face au vent-avel a benn

face au vent, je vole... le vent me portera, et si il faiblit, je lui donnerai mes ailes. Poésie, photos, coups de gueules, délires, vivez l'instant avec une Bretonne de l'intérieur

12 avril 2007

Westweg: Neige et brouillard

Deuxième album
Westweg... Neige et Brouillard
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175_westweg_neige

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Posté par Laouenanig à 20:07 - une semaine sur le Westweg. Avril 2007 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Westweg 9. Die Ende

Dimanche matin. Je suis debout à 5h30. Une habitude maintenant. Je n'ai pas à me presser, mon train est à 10h33. Enfin, c'est ce que je crois, car en réalité le train de 8h25 passe à 8h15, et celui de 10h33 à 10h15. Logique non?
C'est Pâques... Je préfère descendre tôt au village, on ne sait jamais!
Il n'existe qu'un seul train (du moins c'est aussi ce que je crois) pour me ramener en Bretagne: le Strasbourg-Paris de 14h36.
Saleté d'internet qui n'indique que les voyages avec un seul changement...

En faisant mon sac pour la dernière fois, je me casse un ongle.
Avouez: supporter le froid, la neige, la faim parfois, les spaghetti cuites à la boisson énergétique fruits de la passion, c'est possible.
Mais PAS SE CASSER UN ONGLE!!!
Au bord de la dépression nerveuse, je fais déborder le lac de mes larmes.
euh? je vous rassure!!  je me suis bien pété un ongle (que j'ai assez longs et en super état, rare pour une sauvageonne comme moi) mais alors j'en ai rien à faire!!!

8km à faire, ou un peu plus.
Je n'ai plus beaucoup d'eau, le sac est léger. Enfin, disons qu'il est moins lourd. Par contre, hier soir j'ai rempli la petite bouteille de 50cl avec de l'eau du lac, couleur thé léger. Ramassé cônes de sapins, sable, aiguilles, cailloux, et même, oh, même...

Non, je ne l'écris pas ici, çà craint un peu...
Enfin, si j'ose:
En grimpant vers le lac, j'avais repéré une balise qui franchement ne servait à rien du tout. Mais alors à rien!! promis juré craché. Sinon JAMAIS AU GRAND JAMAIS...
Elle va rejoindre sa copine émaillée, au losange bleu sur fond blanc, rouillée, abimée, foutue. J'avais libéré un sapin ce jour là.
Tout le balisage a été refait à neuf cette année. Je pense aux centaines de plaques émaillées qui sont parties à la poubelle.
Mon hôte d'un soir, près du poêle, m'avait dit: des balises, des panneaux neufs, y en a presque trop.
Traduction: çà gâche un peu la forêt, même si çà rassure le marcheur.

Je descends... Me réjouis (ainsi que mon genou droit) à l'avance du kilomètre de pente à tomber (c'est le cas) qui se prépare. La carte est formelle: tout droit, accrochez vous à ce que vous pouvez!!!
Je suis déçue: ils ont coupé la pente par de nombreux zig zags, déjà très pentus, mais plus sages. Sur la deuxième moitié, je repère la pente où j'étais censée descendre. Wow!!!! Pire qu'une pente de saut à ski (35%) sans mentir.

Retourner à Bad Peterstal, c'est simple: çà descend. Mais pas si simple que çà en vérité: car à chaque embranchement, il semble que tous les sentiers mènent à l'hôtel ****, que je ne nomme pas. Pourquoi? Parce que choisir un nom aussi ridicule, un nom qui sent la Californie, en pleine Forêt Noire, çà me défrise. C'est un 4 étoiles en pleine forêt. Des pistes très entretenues y mènent.
Je file... Je vois l'hôtel sur ma droite, pfff...
J'ai retrouvé ma vitesse de base, ou presque. A chaque croisement, je rigole d'avance: bah oui, gagné!!  hôtel ****!

J'aurais pu rester plus  longtemps là haut. Je ne le pouvais pas. Chaque minute de plus m'empêchait de partir. J'ai quitté l'Arbre sur un baiser rugueux, avant que le jour  ne se lève. J'ai regardé le lac de là haut, regardé ce jour qui pointait à peine éclairer faiblement l'eau noire.

Bad Peterstal, 8h20. J'apprends par coeur le panneau de départ des trains. Rassurée (pour mes enfants, moi..) je repars au village.
J'entre dans le seul commerce ouvert en ce dimanche de Pâques, et fait quelques achats.
Deux bouteilles en verre d'eau minérale du village, la Peterstaler Classic. "Perle de la Forêt Noire" affiche l'étiquette. Et ils ont raison!
Koa c'est lourd?
M'en fout, je pars pensais je, un soupir en travers de la glotte.
Je rajoute un demi litre de lait à la banane, aussi en bouteille verre, à boire TOUT DE SUITE.
Du pain noir.
Des sortes de pains en forme de gros bretzel, dont j'ai oublié le nom compliqué.
Un Osterbrot (brioche de Pâques, aux raisins, et écorces d'oranges)
Deux petites merveilles en chocolat: de vraies cônes de sapin aux écailles garnies d'une écaille en chocolat recouverte de micro grains de sucre colorés. C'est fait à la main, c'est magnifique, et çà coute moins de 2euros.
Quand  je pense à la daube des supermarchés! du choco dégueu à 30euros le kilo parce qu'il y a marqué barbie ou une autre connerie dessus!

Quand je sortirai de la boulangerie, j'irai m'assoir en plein soleil (le choco à l'ombre), et j'attendrai le train.
Qui m'emmera.
Loin de chez moi.

Je discute un peu avec la boulangère, qui s'inquiète me voyant repartir avec un gros sac à dos, des bâtons, et un énorme sac lourdissime chargé d'achats.
This is the end my friend je lui Jim Morissonise. Et je dois à nouveau raconter rapidement ma semaine.

Elle demande:
Méééééééé, alors pendant une semaine vous n'avez parlé à personne? (çà devient contagieux cette question).
Si réponge, aux oiseaux.
Son visage s'éclaire: et aux arbres me dit elle!!!
Voix cassée, je rajoute: oui... et aux arbres...

Bon, je fais quoi? je hurle, je pète mon ordi, ou je souris et j'avance?
Tais toi Laouen, marche...

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Posté par Laouenanig à 14:36 - une semaine sur le Westweg. Avril 2007 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Westweg 8 Glaswaldsee (3)

14 heures. Pantalon remonté jusqu'aux genoux, pieds nus. Le dos contre le Sapin (qui n'en est pas un), je ne fais rien.
J'espère retrouver mes affaires entières dans la Hütte.
Pour l'instant, je laisse le lac envahir celui de mes yeux. (rooo, c'est nul comme image).

Béatitude.
Le ciel est bleu, les sapins et autres conifères sont verts sombres, jusque là tout va bien.
L'eau est couleur café noir, le soleil chauffe, et les quatre con*nards d'à côté (une famille de thons) regardent leur camescope, à grand renfort de bande son. Musique relou, commentaires...
Je suis au dessus de tout çà, je suis au dessus de tout çà...
Saleté de calendrier, qui me fait partager le lac avec la meute propre au week end de Pâques. Je fais avec.

Un lézard frôle mon pied pansementé. Le con*nard d'à côté redouble de con*nerie...
Kôa je suis vulgaire? non, réaliste.
Cet endroit est habituellement un sanctuaire de silence. Moi, il me touche tant que je ne me vois pas y faire du bruit. Surtout avec l'amplification due à la topographie des lieux. Le moindre bruit me semble sacrilège. Et mes potes les canards vont se réfugier dans l'endroit le plus inaccessible du lac (il faut réfléchir 3 secondes pour y descendre).

Pas un geste. Les pieds étalés sur les racines nues de l'Arbre, je suis dans une autre dimension: celle justement qui épouse parfaitement le lac.
Quelque chose traverse le lac à la nage. Pas un oiseau, "çà" sort à peine la tête de l'eau, et çà nage la brasse. Une grenouille, ou un crapaud certainement. Je les entends toute la nuit, dès le crépuscule.
Personne n'a remarqué la bête. Pour cela, il faudrait "voir".

Près de la Hütte, je vois une légère fumée s'élever. Si ils comptent cuire une grenouille là dessus, va falloir souffler fort.
14h30: le vent se lève. Qu'y a t'il de plus fabuleux que le chant du vent dans les sapins?
Celui du vent dans les failles des falaises, en plein désert peut être? Aussi. Mais ce vent là, dans ces sapins là...
Un lac sous le vent, çà "porte". L'eau café noir frissonne de plus belle.

Un groupe d'une quinzaine de djeun's s'installe à ma gauche. Sac à dos, matelas mousse... naaan... Stoïque je reste.
J'entends un gémissement. Encore un qui croyait qu'il fallait descendre pour arriver au lac! Vu d'où ils arrivent, ils n'ont fait que monter.
Radio allumée, CD en route, musique atroce. çà promet.
J'ai oublié une précision essentielle: des poches latérales des sacs dépassent des bouteilles de bière.

Une nuit de plus ou de moins à ne pas dormir... Cette nuit j'ai écouté les canards, les râles d'eau, les crapauds, et j'ai aussi souffert des pieds, même allongée. Jambes brulantes, pieds en feu, obligée de me dévêtir malgré le froid, en pleine nuit.
Si ceux ci passent la nuit ici, je ne fermerai pas l'oeil.
Mais au fond de moi, je doute qu'ils aient le courage d'affronter le froid à même la plage!

Les quatre près de la cabane semblent plus calme que ceux ci. L'été, ici, çà doit être infernal parfois. Et dire que ce lac est un des plus méconnus de Forêt Noire!

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La "plage" encore vide.
L'Arbre, mon frère,  c'est le conifère très droit que vous voyez à gauche.

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Je ne marche, ou plutôt je ne caresse le sable de mes pieds nus, que pour aller de l'Arbre à l'eau, et de l'eau vers l'Arbre.
Parfois, à ras le sol, je regarde l'eau à travers les buissons de myrtilles.

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Près de la deuxième cabane, en équilibre sur le lac, toujours close, les promeneurs sont transparents.
Ici, je ne marche plus dans les 3 dimensions habituelles.
Ni même "en élévation".
Je marche, immobile, "dans" la lumière. En "énergie", uniquement.

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Forêt Noire, Schwarzwald, la mal nommée...
Je suis à l'endroit  précis où ce nom semble totalement déplacé.
Schwarz (noir) Wald (forêt)... Ici, le hameau le plus proche, à 3km, se nomme Glaswald.
D'où le nom du lac: Glaswaldsee (see=lac)
Glas: verre. Forêt de verre... Forêt de lumière, forêt de reflets, forêt de transparence.

15h. 6 des 15 jeunes déboulent soudain sur la plage, en caleçons de bain, poussés par les copains, et par les filles railleuses.
Les camescopes tournent. Un pied, un autre... Hurlements. Moqueries des autres. Z'ont qu'à y aller eux tiens!!
Les jeunes ne veulent pas passer pour des dégonflés. Ils ont déjà pas mal de bière dans le sang, çà aide.
Plouf, cris, quelques brasses, et ruée vers les serviettes, lourdes, chaudes. Ma serviette perso est un minuscule bout de coton fin. Pas envie de tenter l'expérience, vêtue de mon boxer et de mon soutiengorge...

J'immortalise la scène, une énorme sourire sur le visage

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Tout à  l'heure, je testerai jusqu'aux chevilles. C'est absolument intolérable. De quoi mourir sur place, transformée en statue de glace.
Sans grosse serviette, et en dormant limite dehors, je renonce.
Par contre, çà calme les échauffements plantaires.
Si j'avais marché une semaine non stop autour du lac, au premier échauffement, plouf! terminé. Que voilà une bonne idée... Mes 24h non stop, j'ai bien envie de les faire ici un jour. Et je vous le dis: j'aurais la force morale d'y arriver.

16h. Je marche pieds nus, je grimpe sur les racines, je pose mes empreintes sur le sable plein de petits cailloux. Quel bonheur...
Mes pieds sentent la résine gluante, gluante comme de l'élastoplast fondu par les kilomètres et les frottements. Ils sentent le sable mouillé, l'eau noire, et le FRAIS.
Je vais aller jusqu'à la Hütte, vérifier si mes affaires sont toujours là.

Mes affaires sont là. Mais eux non.
C'est pas possible!!! On tournait un film? J'ai raté les caméras?
Allumer un feu, couper du bois, pour quoi? Faire chauffer le café?
Ah... Mais je pige maintenant pourquoi le gros pro a parlé d'étapes de 5km!!!
4h de prépa pour le café du matin, multiplié par 3 repas, çà donne 12h. 8h de sommeil. Déballer remballer les sacs. 2h.
Reste 2h pour faire les 5km, et dans la neige il faut bien çà...

Retour sur la plage. Les jeunes écoutent du foot à la radio. Je n'entends plus rien, car j'ai décidé de ne rien entendre.
Je regarde l'endroit exact où l'eau se mèle au sable, en un léger frisson.

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Sur ces 3 petits rochers, des noms gravés. Comme sur l'énorme vaisseau de pierre face à la cabane. Mais qu'ont donc les hommes à ainsi vouloir graver leurs noms sur la pierre, sur les arbres, sur les murs?
Vanité... Bonheur d'être là, de le clamer au monde?
Mon nom, je l'ai écrit des milliards de fois ici, écrit dans l'air, en y respirant.
Et si je devais écrire quelque chose ici, ce ne serait pas mon nom...

L'un des jeunes file vers la cabane. J'attends deux minutes, pensant qu'il va seulement s'isoler pour satisfaire ce que vous savez. Mais non, je le vois tout près de la Hütte, il y entre.
3 minutes pour y aller d'un bon pas. Je dois faire le trajet en 30 secondes, peut être moins, logique quand on vit dans la dimension de la lumière non?
Il est reparti. Un groupe de jeunes se ramène, ils vont faire les cons sur le gros rocher, pas rassurés par l'instabilité de la pierre. Bah oui, elle ne bouge pas la pierre, mais elle est tout sauf plane, et tout autour l'eau noire est profonde.
J'entends le jeune qui a visité la Hütte dire aux autres: elle va dormir ici.
Ils sont venus vers le rocher avec une canette de 50cl, marcher 3min çà donne soif.

17h00. Le froid tombe. Ils partent tous.
Je reste seule, avec les canards qui reviennent, le calme enfin installé.
Je retourne vers l'Arbre. Pour vous le montrer en photo, entier, je dois me coucher au ras de l'eau et pourtant j'ai un grand angle correct sur mon numérique de base. Mais entre l'eau et l'Arbre, il y a si peu d'espace...

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Pourquoi cet arbre qui au premier abord ne me ressemble pas (trop droit)?
Parce qu'il est un peu isolé des autres.
Parce que sa droiture, c'est désormais mon regard.
Parce qu'il est tout près de l'eau, parce qu'il a poussé sur le sable. Pour çà:

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Parce que le temps a ravagé ses fondations. Parce qu'il a ses racines à nu, que tout le monde peut les piétiner. Parce que ce ne sont pas ses racines qui manquent, mais ce dans quoi il était enraciné.
Parce que malgré ce vide, il tient.
Parce qu'un jour, comme le grand sapin à 50m de là, il se brisera. Un grain de sable emporté de plus, un de trop. Un coup de vent de plus, un de trop.
Parce que le sable n'est que du sable, et que l'on bâtit tous notre vie dessus.
Parce que quand le sable s'en va... Il faut savoir vivre sur le vide.
Parce que comme lui...
Parce que j'ai su réapprendre à vivre. Brisée. Mais droite.

Fin de la "séquence couic dans la gorge"...

Les canards viennent nager tout près de moi. La lumière décline fortement.

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Madame, suit monsieur
Et la cane solitaire, qui s'est approchée si souvent de moi. (soeur de solitude?)

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J'ai vu tout près le bleu de son aile... Et elle nage dans la lumière.
Assise contre l'écorce, un buisson de myrtilles à ma gauche, je rigole en prenant mes pieds en photo.
Mes chaussures ont vécu, elles gardent une auréole blanche, les crochets des lacets sont polis, le cuir éraflé. Maintenant, elles ressemblent à des chaussures de marche, mes tortureuses de pieds!!

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Et voici mon pied droit: (pour le gauche, rajoutez du pansement autour du petit orteil)

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Désolée: aucune photo de mon ampoule crevée sur le côté du talon, puisque là vous ne voyez que le côté interne. Par contre, regardez la plante des pieds. Vous voyez l'éosine qui dépasse? Bah là dessous, à un moment, ce n'était qu'une espèce d'ampoule. Enorme, prenant toute la plante. Et pour tout vous dire, mon pied en plein échauffement plantaire, est couleur éosine, du centre du pied jusqu'au bout des orteils.
Le "sale" sur les pansements,  c'est aussi de la résine de sapin. Mais il est bien évident que je ne changeais pas mes élasto tous les jours, çà colle à la peau ces trucs là!! j'en mettais juste une couche propre dessus, de temps en temps. Quand je les ai enlevé, dans le train Paris-Rennes, j'ai perdu 500grammes. Mon pied pouvait enfin respirer, bouger librement, mais par contre, j'avais du mal à l'appuyer par terre.

Il se fait tard, j'ai envie de préparer mon repas à la lumière du jour.
Alors je me lève, pose mon front sur l'écorce, dit "à demain matin" à l'Arbre. Sur sa peau rugueuse, un lichen vert sapin ressemble à une mèche de cheveux

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Vers la cabane, le grand rocher flotte, irréel.

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Bientôt, il devient impossible de deviner la limite entre le reflet et la réalité.

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Le grand bâteau de pierre semble hésiter entre ombre et lumière.

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Moi... j'ai choisi le lac au fond du lac.
Ou bien... le lac "sur" le lac?
Enfin... la lumière. Même au plus profond du noir.

Je vais me préparer le repas, et manger près de l'eau.
Je vais ramasser du bois mort, je sors ma hache, monte ma scie, remplis le réservoir à essence de ma tronçonneuse, démarre mon tracteur forestier, mets 20 secondes à monter mon réchaud de 80 grammes sur la cartouche de gaz de 270 grammes à moitié vide, et à l'allumer.

Damned!!!
Il me manque une scierie portative pour me tailler une allumette...

Demain...
Non. Maintenant. Demain sera demain.

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Posté par Laouenanig à 13:56 - une semaine sur le Westweg. Avril 2007 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Westweg 7 Glaswaldsee (2)

Petit déjeuner en plein soleil. Je traine. Aujourd'hui, je ne marche pas, ou si peu. C'est bon.
Je regarde l'état de mes pieds. La grosse ampoule ne me fait plus souffrir du tout.
Que faire lors de ma prochaine marche?
Momifier mes pieds à l'élasto? Je vous jure.. çà ne respire pas là dessous, pas du tout.
Ne rien mettre? Soit çà passe, soit mes pieds se transforment en une ampoule géante. J'ai testé le premier jour, çà n'a pas empêché les échauffements.

Je suis une pro de la réparation d'ampoules!! génial, je peux appuyer fortement dessus,  rien!
Pour vérifier, je sors de mon sac à dos ma presse hydraulique. Je ne m'en sépare jamais, ainsi que de mon enclume: on ne sait jamais, un oeillet de chaussure à retordre...

Plein soleil, thé chaud... Je regrette presque le gout "spaghetti boisson énergétique fruits de la passion".
Souffrances, privations, bobos, tel est le fruit de la passion?
ou pourquoi pas : thé lait le fruit de la passion?

Le soleil éclaire la forêt sur ma droite... Je peux toucher la lumière.

Les oiseaux viennent à quelques mètres de moi. Tout à l'heure, les 3 canards sont sortis de l'eau, ils étaient à 3m de moi.
Photo? Non, je vis.
Ils reviendront me voir souvent... Paresseuse, je les prendrai en photo, au zoom, rendant flou la jolie cane aux ailes rayées de bleu.

Oui, ici c'est le plus bel endroit du monde.
Enfin... Je sais bien qu'il y a plus beau au monde.
C'est simplement, le plus bel endroit de mon monde.

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Loin de tout, sauvage, quasi inconnu, tout brodé de sapins, ouvert sur le ciel. Rien d'exceptionnel, rien d'hallucinant, rien de grandiose.
Une lumière douce, des ombres voyageuses qui écrivent le lac sur le tronc des sapins.
Des reflets intenses sur l'eau noire, le chant continu des oiseaux, le silence apaisant d'une porte ouverte sur ma cinquième saison, une autre dimension.

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10h14... Le premier promeneur pointe son nez au bord du lac...
Je ne m'en occupe pas. Le soleil est à mes pieds.

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De la cabane où je dors, voilà ce que je vois:

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11h 45. Je vais monter vers le point de vue pour tenter de joindre mes enfants au téléphone. Ils ne m'ont pas eu depuis hier matin.
Je découvrirai ce soir que le téléphone marche aussi près de la cabane, si on sait bien "viser le ciel"...
Avant, je fais lentement le tour du lac.
Venez, je vous emmène...

(pour ceux qui ont lu "octobre2005", vous allez revoir quasiment les mêmes photos, je vous préviens!!)

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En grimpant vers le croisement nommé Seebene, je croise 4 randonneurs lourdement chargés. Matelas mousses, gamelles, tout pendouille des sacs.
Angoisse: damned!!! ils vont s'installer dans la Hütte à coup sûr! Je dors où?
Pff, je les pousserai, noméo!!

Car je n'ai pas laissé matelas, sac de couchage et sac à dos dans la cabane, logique. On est le week end, et je sais que ma journée pause/méditation au bord du lac devra me demander un certain effort: oublier le bruit et le passage de ceux qui comme par hasard auront choisi de poser leurs fesses à 50cm des miennes...

J'ai caché eau, et vêtements entre des rochers. Mais pas le sac, faut pas pousser. Le porter dans la côte ne me gène pas, même avec matelas, sac de couchage et bouffe, et le résultat est le même: la cabane est vide, disponible, que tout çà soit caché ou sur mon dos.

Je  passe mon coup de téléphone, et je fais un crochet par mon point de vue caché. De là, je pense au Feldsee qui lui ressemble tant, en plus monumental, mais qui n'arrivera jamais à me toucher pile poil là, là où çà fait pas mal, là où çà AIME. (vraiment).

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Tit coup de zoom:

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Rassurez vous: vous allez échapper aux tirades lyriques sur le lac, aux grandes envolées poétiques à grand coup de mots qui déchirent.
Ceux qui m'ont lu en octobre/novembre 2005 respirent...
Je pourrais vous en faire un roman mais je m'abstient, seul le silence est beau.
Euh... Je crois bien que j'en ai fait un de roman... Faut que je cherche... Ah oui, il est là!!!

Je viens de feuilleter quelques pages... Wow, çà me fait toujours bizarre. Fou ce que la douleur sonne bien dans les mots. Je cherchais un passage où seul l'amour pour ce petit coin de forêt se lisait, sans l'empreinte de la douleur dans chaque mot.
J'ai abandonné!
Je crois que je vais passer de longues heure à revoir ce bouquin, pour tenter de le rendre lisible par un éditeur. Désormais, j'ai la force de le réouvrir.
Je sais ce qui demeure en moi, je ne suis pas prête à affronter mes fantômes, car je refuse le mot "affronter". Je ne me bats plus contre ce qui ne s'atteint pas.

Pour l'instant, je cours dans la descente. Comme si c'était nécessaire... Mais j'ai hâte de rejoindre la Hütte, d'y laisser ma trace histoire de dire "moi dodo là cette nuit noméo", et d'aller m'assoir en plein soleil, auprès de l'arbre.
Je m'en doutais... Les 4 gars ont posé les sacs contre les escaliers, déballé matelas sur l'herbe, et se reposent. Je les ai salué quand je les ai croisé, je ne perds pas de temps  pour les présentations.
Laouen, fauve des montagnes déboule dans la cabane, pose son sac, l'ouvre, sort plastique le déroule. Je gonfle le matelas énergiquement, déplie mon sac de couchage. Je cours entre les rochers, ramène l'eau et mon oreiller (mon sac poubelle de fringues).
Et je ressorts... Avec l'impression d'avoir fait pipi contre l'escalier et laissé ma "trace".
Si ils veulent dormir ici, z'avaient qu'à déballer leurs affaires avant. Je partage l'espace, mais j'ai choisi ma place.

Près de l'eau, à 50cm des marcheurs, je lave mes chaussettes au savon d'Alep, et je fais sécher mon caleçon, l'aprem sera chaude, une seule couche de pantalon suffit.
Puis je m'installe armée de mon couteau et de ma saucisse, et j'en croque un bout.

Le plus proche des marcheurs étalés au soleil entame la converse.
Je leur résume mon trajet, et explique, mettant les points sur les "i": j'ai dormi ici cette nuit, je suis montée là haut pour téléphoner.
Moi j'ai 3 bâtons me réponds le type.
Bah moi j'en ai que deux pourrais dire, un dans chaque main, mais j'évite car je ne fais que traduire par "bâtons" le mot allemand qu'il a employé pour parler du réseau téléphonique capté par son portable.
Les 3 autres ne parlent pas, ils semblent se remettre d'un tour du monde en moins de 21h56min de marche.
Je discute semelles et chaussures avec le gars. Neige et montagne aussi. Je ne pige pas tout, mon allemand déclarant forfait.
Le gars me demand: Et vos pieds? Je les lui montre, il ne dit rien: j'ai les pieds de quelqu'un qui a fait ce qu'il dit avoir fait...
Le type affirme sérieusement: avec la neige et la pente, 5km dans la journée çà suffit pour une étape.

pffff... Si il savait, etc...
Parenthèse: Je ne suis rien. Je veux dire par là que je n'ai pas grimpé le K2 en rollers, je n'ai pas sauvé l'humanité en marchant non plus.
J'ai juste souffert terriblement des pieds, en pesant sur le mot "terriblement", et juste aimé pourtant chaque mètre de chemin.

Je pourrais tenter de copiner, mais franchement je n'ai pas envie. Ce n'est pas que je ressente un furieux besoin de solitude (j'ai été seule pas mal de temps il me semble), mais je n'ai pas envie de parler. Soit ils le sentent, soit eux aussi aiment la solitude, car c'est calme ici...
Soudain, ils se rendent compte que l'heure tourne. Une petite faim?

Le "chef" dit au plus jeune (un mome de 16ans à peu près) d'aller ramasser du bois mort.
Je peste... Espace protégé feux interdits etc, ils ont du  lire le panneau. Mais bon, en Avril çà ne risque rien.
Je m'attends à quelque chose de rapide. Ceux qui font du feu emportent certainement des petits cubes pour allumer le barbecue. Du bois sec, des cones de sapins, y en a partout. Il a juste été mouillé des mois par l'hiver et la neige, mais c'est jouable.
Là, le plus costaud des 4 qui montre fièrement ses muscles dans un débardeur échancré, sort une hache de son sac.
Non, je n'exagère pas!! Une hache. Une vraie, qui doit mesurer 40cm, avec une lame costaude.
Euh? Ils n'ont pas assez de petit bois pour préparer le repas?
Je commence à envisager la soirée: feu de camp, et musique. Ils ont un mini djumbe dans le sac, çà va donner!
Le costaud part recouper à la hachette des morceaux de bois morts trouvés à terre. Ouf, il ne s'attaque pas à un sapin sur pied.
Et là, je rigole intérieurement.. La lame rebondit sur le bois, rien n'y fait, il finit par tenter de le casser en deux avec le pied.
Ecroulée de rire, mais gardant un visage imperturbable, je pense: m'enfin!! trainer autant de poids dans leurs sacs à dos!!!
Soit ils font la route sur 600km, et mangent au feu de bois tous les jours, soit ce sont des bouffons.

Et logiquement.. Un marcheur au long court pourra envisager le feu de bois pour éviter d'acheter des cartouches de gaz pour son réchaud qui pèse ...85grammes.. Comparez avec le poids d'une hachette.
Mais si il a de l'expérience, il ne mettra pas 3h à préparer un feu!!
Multipliez par 3, le nombre de repas. Il marche quand le gars?

Celui avec qui j'ai parlé 2minutes sort de son sac une espèce de grosse règle épaisse repliée en 3 partie. Là, il déplie les 3 parties, sort plusieurs lames de scie à dentures plus ou moins épaisses, et entreprend de monter sa scie à main.
J'ai de plus en plus de mal à rester imperturbable... Une scie!!!!!! Avec plusieurs lames. Mais çà doit peser un mort ce truc, ajouté à tout ce qu'ils trainent déjà!
Et bientôt, le pied à coulisse pour  mesurer le diamètre des branches à scier?
Le micromètre?
Le microscope électronique?

Ils sont super équipés: supergodasses, super sacs à dos, le top du top. Mais ils se comportent comme des bouffons, car le feu n'est toujours pas allumé.
Là, le monteur de scie sort du fromage et attaque son repas. Mais il va servir à quoi le feu ai je envie de demander?
Toutes les 6secondes (et 148millièmes) il consulte son téléphone portable.
Face à lui, je me sens comme "un vieux sage",  le Jeune Bouddha en personne, légère, légère... Et surtout NATURELLE. VRAIE.

Il déplie sa carte locale, hésite. Je m'étrangle avec ma saucisse. Durant toute ma marche, même au plus fort de la tourmente, je n'ai jamais mis plus d'une seconde pour trouver le point exact où je me situais.
Un regard vers sa montre GPS. Il cite 2 nombres, et enfin trouve le lac sur la carte, pourtant à une échelle correcte.

Si c'est une tentative pour "en foutre plein les yeux à Laouen", c'est totalement raté!!
Car j'ai plus envie de me foutre de sa gueule, mais alors gravement, que de lui dire "wahhhhh, comme vous êtes des pros, avec tout votre matos".....
Tain'.. Comment ai je pu  parcourir le Westweg, dont un jour avec visibilité nulle, sans boussole ni GPS?
Attention: la boussole, le GPS, je suis d'accord pour les randos en haute montagne, en hors piste total, etc.. Ici, j'ai fait du hors sentier en 2005, arrivant après 2h de marche à 50m exactement de l'endroit désiré. Sans boussole. Juste en regardant le soleil, ma carte, en réfléchissant d'après les lignes topo.
Cette année, j'ai suivi les sentiers, mais mes cartes ne se chevauchaient pas, j'avais des "blancs", comment m'en suis je sortie?
Comment ai je survécu sans GPS à l'enfer blanc du Felserweg?

Fatiguée de leurs efforts pour allumer le feu, je me lève, prend mon cahier, laisse toutes mes affaires dans la cabane, et file vers l'Arbre, vers le grand soleil sur la microscopique plage.

Je coupe le message en deux pour vous faciliter la lecture... La suite dans le post plus haut, logique

La suite du récit en cliquant sur "ici".



Posté par Laouenanig à 13:23 - une semaine sur le Westweg. Avril 2007 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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