras.
Le temps d'usinage de la pièce d'hier était de 1min49, il est désormais passé à 1min22. Question de réglage de la machine, mais aussi d'organisation du tourneur. Une vraie pro...
Les copeaux d'inox giclent, portés au rouge. Heureusement, mon bleu est en pur coton, je ne prends pas feu. Les mains s'avancent à peine l'outil arrêté. Avec les heures qui passent, la lucidité manque, et parfois je me dis: je vais saisir la pièce alors que le cycle ne sera pas fini, et ce sera fini de mes doigts.
Finalement, la commande impossible devrait être honorée. L'avion qui l'emporte au bout du monde ne partira que demain.
Car imaginez vous: habituellement, ce sont les petits esclaves asiatiques qui produisent pour nous les blancs.
Là, c'est l'inverse! Nous, esclaves blancs, nous faisons partir des milliers de pièces vers l'extrême Orient.
En Chine, les ateliers sont plus modernes qu'ici. Les séries concernent des milliers ou des millions de pièces, sur des machines plus évoluées. (nos machines viennent de là bas, mais ont 20ans)
Je rigole...
Toute la journée les chefs sont passés prendre des nouvelles de la production. En plus de notre travail, nous devions savoir à la pièce près combien il en manquait, le temps exact du cycle, le nombre de pièces à l'heure...
Mon tour carburait à bloc, et moi avec. Le tour d'en face n'a jamais réellement fonctionné.
Tous ceux qui se succédaient n'arrivaient pas à tenir la cadence. D'ailleurs, certains n'essayaient même pas.
A 19h, sur les rotules, j'ai enfin pu quitter l'usine... "çàpeuxpluscontinuercomçà" a pris la suite, et terminera la commande sans problème (enfin, j'espère, car c'était la dernier "lame", si elle casse c'est foutu)
Pour vous donner une idée de la fatigue générale de l'esclave: mes gants n'ont plus de doigts! usés à mort. Je n'en aurai pas d'autre, je vais devoir recoudre, mais le tissu manque, je ne peux pas l'inventer.
Pour nous remercier de nos efforts, le patron a accepté une nouvelle commande... 6 fois plus importante.
De quoi nous faire tous finir dépressifs, fous, ou à la morgue, pour avoir confondu une barre d'inox avec notre tête.
Et pour nous remercier encore plus, le patron nous a demandé de travailler AUSSI le samedi, cause trop de travail à venir.
Imaginez: vous finissez le samedi à 19h, vous recommencez le lundi à 4h30... Un rêve non?
Le dimanche, vous dormez. Si vous avez des enfants, vous les voyez 1j par semaine, et donc, vous ne dormez pas.
Dommage que l'usine ne fabrique que des pièces en métal, car nous allons bientôt avoir besoin d'un stock de cercueils.
Tout le monde proteste...
Et combien vous pariez que tout le monde dira OK?
Moi, par exemple, je suis en CDD. Si je ne dis pas OK, je n'ai aucune chance de voir prolonger mon contrat.
Je vis quand?
Mes enfants, je les mets direct à la décharge publique?
Ou alors je les emmène le week end à l'atelier, on campe tous là bas?
Ce soir, c'est moi qui crie "çàpeuxpluscontinuercomçà".
Pourtant faudra bien...
Quelque chose à dire?
Banal de le dire, mais c'est quand même infernal !
Le jour ou j'ouvre une usine, je t'engage.
CDD? Con à la Dent Dure ? ;)
Mysrère...
"Ce soir, c'est moi qui crie "çàpeuxpluscontinuercomçà".
T'as remarqué que ça continue quand même un peu partout dans le monde malgré qu'on soit plus nombreux qu'eux (les méchants!)
Caisse à dire??????
Raaa!
grands espaces
Je comprends mieux ce qui te pousse ensuite à arpenter les chemins et franchir les montagnes. Va falloir aider à laisser retomber la pression qd ce sera fini !
Pour comprendre il faut y être passé, connaître le travail à la chaîne dans une cadence infernale, avec le rendement au bout. J'ai connu ce travail sans espoir et dévalorisant. C'était il y a un...demi siècle, les gamines en ce temps là étaient considérées comme du bétail,six ans de galère, je n'ai pas oublié, ni mon corps non plus.
J'espère que les mentalités ont évolués même si le travail reste pénible. Ma Laouen je te comprends et je te dis bon courage.
Bisous de zibulinette
malheureusement, Zibulinette, les mentalités n'ont pas évolué, la preuve avec cette demande de travail le samedi.
la boite croule sous le travail, mais le nombre des employés reste sous les 20.
par contre, nous avons du travail pour 30! et les machines sont vétustes, et trop peu nombreuses.
Mais plus de 20 salariés çà signifie plein de "problèmes" en plus pour le patron: syndicat, obligation d'embaucher des travailleurs handicapés, formation pro etc...
vu mon expérience nulle, je ne peux pas pour l'instant viser mieux.
Tout le monde me parle de patisserie, mais je connais très bien le métier (sans l'avoir pratiqué) et je peux vous dire que je ne laisserais pas ma place pour celle d'un ouvrier patissier (du moins pas dans le cas qui me touche de près - famille proche).
ce n'est pas parce que çà sent bon que ce n'est pas épuisant, sous-payé, et que l'on ne récolte pas le mépris de son patron. (si si, inutile d'insister, le patron c'est mon beauf, et il est odieux)
je t'embrasse Zibulinette
Ben ca s'arrange pas :o( Heureusement que tu as le moral !
je n'ai plus vraiment le moral... tant à faire à la maison, et plus le temps de marcher.
la marche, c'était une part de moi même.
Pas évident de s'épanouir dans ces conditions. J'avoue être découragée en ce moment. Besoin d'un peu de temps pour respirer, et surtout pour vivre.
Malheureusement, de temps, je n'en ai plus.
Allez-y: lachez vous!
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