09 avril 2007
Westweg...
Une pause dans votre lecture?
- 2 degrés
Mercredi 4 Avril 2007
Vent de Nord Est violent
Sensation : -5, -8, je ne cherche pas à évaluer...
La suite du récit en cliquant sur "ici"
Westweg 3 Büchereck - quelque part au milieu du blanc
Jour2.
Pas possible de décoller avant 7h30 je crois bien, car il fait trop sombre, et le brouillard et trop dense, et il fait trop froid, et zut!! j'avais pas envie de marcher à la lampe. Pas de compte à rendre, même pas à moi même.
Je vais enfin marcher jusqu'à un endroit particulier du Westweg, là où je voulais dormir hier soir. km 60.
17ans que j'attends ce moment, je vous expliquerai à la fin.
Le froid est vraiment terrible. Mais j'évite de marcher avec ma veste imperméable soit disant respirante. J'ai testé: je nage dedans 5min après.
Je pars vêtue comme hier, la pente de l'Horniskopf me réchauffera. J'avais eu raison de m'arrêter: toutes les cabanes rencontrées seront fermées.
Aïe, bobo
Aïe, bobo...
çà ne s'arrange pas côté pieds.
Mais toujours curieusement, j'aime grimper, et je sens mes muscles qui hurlent de désir: quand est ce qu'on accélère?
Bah.. Pas possible.
Mes cuisses et mes mollets protestent.
Ils vont souffrir bientôt, quand la neige remplacera le terreau mouillé.
Etrange sérénité.
Je traverse une des parties la moins touristique du Westweg, avec des vues à couper le souffle, et je ne vois rien.
Mais alors rien...
Et pourtant, la Forêt Noire reste lumineuse. Lumineuse à y rêver, en gardant une allure régulière: s'arrêter par un froid pareil, c'est risquer la crève.
Je fais une halte dans une maison isolée qui fait bar/dodo pour les marcheurs: je bois un thé sucré, et mange une espèce de grosse tranche de boudin gras, et du pâté très gras. C'est divin. Pour la première fois de ma vie, je vais manger la couche de graisse autour, me tartinant du pain complet avec, et un peu de moutarde pour faire passer.
La bruine se transforme en bruine verglaçante, le sol se couvre de petits éclats de glace. Je suis de plus en plus sereine.
Parenthèse:
On entends souvent, ou on lit souvent:
Je me suis battu contre les éléments.. J'ai vaincu le froid, la chaleur, l'envie de faire pipi, n'importe quoi...
ON NE SE BAT PAS CONTRE LES ELEMENTS
ON LES SUBIT, ON LES GERE, ON ASSUME, ON FAIT AVEC, OK?
Le froid, le soleil, la neige, tout çà c'est plus fort que toi. Il faut penser à tout, ou du moins au maximum, se préparer à certaines éventualités, réagir en conséquence, savoir évoluer en fonction de l'évolution des éléments.
Car les éléments évoluent plus vite que toi!!
Ce ne sont pas des paroles tirées de "la sagesse par Laouen en 5 volumes", ce sont des paroles qui se basent sur des faits.
Et on ne sait jamais tout, on n'est jamais prêt à tout, car "tout" peut toujours vous surprendre.
Ici, une surprise n'est peut être pas fatale, même si le téléphone ne passe pas, il y a de la vie autour, un être humain tous les... euh... 10km de sentier? Non, pire...
Mais en altitude, la vraie, celle qui tue aussi vite que tu allumes ta télé, faut réfléchir vite, bien, et surtout réfléchir AVANT à tout ce qui peut se passer.
Fin de la parenthèse, que je réouvrirai plus tard...
Pour l'instant, les éléments s'amusent, et Laouen prend son pied (elle en hurle de douleur d'ailleurs).
Mais JAMAIS la douleur ne m'a empêchée d'apprécier ce que je voyais.
En surface, et en profondeur.
J'arrive sur les premiers mètres de sentier enneigé.
Constat douloureux: avec le froid, ce n'est pas de la neige, mais de la neige gelée. Avec de nombreuses traces de pas qui ont transformé le sentier en tole ondulée dure comme de la.. glace.
Quand je rencontre de la neige souple, je marche dedans, çà fait moins mal.
Le brouillard est dense. Par exemple, je vais passer au pied d'une éolienne sans en voir le haut!!!
Entre parenthèse, les Allemands ont des éoliennes vraiment silencieuses, comparées à celles du Finistère...
Le brouillard est dense, et la lumière danse... Envahit tout l'espace. Pour certains, ce serait lugubre, je trouve cela impressionnant de beauté.
Voici quelques photos. Toujours pas commencé mon album. Mon appareil déclare forfait, il fait du flou, et encore du flou, et pas question d'utiliser le flash qui gâche la lumière vraie.
Vielle plaque émaillée du Westweg. Et oui! il commence en Mer du Nord et file jusqu'en Suisse ce sentier!!
Martinskapelle, c'est le coin que je voulais voir depuis 17ans.
Par pitié, ne tapez pas sur Google, laissez moi arriver à cet endroit du récit, et vous expliquer.
Même aujourd'hui, elle n'était pas Noire...
Qui a dit: on ne voit rien la photo est ratée? C'est EXACTEMENT ce que je voyais!!
Il gèle? Non, c'est une impression...
??? Je vous explique:
Ce "sentier" mène au Blindensee, un microscopique lac (je fais un détour) inclus dans un "espace naturel protégé". altitude 990m.
Il est interdit de marcher hors des planches. D'abord, c'est mou, terriblement tourbeux, marécageux, mais bon, du côté de Brocéliande y a pire!!
Mais surtout, la nature a du mal à survivre dans ce coin là, alors on la laisse pousser.
Marcher sur ces planches pendant un kilomètre, c'est génial: il faut oublier les bâtons car ils se plantent entre les planches, et surtout çà glisse!!!
Superbe endroit, brouillard entre ciel et eau.
Bûches sous la neige... Le parcours ne manquait pas d'embuches d'ailleurs
Le Westweg, quelque part, à 1100m. Avril 2007 je précise: année SANS neige.
Le flou, ce n'est pas l'appareil, c'est le brouillard.
Mais il reste la lumière inouïe, irréelle...
Si réelle pourtant!
Et il y a Martinskapelle...
Une minuscule chapelle, à un peu plus de 1100m d'altitude. Je souris.
C'est idiot, ces idées qui font avancer...
Il y a 17ans, je rêvais d'un grand voyage (en voiture), au départ d'ici exactement. Je ne vous en dis pas plus, attendez juste quelques lignes... A travers les pays de l'Est, car le mur de Berlin était encore là, et les visas nombreux et obligatoires.
Depuis, des pays ont changé de noms, ont éclaté, se sont libérés.
Martinskapelle, et ce qu'il y a derrière, à 500m.. Rien n'a changé. Juste une plaque commémotative avec des noms de pays qui n'existent plus...
Je descends la route de bitume, je boite atrocement. Une famille de touristes arrive en voiture, et me regardent comme on regarde quelqu'un qui sort de la forêt amazonienne après 6 mois d'errances...
J'entre dans le petit "mémorial naturel" (naturdenkmal en allemand), jalonné de plaques expliquant pourquoi ce lieu est exceptionnel, enfin, du moins, remarquable au sens géographique du terme. Je descend le chemin casse goule, et je vois ceci:
Une barrière en bois, une pierre droite en travers, un éboulis de roches, et de sous la montagne, un mince filet d'eau qui coule, qui crée un minuscule ruisseau, appelé "Die Breg".
J'ai toujours le gros sac sur le dos. Je descends jusqu'à la source, et je pose un pied d'un côté du filet d'eau, et un autre de l'autre...
Là, j'enlève mes gants, et je bois, un peu de chaque main, avant de les remettre.
C'est froid, c'est de l'eau... toute simple.
Je regarde mon reflet dans l'eau claire, intimidée.
En ce moment, j'enjambe le Danube...
Parenthèse émotion:
Impossible de vous expliquer mon émotion.
J'avais décidé, il y a 17ans de parcourir l'Europe de l'Est, de cet endroit là jusqu'à l'immense delta du Danube, 2888km plus loin, en Mer Noire. Traversant à l 'époque 8 pays, bien plus maintenant!!
Mais, cette année là j'avais acheté une maison, et renoncé à ce voyage, avec chance: des inondations terribles avaient fait de nombreux morts et des dégats importants tout le long du fleuve...
J'ai toujours gardé au fond de moi cette idée de voyage, qui m'aurait mené d'Allemagne à Vienne, de Prague à Budapest, de Bulgarie jusqu'en Union Soviétique, passant par la Roumanie, la Yougoslavie...
Cette année là, c'était aussi le début du séisme qui allait bouleverser l'Europe de l'Est et faire exploser ces pays, la guerre allait ravager la Yougoslavie.
Et en partant en Allemagne cette année (j'en parle d'ailleurs dans mon roman écrit l'an dernier), je pensais à cette source. Il me fallait la voir. Non que cette époque passée (17ans) me soit chère, simplement comme çà, une émotion pure.
Je crois bien que j'ai supporté la douleur pour cet instant là, ce jour de froid intense.
Un instant intense, que je n'ai pu prolonger à cause du froid.
Mais le fleuve sera toujours là... j'y retournerai, le montrer à mes enfants.
Parenthèse géographique:
Je vais taper ces lignes sans avoir vérifié sur Google, excusez si je me plante...
Voici le panneau qui résume un peu la situation, et sa traduction approximative:
Bref, c'est à cet endroit précis hyper important que jaillit la source du plus long fleuve du vieux continent (euh, en fait y a la Volga qui fait mieux mais c'est hyper à l''Est), à travers 8 pays, de la Forêt Noire jusqu'en Mer Noire, à travers la République Fédérale d'Allemagne (n'existe plus en tant que telle à l'époque), l'Autriche, la Tchécoslovaquie (n'existe plus), la Hongrie, La Yougoslavie (non plus), la Roumanie, la Bulgarie, et l'Union Soviétique (bah fini aussi).
Le Danube mesure 2888km, et a un débit proprement hallucinant.
La source se situe à 1078m.
Par contre, sur certains sites, si vous cherchez, on vous situera la source plus loin, dans la ville de Donaueschingen (c'est plus chic que la montagne de Martinskapelle), là où officiellement le Danube devient Danube, enfin, Donau en Allemand.
Le Danube nait de l'union de 2 rivières: la Breg, et la Brigach; et de plein de petits ruisseaux qui les alimentent. Pas mal d'eau souterraine aussi se rajoute à cette union, pour surgir en une "fausse source" dans la ville de Donaueschingen.
La Breg a le parcours le plus long (des 2 rivières), sa source est donc officiellement source du Danube.
Je n'admettrai aucune protestation noméo!!
Vérifiez vous même, vous verrez...
Fin de la parenthèse...
Je vais continuer à marcher, à me trainer, dans la neige, sur le bitume, le froid tombe de plus en plus...
Tout à l'heure, à 14h, j'ai croisé un thermomètre sur une maison isolée: il faisait -2 degrés!!!
Une Hütte!!
Elle est cadenassée.
Sur ma carte, aucune Hütte de prévue pour les kilomètres à venir.
Je n'arrive vraiment plus à poser un pied devant l'autre... Je ne calcule pas les kilomètres, çà doit être ridicule, 30-32.
2.4km plus loin, une route, et une auberge c'est indiqué sur la carte. Plus de neige ou quasiment plus par contre, mais de plus en plus froid.
Je vais les parcourir en serrant les dents, et en plus c'est du bitume!!!
Je pousse la porte de l'auberge. Il fait chaud. Du sol jusqu'au mur, un "poêle allemand", carrelé.
Un vieux couple tient l'auberge, ils n'avaient assurément pas prévu de voir quelqu'un ce soir. Je demande une chambre. La dame, à l'air grave, me regarde lentement de haut en bas, et me dit oui.
Elle me dit de m'assoir pour remplir le papier donné à tout touriste dormant dans un hotel. Là, d'autorité, elle me met le papier sous le nez, un stylo, et.. un verre plein à ras bord d'alcool local.
Intérieurement, je souris... Je ne bois JAMAIS. Je ne supporte pas l'alcool, tombe raide ivre dès la première goutte.
Là, je vais vider siroter le verre. C'est divinement parfumé, pas arrache gueule.
Et je n'aurais même pas la tête qui tourne...
Rien ne remonte autant celui qui vient de souffrir du froid que çà je crois bien!!!
La dame me dit: je vous mène à la chambre.
Avant, j'enlève mes chaussures déjà essuyées, mais la neige ce n'est pas sale, c'est juste mouillé.
La dame me les prends, les bourre de journal. Inutile, puisque le Goretex les a gardé sèches à l'intérieur, et les mets près de la douce chaleur du poêle.
La chambre est vieillotte, mais chaude et confortable. J'ôte mon pantalon sale, me couche pliée en deux de douleur, comme hier. Ensuite, je me traine vers le lavabo, lave le bas de mon pantalon, et découvre mon visage, rouge, fatigué, mais heureux!!!
Photo prise dans la glace, avec le reflet qui fausse la lumière:
Une bonne douche, le pantalon sèche, je mets mes habits de rechange et descend diner. Je suis dans une auberge, je ne vais pas pousser le vice à me faire du bolino non?
Je n'ai pas vu l'heure, il est 20h45 et mes hôtes n'ont pas prévu de faire resto ce soir. Monsieur finit son assiette, en jouant aux echecs électroniques.
Je demande: euh? manger c'est possible?
Oui, mais ce qu'il y a me répond la dame, logique...
Elle me propose des spaghetti bolognaises cuits dans de la boisson énergétique fruits de la passion avec une sauce maison à base de tomate, champignons, jambon sec revenu.. C'est typiquement non-allemand (sauf la sauce), mais c'est très bon.
Je m'installe sur une table du resto. Là, monsieur se lève, il avait le dos contre le poêle géant, et me dit: venez là à ma place.
Non, pas là, c'est ici le plus chaud me dit la dame en me montrant l'endroit exact.
Le monsieur parle très bien français. Il adore plonger dans les lacs, faire de la moto.
Il me parle des Vosges... C'est magnifique dit il, les yeux émerveillés...
Je manque m'étrangler avec mes spaghetti... Oh oui je réponds... Un drôle de silence coincé entre les mots... Seule moi le comprend.
Nous parlons plongée, et il me montre ce qu'il a trouvé dans le Titisee, l'énorme lac un peu plus bas, avant les pentes du Feldberg.
On y navigue dessus!! une horreur... Super méga touristique. Les touristes y jettent des trucs récupérés dans les hôtels: du genre bol de l'hôtel Titisee.. Que de souvenirs récupérés, c'est génial!
Il me montre des pièces plus anciennes, et me fait littéralement baver: il y a un avion allemand abattu dans le lac, soit disant. Le lac est si noir, et si vaseux que les plongeurs ne l'ont jamais trouvé!
Justement, en parlant de lac noir.. Je commence mon récit: blablabla.. Glaswaldsee, le plus bel endroit du monde, je suis partie de là, je vais jusqu'au Feldberg, et j'y retourne etc..
Là, le monsieur sourit: vous connaissez le Glaswaldsee??? C'est dingue!!
Ce lac là, pour le trouver, il faut insister! J'ai du tourner, tourner, en moto... Il est loin de tout, pas sur la plupart des cartes, une merveille!
Il rajoute: si je demande ici, à tout le coin entier, si quelqu'un le connait, j'aurais peut être 2 ou 3 "ja" maxi... Pourtant, ce n'est pas si loin que çà (en voiture)...
Et nous parlons du froid... Fou ce changement de température, hier il faisait si bon en journée!
Il me raconte: l'hiver a été sans neige, tardive et peu importante. Quelle chance pour moi je pense...
L'an dernier, année record, il a du déneiger le toit de son hôtel 5 fois dans l'hiver!! Sinon boum crac le toit.
Et la neige gèle, ici on déneige à la tronçonneuse!!!
Il précise: rien que pour déneiger le périmètre de la maison et autour, 300l d'essence l'hiver dernier. Et rajoute: entre novembre et mi avril, pas un jour en dessus de zéro degré, c'est un hiver normal. On a eu jusqu'à 6 mètres de neige derrière la maison (au nord).
Je monte me coucher, avec un étrange regret: je tenais à dormir toute la semaine dans les bois. Mais il n'y avait vraiment pas de cabane, et à ces températures, même si j'avais trouvé un abri ouvert, pas équipée comme une pro, c'était risquer sa vie.
Ce n'est pas pour rien qu'un des coin d'à côté se nomme Kalte Herberge (l'auberge froide!!!)...
J'entre dans mon lit: mon regret ne dure pas longtemps...
Demain le Feldberg...
Jour blanc, jour de souffrance, jour merveilleux.
Suite du récit en cliquant sur "ici"
Westweg 2: Glaswaldsee - Büchereck
Premier jour de marche. Enfin, je crois. Peut être. Oui, surement.... Qu'importe après tout?
Quand ai je commencé à marcher?
Quand cela finira t'il?
Tant que je vivrai...
Où en étais je? Quelque part, sur le Westweg. Au Sud du Glaswaldsee. Et mes pieds me font déjà souffrir. Quand au genou, il ne tient absolument pas les descentes.
Je ne regrette pas d'avoir pris mes chaussures neuves, logique pour la neige. Mais si j'avais pu emporter aussi les vieilles...
Impossible. Mouillées (elles ne sont pas Goretex), elles doivent peser 2kg et ne sèchent que très difficilement.
Plus de place dans le sac, et le poids du sac aurait été insoutenable.
Parenthèse matos:
Mon sac, vu que je passe une semaine en autonomie en traversant seulement 2 villages, est un gros sac de 65l, lourd même vide.
J'ai choisi de tout mettre dedans, alors que certains randonneurs prennent du 35-40l en attachant matelas et sac de couchage par les sangles.
En Avril, et avec les risques météo, c'est un choix qui s'avèrera le bon.
Un sac de 65l, pour vous expliquer, çà descend jusqu'au coccyx, et çà dépasse de la tête quand on mesure 1m62, même avec un dos réglable.
Un sac de bonne marque (Deuter par exemple, le top du top) coute très cher.
J'ai acheté le mien 46 euros sur eBay!! (neuf je précise).
Il est plein de sangles, a une ouverture sympa par le bas qui permet d'acceder à ce qui est au fond sans tout vider. Mais on apprend vite à faire son sac pour n'avoir jamais à acceder au fond en pleine journée!!
2 points faibles: - rien de prévu pour la poche à eau (je marche avec une poche camelback de vélo, et j'ai un tuyau avec pipette pour boire.
- la sangle ventrale a une fâcheuse tendance à s'ouvrir, sous l'effort, mais c'est rare.
Bref, pour 46 euros, je ne risquais rien!
Le premier jour mon dos va terriblement souffrir: eau, nourriture, çà pèse. Peu à peu, mon dos va se faire au sac, et bientôt j'oublierai son poids. Pourtant, vous le verrez par la suite, je ne partirai jamais sans mini 2 litres et demi d'eau, après ce qui m'est arrivé le premier soir (faute de débutante; et circonstances qui ont fait que etc..).
Côté chaussures: là, j'ai choisi du costaud. Hanwag, marque allemande réputée pour sa solidité, et pas forcément pour sa souplesse!
Du garanti pour "marche longue distance, sur plusieurs jours, avec sac à dos chargé, et dénivelé sérieux.
Bonne godasses, j'ai béni le Goretex un peu plus tard.
Mais:
Je souffre depuis toujours d'échauffements plantaires aggravés, que RIEN n'apaise.
J'ai testé: crèmes, chaussettes techniques, élastoplast, semelles faites par un podologue du sport.
Le seul truc: l'eau froide, à profusion, çà me calme pour une heure, si l'échauffement n'a pas passé le cap du non retour. Et là, il l'a passé!
Toute la plante de mes pieds va rester une semaine (et encore maintenant) rouge vif, et gonflée.
Mes talons eux, seront ampoulés, un vrai bonheur.
J'en profite vu que pas mal de monde débarque ici: si quelqu'un a un truc contre les échauffements, je teste.
Je précise: je ne transpire pas des pieds, juste ils s'échauffent.
Dans mes vieilles godasses, mes pieds respiraient, et prenaient l'eau (non les sentiers ne sont pas pourris en Bretagne, non..)
Ce qui limitait fortement les échauffements.
J'ai du abandonner la course à pied sur longue distance, ne pouvant plus courir après le 10eme km environ! Sauf sur sentier très humide où çà passait à peu près sur 15km. Après, c'est avec le moral qu'on avance, il faut apprendre à supporter la douleur.
J'ai beau déserrer les lacets, rien n'y fait. Régulièrement, je sors mes pieds, les masse pour faire circuler le sang, mais çà empire d'heure en heure.
Je me rends compte assez brutalement que ma semaine de marche est foutue, je ne ferai jamais le kilométrage prévu. Mais chaque jour je veux marcher jusqu'à en tomber de douleur.
Ici, l'altitude n'est pas énorme, mais les pentes s'ajoutent les unes aux autres. Bien souvent le Westweg descend à moins de 500m, pour remonter brutalement à 800 ou 900m.
Avec le sac, et les pieds, çà use...
Mais chose étonnante: je souffre beaucoup moins dans les côtes que dans les descentes, où le pied appuie plus fort, et où ma tendinite m'handicape terriblement.
Et surtout: je ne supporte pas, mais alors même pas 10 mètres, de marcher sur le bitume. Heureusement, à part la traversée de Hausach, aucun village de prévu. Mais il y a parfois de longues parties de chemin forestier, apte à la circulation des camions de bois, durs comme du bitume, et parfois recouverts de petits graviers pointus qui hmmmm.. atroce.
Il fait très très beau, et bientôt me voilà en tee shirt long, adieu polaire et veste thermique. Je ne teste pas le tee shirt court avec le mégasac lourd, pour éviter les mégabobos aux épaules, faut pas pousser.
Je vais croiser des sources, de l'eau, des Hütte ouvertes, avec des robinets, mais trop tôt pour la halte, et j'ai encore pas mal d'eau en réserve.
Mais je suis conne, conne...
J'ai prévu d'aller assez loin, 50 ou 60km environ, et de faire le plein de flotte par là bas. Alors je laisse couler... enfin, je veux dire: je bois.
Je n'ai qu'un fond d'eau dans une petite bouteille, et ma poche à eau encore bien remplie de boisson énergétique "endurance" gout "fruits de la passion" (tu parles!!).
Vous parler de ce que j'ai vu?
Citer des noms de montagnes, comme le Großer Hundkopf ( ce nom me fait rire, en fait, c'est "grosse tête de chien") ne vous montrera pas ce que j'ai vu, ni les photos d'ailleurs...
Chacun voit ce qu'il veut voir...
Chacun décide aussi de s'arrêter quand il le désire.
Et aussi, quand il le peut: il me faut une Hütte ouverte, pas une privée cadenassée. Ma carte ne fait pas la différence entre les deux, aucune carte ne la fait d'ailleurs.
Je signale, pour ceux qui passeraient ici par hasard avant de marcher sur le Westweg, qu'il existe une Hütte ouverte absolument incroyable, sur les hauteurs avant d'entamer la folle et très très douloureuse pour mon genou et mes pieds descente vers Hausach.
C'est la Spitzfelsenhütte. Un pic rocheux, une minuscule cabane de bois perchée en haut, on se sait comment. Une vue incroyable: montagnes à perte de vue, et la ville en bas, et surtout, oui, surtout, une Hütte avec une porte!!!
Y dormir n'est pas évident vu la taille, la table et les bancs, mais c'est jouable. Et vraiment, la traversée de Hausach est longue, longue... 3 longs km de bitume atroce, la pire partie du Westweg quand on aime la forêt. La ville est pourtant très agréable.
Trop tôt pour la halte.. J'oublie complètement le problème de l'eau, mais j'envisage encore 25km de marche.
Les 3 km de bitume me mettent à genoux. Je n'avance plus du tout, et ce qui se présente maintenant est plutôt indigeste. Hausach se situe à très faible altitude, moins de 300m, et quand je reprend le sentier, en montant vers les ruines du château, ce sont des volées d'escaliers, remplacées ensuite par des lacets dans la forêt pour tenter de casser la pente.
Tout irait bien (enfin, si on veut), si çà ne redescendait pas aussitôt!!
Après le Kreuzberg et le Winterberg, le Westweg redescend vers 460m environ, avant d'attaquer les pentes du Farrenkopf à 788m.
Soit 330m de dénivelé, à se taper en 1,5km exactement.
Calculez vous même, çà fait du 22%, avec un début à un peu moins, et certainement plus sur le dernier kilo.
Rien d'affolant pour mes muscles, c'est çà le pire!
Mon corps va bien, mes muscles répondent, ce sont mes pieds qui n'en peuvent plus du tout. Au plus les jours vont passer au plus j'aurai mal aux pieds, mais au moins je serai fatiguée, ce qui me désole.
Sans sac, aurais je eu aussi mal aux pieds? Qui pourrait le dire...
En octobre 2005 j'avais passé une semaine ici, avec mes vieilles chaussures, un peu moins abimées que maintenant! Le soir, dormant chez l'habitant, je les faisait secher, et lavais mes chaussettes dégueu de boue et de flotte. Mon sac, prévu pour la journée, était lourd car j'emportais même un litre de lait frais, mais rien à voir avec celui ci. Je faisais 30km/j à vive allure car je pouvais laisser parler mes muscles, en faisant de très fréquentes pauses photo.
Là, je fais aussi des poses photos. Je m''assieds 5 à 10min par heure et délace mes chaussures. Mais rien n'y fait.
L'heure tourne, je pourrais encore marcher 2 ou 3 heures maxi, mais je ne peux plus du tout!
J'ai marché 40km à peu près, piétiné pas mal, pas encore digéré ma nuit quasi blanche et mon voyage en train. Plus tard, malgré les nuits très courtes, tout ira bien côté forme.
Là, par exemple, je tape et je suis bien, et pourtant j'ai du dormir moins de 10h en 3 nuits.
En haut du Farrenkopf, une superbe Hütte ouverte, mais occupée par un groupe d'ados encadrés d'adultes.
Je commence à comprendre que trouver une cabane ouverte pour y dormir sera peut être difficile, et je n'en peux vraiment plus.
Vont s'enchainer 2 cabanes, et ensuite je change de carte, avec un passage sans carte. Délicat... La nouvelle carte est d'un autre éditeur, et pas franchement évidente pour répertorier les cabanes.
Si je me trouve à la nuit devant une Hütte cadenassée, je fais quoi?
En bon état, je marche à la frontale jusqu'à celle d'après, qui peut être à 10km!
Mais là, la douleur est devenue intolérable.
L'Horniskopf et sa pente est en vue, avec une cabane, mais entre les deux, à plus faible altitude, 620m environ, la Büchereck Hütte.
Je me dis: si elle est ok... Sinon je grimpe encore.
Je me traine, arrive en vue de la Hütte à la limite des larmes. Elle est grande, équipée de fenêtres fermées, mais sans porte.
Qu'importe dis je!! Je craque. Vaut mieux tenir que courir!!! Et la suite me donnera raison: sinon, j'aurais dormi dehors. Pas une seule Hütte ouverte, et la première habitation isolée, qui fait chambre d'hôte, à 12km.
2h à bloc.
Impossible dans mon état, car je me traine à 2 KM/H!!!
La Hütte est décorée de tableaux, pas beaux, mais décorée!! Et il y a un balai pour nettoyer le sol, c'est adorable... Elle est immense, une vraie maison. Il manque juste une porte :-))))
Tout autour de moi, le ciel s'assombrit. J'entends le tonnerre. Et je me dis: tu as pris la bonne décision. Marcher sous l'orage, pas question.
J'étale mon plastique, je sors matelas et sac de couchage. Tout va étrangement plus vite.
Là, je me couche une heure, crispée par la douleur, il doit être 18h, je ne sais même plus. P'tain... Arrêter sa première étape à 18h! Bon ok, je marche depuis 6h du mat, mais quand même! En enlevant les pauses, ma moyenne est ridicule, et...
Et MERDE.
Je ne fais pas la course, je marche.
Une heure après, je me lève péniblement, et attaque le montage du réchaud. Grande première pour moi, j'ai toujours mangé froid en rando.
J'ai suivi les conseils des randonneurs expérimentés qui en ont ras le bol de se faire arnaquer:
J'ai évité les plats lyophilisé à 6euros le sachet de 80g, bien caloriques, mais pas bon.
A la place, j'ai acheté, toujours sur conseil, des Bolino, que j'ai vidé chacun dans du film étirable doublé. Poids de l'emballage: 0.
Encombrement mini.
Je monte le Pocket Rocket, Je prépare ma gamelle: une assiette pour manger, une assiette un peu plus haute pour faire chauffer l'eau et une tasse plastique.
Et là, je tombe sur le cul...
NON DE DIEU DE B DE M QUELLE CONNE MAIS QUELLE CONNE!!!!!
J'avais prévu de faire le plein d'eau plus loin, mais je ne suis pas "plus loin", je suis ici!!
Et ici, et d'ailleurs depuis un bon moment, je n'ai pas croisé une source qui faisait du stop.
Point de neige non plus.
Je fais quoi????
J'ai au menu: soupe Royco ( 20cl d'eau), Spaghetti bolognaises Bolino ( pas mal de flotte), et semoule de couscous à rajouter. Faut des calories le soir, car le midi je ne mange qu'un bout de saucisse sèche et une part de gateau énergétique (pour éviter l'hypoglycémie de l'aprem).
Je voulais boire aussi une tisane, comme tous les soirs... Déjà hier j'ai bouffé froid, je me vois mal manger encore de la saucisse et du gâteau ce soir.
Il me reste... 15cl d'eau environ.
J''allume le réchaud, çà marche du tonnerre ce truc!! Je l'ai emmené sans emballage, dans du papier bulle, coincé dans ma tasse plastique enfermé dans ma gamelle alu, je suis déjà une pro du gain de poids!
Je fais chauffer les 15cl de flotte, et je mange ma soupe. Trop épaisse, çà fait un peu bouillie, mais çà va.
Arrive le moment du choix terrible...
1) Saucisse gâteau
2) Rien
3) Bolino cru, non c'est pas possible
Je choisis la 4eme solution, celle qui va vous faire hurler de rire, et faire hurler de rire tous les randonneurs expérimentés qui arriveront ici. D'ailleurs, j'irai poster ce passage sur le forum MUL que je fréquente, catégorie "j'ai testé pour vous".
J'avoue, je suis conne... Pas honte, j'assume..
Ce n'est pas totalement de ma faute, un concours de circonstances: ne pas avoir fait le plein trop tôt pour ne pas me charger, plus d'eau à dispo sur la suite, et étape écourtée.
Bref, je vais tester une grande première:
Faire cuire mon Bolino, mes spaghetti bolognaises, à la "boisson énergétique Décathlon endurance gout fruits de la passion".
Moment de silence...
C'est bon? Vous êtes remontés sur votre chaise après être tombés? Pas trop mal?
Continuez à rire:
Ce soir là, j'avais comme une légère perte de moral (à peine...), et bien, ce truc là m'a regonflée à bloc!
Je me suis régalée à l'avance de ce que j'allais raconter (pas de ce que j'allais manger).
Résultat?
Atroce... Mais je n'ai quasiment rien avalé depuis dimanche soir. Je précise, nous sommes mardi soir.
Alors je mange. C'est étonnant, pour ne pas dire détonnant.
Gout étrange, mélange de trop salé (j'ai mis un minimum de flotte), et d'hyper sucré, de trucs mous (la semoule) et de spaghetti mal cuits.
Car dans un Bolino, on referme le couvercle, là, c'est une assiette. "l'eau" refroidit vite, et çà cuit mal. La prochaine fois je ne prendrais que des trucs genre hachis parmentier.
Je racle mon assiette, la nettoie avec un mouchoir papier, car laver à la boisson énergétique hein..
Je fais une rapide toilette (nan!!!! pas à la boisson sucrée, avec une lingette de train) et je prépare le dodo.
La température est tombée de manière affolante, il fait sombre, le vent redouble et entre par la porte. J'ai souffert cette nuit, alors qu'il faisait plus chaud. Je décide d'employer le plan "grand froid".
2 paires de chaussettes et mon bonnet, comme hier.
les pieds emballés dans la housse imperméable qui sert à recouvrir le sac quand il pleut.
Toujours mes deux tee shirt, ma polaire, une autre polaire, ma veste.
Mon caleçon, mon pantalon, et mon pantalon de K-Way par dessus.
Dehors, çà ne s'arrange pas. Alors, j'ai une idée, peut être idiote: je déplie ma couverture de survie, achetée au rabais dans une trousse de secours de chez Lidl: un bout de plastique ultrafin, d'un côté argenté, de l'autre doré. çà isole (soit disant) et on est facilement repéré par avion au cas où.
Je m'enroule dans la couverture, et j'entre dans le sac, ficelée jusqu'au bout, fermant le sarcophage au maxi.
J'aurais du acheter un drap de soie (sac en soie à mettre dans le sac), mais j'ai découvert le principe du couchage en hiver un peu tard.
Je fais avec le système D.
Il est tôt, il fait encore jour. Face à la porte, contre les pieds de la table (vissée au sol), j'ai chaud.
Il va pleuvoir un peu cette nuit, mais l'orage passera à côté.
C'est peut être incroyable, mais j'ai très bien dormi! Enfin, d'après mes normes perso.
Au matin, j'ouvre un oeil... Bobo dos, c'est dur le sol. J'entends les oiseaux, il devrait faire jour, et pourtant je ne vois que du noir.
A t'on muré la porte pendant la nuit?
J'emmerge... sors la tête complètement du sac, et je découvre en riant que pendant la nuit je me suis mise complètement en travers. Je dormais par terre, à côté du matelas, sous la table. Certainement pour me protéger inconsciemment du vent en rafales.
Jour2. Je jette un oeil dehors, le récupère avant qu'il ne s'envole.. Bruine fine, vent glacial, visibilité 5 mètres.
Wow...
Un thé à la boisson énergétique fruits de la passion, et une tasse de lait en poudre entier à la boisson etc...
C'est presque bon. Moi qui suis allergique au lait en poudre!! Bébé, j'ai du être nourrie au lait Gloria (concentré en boite, une hérésie maintenant) car je vomissais toute poudre de lait.
Avant de vous parler du jour2, qui sera mémorable, je vous récapitule mes menus du jour, çà peut servir à un lecteur.
Je vous donnerai le lien du forum où j'ai trouvé tout çà.
Pour un homme on compte 3000kcal/j. On rajoute 2000 pour l'effort, çà fait 5000: intransportable en autonomie sur une semaine.
On se base donc sur du 3000kcal/j car le poids perdu sera vite repris.
Et on bouffe du calorique!!!
P'tit dej: 150g de muesli au chocolat
40g de lait entier en poudre
Certains boivent de la boisson énergétique sucrée, mois je fais mes pâtes avec alors je bois du thé. :-)))
Midi: 50g de saucisse
Une part de gâteau énergétique. Le banane/choco de chez Overstim est bon, ce qui est rare dans ce genre de produits.
çà se fait à l'avance, se conserve 5j hors frigo, et plus si il gèle... lourd à transporter, mais efficace.
Soir: un sachet de soupe.
Un Bolino (80g)
60g de semoule de couscous
Plus: des barres aux céréales (3/j environ) pour grignoter. Avec le froid, oubliez le régime!
D'ailleurs, j'étais morte de rire en faisant mes achats: enfin, j'achetais du gras, les trucs les plus caloriques possibles!
Petit péché : quelques berlingots de lait concentré sucré Neslé.
des barres de pâte d''amande (génial pour les lipides quand il fait froid)
çà rajoute du poids, mais çà fait du bien au moral.
J'en étais au jour2... Le jour blanc....
Quelques photos, au hasard du premier jour.
Juste pour vous prouver que la Forêt Noire n'est pas noire du tout..
Petite route, vue du haut, qui mène vers une maison isolée.
La Forêt comment? Noire? pfff...
Quelques mètres de Westweg... très noirs non?
Désolée!!! Mais ce magasin était trop beau! J'ai pensé un instant escalader jusqu'au panier géant qui aurait contenu une énorme voiture pour y dormir..
Hausach, seule ville sur 100km, superbe boutique de vannerie.
Euh?
Pas tapeeeeeeeeeer!!!!!
Pub pour une expo Barbie à Offenburg, photographiée à Hausach, courbée en deux de rire (et de douleur)
Je vais commencer à poster mes photos, car sinon je vais saturer le blog. Mais c'est si long...
La suite du récit en cliquant sur "ici"
Westweg Avril 2007 (1)
Lundi de Pâques, 6h30, je me lève. J'ai du éteindre la lumière à 2h du mat, et m'endormir à 4h...
Trop de trucs dans la tête, et les pieds encore très douloureux (j'en ai bien pour une semaine avant que les échauffements ne cessent).
Et j'ai eu très froid!!
Oui, froid! dans une maison à 12 degrés, un vrai lit, des couvertures. Frissons malsains, du genre "état grippal". Va savoir, peut être mon corps qui a tenu jusque là vient de lacher car je suis de retour? Froid, alors que dimanche matin, à 5h45, j'ai eu du mal à allumer mon réchaud à gaz pour le thé tant il faisait froid? (en fait, çà vient surtout je pense des courants d'air vicelards..)
Je suis terriblement frileuse depuis que l'on m'a opérée de la thyroïde. Moi qui me baladait en tee-shirt toute l'année, c'est fini. Et j'ai toujours autant de mal avec l'humidité bretonne. L'opération n'a quasiment rien changé au niveau de mon métabolisme, j'ai toujours tous les symptomes de l'hyperthyroïdie (c'est naturel chez moi), je fais des hypoglycémie sous l'effort car mon métabolisme "digère" bien plus vite que le votre malgré que je doive manger deux fois plus que vous, mais par contre j'ai récupéré cette conséquence logique de l'opération: mégaglagla terrible... Sauf par temps sec, ou je supporte correctement.
Me voilà donc au clavier, un peu plus tôt que prévu.
Conséquence visible du voyage: j'ai retrouvé l'envie d'écrire.
Ici, logiquement, pour vous raconter et laisser une trace écrite de mes pas et émotions.
Et ailleurs: car les deux bouquins que j'ai écrit et qui trainent sur l'étagère parlent d'une fille qui marche. Le premier est un gag, volontairement farfelu, exagéré, déconnant. No problemo.
Mais le deuxième est très sérieux, très précis, puisque c'est le journal intime d'une fille qui vit dans ce coin de Forêt Noire, qui marche sur ces sentiers là, qui tourne en rond, et qui dort... près du lac.
Quand je l'ai écrit, je connaissais très bien les sentiers du coin, mais je n'avais pas d'expérience du bivouac, et de la vie de tous les jours en forêt. J'ai quelques trucs à revoir.
Avant de commencer mon récit, qui ne sera pas forcément dans l'ordre, je tiens à préciser:
Je ne vais écrire QUE çà pendant un moment. Alors si vous, lecteurs, vous ne voulez pas lire le récit d'une marche sur le Westweg, avec parfois des épisodes "opération survie", revenez me lire plus tard, je n'ai pas de carte de pointage je ne vous en voudrais pas!
Au niveau photo, j'en mettrai quelques unes, mais je mettrais la totalité dans différents albums.
LA SEULE CHOSE QUE J AI OUBLIE DANS MON SAC C EST UNE 2EME CARTE MEMOIRE. Je n'ai qu'une 256Mo.
La première a été saturée le 4eme jour. J'étais en plein massif du Feldberg, je n'ai pas fait un détour de 30 bornes pour retourner à Hinterzarten en acheter une, j'ai vidé certaines photos pour en refaire d'autres. N'ayant traversé que 2 villes en une semaine, l'occasion ne s'est pas présentée. Bref, je suis une triple conne.
Mais ma mémoire, la mienne...pas prête de saturer (soupir...)
En attendant de voir les photos qui sont mauvaises (j'ai vu l'appareil à Mélu, je sais désormais que le mien est bon à jeter à la poubelle tant il fait du flou), vous pouvez voir ou revoir mes albums Glaswaldsee-Schwarzwald (4 albums) à droite. Ils ne concernent que le lac, et les 20km de forêt autour, mais j'avais fait plein de photos, et en automne en plus.
Je n'ai rien écrit durant le voyage, uniquement un peu le dernier jour, passé les pieds en éventail au bord du lac. Ni envie, ni vraiment le temps de le faire. Le soir, je restais une bonne heure cassée en deux de douleur (les pieds échauffés gonflés, brulants), et il me fallait m'accrocher aux murs des cabanes pour avancer encore d'un pas après. Préparer son matelas, son sac, son réchaud, remettre tout le reste dans le sac pour tout protéger de l'humidité, çà prend du temps. Et quand j'étais couchée, avec juste le nez qui sortait et encore (sac pour momie) je n'allais pas écrire, logique!
Redon 8h20. TGV pour Paris Montparnasse, çà commence bien: il est plein, j'ai réservé mais je n'ai pas de place. Je vais voyager sur les strapontins entre 2 wagons, avec 3 autres filles qui pestent: "on a payé le même prix"!
Bah oui... Moi, je suis déjà "partie", alors je ne peste pas, bien au dessus de tout çà (même si crotte de crotte hein, on a payé le même prix!!)
Fou ce que les gens font comme aller retours dans un train, étonnant. Moi, à part une pause pipi, je reste assise. En fait, j'ai mal au coeur en train, et çà va être long.
Paris Montparnasse - Paris Gare de l'Est. Quelle chance! la ligne 4 y mène direct, sans changement à Châtelet (la station que je hais copieusement). J'ai vite le rythme, et pas du tout honte avec mon chargement de montagnarde au long cours.
Dans les escaliers du métro, première constatation terrible: mes 90 km en 2 étapes à Brocéliande du week end dernier, je vais les payer très cher. Trop chargée et avec des chaussures hs, ma première vraie longue marche, et première marche chargée, résultat: début de tendinite côté externe du genou droit.
Monter, çà va. Descendre je ne peux pas. Je descend la jambe droite raide. Sur le Westweg, çà va donner. (ce sera même pire que ce que je ne le pensais).
2h quasi à tuer Gare de l'Est. Belle gare d'ailleurs, à côté de Montparnasse qui est une $*€&@# innommable.
Pas du tout de place pour s'assoir, alors je m'assieds directement par terre devant les quais, je sors mon couteau, ma saucisse sèche, et j'attaque le régime rando.
Vous êtes horrifiés? Comment peut on s'assoir par terre dans une gare?
Bah.. c'était à peu près propre, et vu ce que j'allais vivre, j'étais déjà bien au dessus de tout çà (je me répète).
Certains me regardent à la dérobée... Je dénote? Non, dans une gare, il y a de tout. Et ce "tout", je l'observe intensément. Je ne regarde pas, je fais le guet, j'enregistre tout. Regarder la foule c'est passionnant, limite "reportage ethnologique". Dans une gare, çà devient fabuleux.
Train pour Strasbourg, je suis assise, la vie est belle non?
Strasbourg. TER pour Appenweier, ou je dois prendre un train allemand qui dessert tous les petits villages situés sur une ligne droite jusqu'à mon but, une station avant le terminus, 50 min plus loin.
A Strasbourg, impossible d'avoir un billet pour Bad Peterstal, à cause de cette correspondance. C'est beau l'Europe!!! On m'a vendu un billet pour Appenweier, après débrouille toi Laouen!
Première surprise: en Allemagne, il n'y a aucun guichets, que des machines automatiques. Cool pour demander un renseignement!
J'apprendrai aussi que les panneaux papier d'affichage "départs" doivent être lus avec précaution, et même là, certains trains n'existent pas... ??
Par contre, un énorme bon point pour la DB (die Bahn, la SCNF allemande):
1) les trains qui se trainent sur des voies minuscules encaissées entre les montagnes, désservant tous les villages sur la ligne, sont magnifiques. Comme des TER neufs, lumineux, entièrement vitrés, très propres très loin des omnibus abominables qui existaient (existent encore???) en France. Et de certains TER qui circulent encore...
2) Tous les villages de montagne ne sont pas desservis, bien sûr!! Mais si il existe une vallée avec une ligne à peu près droite qui peut s'y encastrer, elle existe.
ET LES TRAINS SONT PLEINS.
Je discuterai au retour avec une Alsacienne à Strasbourg du cas français. Pour cause de rentabilité, en France, uniquement ou presque: des grandes lignes. L'Alsace semble un cas à part, car pression a été faite pour conserver quelques lignes rurales.
L'Alsace est toujours un cas à part :-)) J'adore cette région.
19h30 environ, Bad Peterstal. Ville "de cure" verte, sympa, mais un peu trop villégiature pour citadins le week end. Je descend, les yeux bizarrement brillants. Revoir ce coin, çà me remue, même si ce n'est pas le bout du monde et qu'il me suffisait d'y retourner.
Une vraie route de col de montagne grimpe au croisement du sentier qui mène au lac. Epingles à 180degrés, pente folle, même une voiture puissante souffre. Ensuite, 2.5km de sentier rocailleux, dont 1.5 gros km de pure pente, du genre 20%.
Si je me tape les 7km de lacets sur bitume à pieds, il fera nuit noire bien avant le sentier, et je serai morte de fatigue là haut. Va te taper une étape de 50km le lendemain!!! Le sac est très lourd, logique, c'est le départ (eau pour 2j, bouffe pour 5 jours).
Pas de taxi, pas de carte de téléphone. Un peu la trouille idiote de faire du stop: si çà ne marche pas, je vais me les taper ces bornes!! Et sur cette route (je la connais bien) pas de bas côté pour s'arrêter.
Je tourne en rond 1/4h dans le village, et décide d'entrer dans un bar pour demander un taxi.
Avant de faire un pas vers le premier café venu mon regard découvre 2 personnages qui me font tomber sur le cul.
Dans ce village sympa et accueillant, mais un peu prout prout quand même (y a du fric par là je vous dis), ces deux sont... différents.
Si je voyais débarquer les Rois Mages en personne, au milieu de la Place des Vosges à Paris, ce serait un peu pareil.. Enfin, presque.
Parce ce que ce couple là est royal, mais dans sa tête, pas dans sa tenue!!
La cinquantaine, l'air de ceux qui vivent souvent au grand air, la tenue de baroudeur. Pantalon kaki à poches (copieuse va!) pour la dame, et le même en camouflage pour monsieur. Les cheveux "nature", une bonne tête. Ils s'approchent vers moi, devinant que je ne vais pas passer la nuit sur le trottoir du village.
Pourquoi sont ils hallucinants ces deux là?
Monsieur et Madame ont des laisses dans la main, et au bout des laisses, des animaux.
Monsieur a un chien noir, et... une brebis en laisse.
Madame, une autre brebis.
Ces moutons sont blancs éclatants, dociles.
Je souris en pensant à Nijenn, ex Bluemoon, et à nos discussions sur les moutons parfumés.
Ces deux là ne parfument pas leurs moutons, ils sont natures, loin d'une Marie Antoinette en treillis, mais deux Princes dans leurs têtes, qui se baladent, sous le regard étonné des touristes, et qui saluent les "locaux".
Nous discutons: ce que je vais faire, où je vais dormir ce soir, pas de taxi, de l'argent mais pas de carte de téléphone.
Quelques mots échangés entre eux, et le gars me dit: reste là sur le banc, on repasse dans 1/4 d'heure.
J'en profite pour manger un peu, des pates froides prévues pour ce soir, avant le lyophilisé des jours à venir.
1/4 après les revoilà, comme sur un tapis volant, équipage lumineux.
Suis nous. On te mène.
Je les suis vers la route qui grimpe, ils prennent la première à droite, ouvrent une porte, font entrer les moutons libérés de leurs laisses. Redescendent avec les clés de leur voiture, chargent mon sac, et c'est parti.
Voilà encore un exemple de ce qu'est l'Allemagne (des campagnes, celle des villes je connais mal).
Ils n'ont rien à faire sur cette route là, 15km en gros rien que pour me mener au pied du sentier. Je n'ai pas eu à faire du stop.
Mes pieds me remercient, et intérieurement je me sens immensément forte et heureuse. Des rencontres comme çà çà vous tombe du ciel...
Faut croire peut être que l'on dégageait la même lumière?
Discussion, entrecoupée de mes "Jaaaaaaaaaaaaa, schnee!!!! (neige) Je souris comme une enfant en découvrant 1/2cm de neige dans certains coins sombres.
Je leur parle de mon but, aller jusqu'au Feldberg à pieds, première étape la plus longue possible.
Ohhhhhhhh dis le gars... longue... Tu iras jusqu'à Hausach, au maxi, c'est dur le Westweg. froid, pente etc... (32km).
Je lui parle de mes 60km du samedi d'avant. Ils me situent un peu mieux: fêlée, heureuse, et qui ira "un peu plus loin que Hausach".
Si ils avaient su, pour les chaussures neuves, la tendinite, et les échauffements plantaires, ils auraient dit: tu feras 15km maxi.
Mais même moi je n'avais AUCUNE idée de ce qu'était les douleurs plantaires avant cette première étape. Et pourtant, j'avais souffert d'échauffements lors de courses cyclistes de 6h, souffrir à en pleurer. Ce n'était RIEN.
Viele danke... je me perds en remerciement. Besoin de quelque chose, eau, manger?
Non, merci, tout dans le sac!! Ils repartent.
Au bord de la route, un refuge. J'ai veillé ici dans ma voiture, la nuit du 18 au 19 octobre 2005, de 4h du mat à 7h30. Il faisait -3 dehors. Face à ce refuge que je croyais être un chalet fermé, dans un semi coma, détruite par le froid, l'épuisement, et ... tout le reste.
Ce soir, je sais qu'il est là haut, 2.5km terribles plus loin. Ce lac qui m'a ramenée à la surface. J'ai du mal à me retenir, j'attaque la pente comme on la dévore. Le pourcentage qui s'affole et le poids du sac me calmeront vite.
La nuit tombe alors que je termine la pente forte, je mets ma lampe frontale.
La nuit tombe sur l'Ouest. Vue des hauteurs du Klagstein (910m je crois bien), avant la descente. Au loin, la petite lumière, c'est Bad Peterstal.
Premier problème: sur le sentier, un sapin énorme est couché en travers. De jours, on le contourne, et on revient sur le sentier.
De nuit, on le contourne (c'est très long un vieux sapin), et on tente de revenir sur le sentier. Là, un autre sapin...
En fait, il y a en aura une dizaine comme çà. Pas évident je vous le dis, de faire des détours parmi les arbres serrés, et de retrouver le sentier qui ici est minuscule, juste avec cette petite lampe sur la tête.
Croisement. J'attaque la descente pure, 1km environ, en 2 lacets très très caillouteux. De jour déjà on s'y tord les pieds, alors de nuit!
Soudain, comme ce matin du 19 octobre 2005, je quitte le sentier, pour prendre à gauche entre les sapins. Racines casse gueule, pente défoncée, je m'arrête là où j'ai passé des heures à contempler le lac enfoncé entre ses sapins 150m à pic plus bas. Je ne vois pas grand chose, un reflet. La lune me semble quasi pleine, mais elle est cachée par les arbres. Elle est rousse.
Je vais passer une nuit de pleine lune au bord du lac... Merveilleux.
Retour sur la descente, où je me traine pitoyablement: genou, cailloux, hiboux. non, pas de hiboux, mais très bobo genou et beaucoup cailloux.
En bas, il reste un peu de neige. Le couple m'a dit: la semaine dernière, ici, y en avait plein encore!
Décidément, çà tombe bien. De toute façon, j''avais consulté la météo, ma folie ayant des limites: celle de la survie.
Première photo au lac, la seule que je prendrai avant le retour (car nuit noire), éclairée par la frontale: mon pied, dans la neige, près du lac.
Je passerai sur l'émotion de me retrouver ici. Non que je n'ai rien à dire, mais çà ne se traduit pas par des mots. Entre ce coin là et moi, c'est plus qu'une histoire d'amour, ou d'amitié, ou quoi que ce soit "d'humain". Car cette histoire là, n'aura pas de fin.
Je viens d'effacer des lignes inutiles... Il n'y a que le silence qui explique ce qui me lie à cet endroit, et le silence est beau.
J'arrive près du sapin (qui n'en est pas un vrai, botaniquement parlant) dont je vous parlais. Droit, un peu isolé, avec des racines enchevêtrées à nu, près de la plage. Cet arbre là a été mon confident silencieux, et il m'a aidé, en silence. Cet arbre là, comment vous expliquer ce qu'il est?
Mon frère, mon ami (un vrai), mon alter ego. Tout. P'tain... Ce n'est qu'un arbre... (si vous saviez ce que çà fait mal d'écrire çà).
J'ai ouvert mes bras, je pose ma joue sur l'écorce toujours aussi rugueuse. Il sent bon la résine. Il me faut aller dormir, ou tenter de le faire. Je lui dit à demain, et aussi: je reviendrai après le Feldberg, je reviendrai, même si je dois rester ici juste quelques minutes...
Re- détour en direction de la cabane de bois qui est de l'autre côté du lac: en hiver, une mini cascade oblige à chercher un passage.
J'entre dans la cabane. Ici, çà s'appelle une Hütte.
Elle est très poussiéreuse, quelques cadavres de bouteilles dans un coin mais çà va. Les gens sont dégueu.
Elle a une porte et une fenêtre, au sens strict du terme, c'est à dire: deux ouvertures sur le lac. Mais aucune porte, et aucune fenêtre, si vous voyez ce que je veux dire.
Bref, j'ai un toit (avec des fuites) sur la tête, 2 murs (avec des fuites aussi) autour de moi (derrière et à droite), un 3eme largement ouvert par la fenêtre sans fenêtre (à gauche), et face à moi l'entrée sans porte.
Elle mesure environ 2m50 sur 2m50, peut être un peu moins. Mes pieds seront à 50cm du dehors.
Je déplie un bout de "plastique" léger (reste d'emballage de meuble en kit) prévu justement pour isoler de la saleté (du moins en partie) mon matelas. Et je déroule le matelas autogonflant.
Je vous explique ce que c'est?
Un rouleau de 680g, que l'on déplie, et qui mesure 1m80 sur 60 de large environ. On ouvre le bouchon, et c'est sensé se gonfler seul.
Mais ce matelas, comme tous les autogonflants, est un farceur...
Je l'ai acheté sur le Net, et il est de marque allemande.
Je devais donc lire, non pas "auto gonflant", mais Otto gonflant.
Je m'appelle Laouen, je ne partage pas ma hütte avec un mec s'appelant Otto, c'est pas de chance...
Mon matelas s'est gonflé légèrement, pour le reste, il me reste mes poumons.
Il s'agissait donc d'un matelas Laouengonflant. Remboursez!!!!
Gonflé, çà mesure 1cm d'épaisseur. En y laissant poumons et forces, peut être plus, mais crotte!! j'en ai besoin de mes forces.
Je déplie mon sac de couchage, et me demandant comment je vais faire pour le faire rerentrer dans son sac de compression (volume 7l) le lendemain. Neuf, c'est évident, mais quand il a déjà servi...
ET OUI. Je l'avoue: mon sac, mon matelas, tout est neuf, je n'ai jamais testé le matos, car reçu 3j avant le départ!!
Jamais testé le réchaud qui me servira demain soir non plus.
Et je continue mes aveux:
Marcher longtemps, j'ai fait. Faire du camping, j'ai fait.
Mais faire du trek en autonomie totale, avec couchage et bouffe dans le sac: JAMAIS.
Et j'ai choisi Avril, et l'Allemagne pour tester.
Vous me direz, çà aurait pu être Février et l'Himalaya, soyons positifs.
Je me couche. C'est dur!!!!!!!!!!
J'ai sur moi: tee shirt rando (tissus synthétique), tee shirt rando long, polaire très fine, veste thermique de cyclisme. Caleçon long moulant en coton, pantalon en coton lourd (pas acheté de pantalon spécial rando, léger et étudié pour). 2 paires de chaussettes. Un bonnet en polaire. Et dans mes poches: papiers, argent, appareil photo, téléphone, lampe frontale et piles.
Pourquoi? Avec ce froid, les batteries et autres piles vont se vider rapidement. Alors je marche avec et je dors avec, pour les préserver. Pas de prises électriques sur le Westweg...
En pleine nuit, je comprendrai (cerveau ralenti par le froid) qu'on ne dort pas avec des piles et un appareil photo dans sa poche!! Mégabobo quand on se retourne. Mégabobo aussi quand on les mets à côté dans le sac et qu'ils se retrouvent sous votre dos sans prévenir en bougeant.
Et je meurs de froid...
Parenthèse technique, que les initiés comprendront rapidement:
Un sac de couchage c'est un certain poids. Au plus il est cher, au plus il est léger, pour une même température de confort garanti.
Au plus il est cher et lourd, au plus cette température est basse.
Le confort, c'est: dormir sans souffrir du froid, et pas forcément au vent je précise... Car le vent transforme un 2 degrés en une "sensation réelle -5 par exemple).
Un sac pour expéditions grand froid (polaire et Himalaya), çà coute 300 euros, ou plus. Les sacs pour expé polaire, c'est plus.
De nos jours, la plupart des treks organisés le sont avec porteurs, alors le poids du duvet, les randonneurs s'en foutent!!! Et çà coute un max un trek organisé... 200 euros de plus ou de moins...
Moi, je marche à la dure, tout sur le dos, noméo!!
Je n'ai pas 300 euros à investir là dedans.
J'ai donc acheté sur le Net un sac de couchage Nordisk en matière synthétique (pas du duvet) pas cher (49euros!!!), lourd (1kg200)(on fait moins lourd dans sa catégorie de température, mais beaucoup plus cher, avec les caractéristiques suivantes:
température confort: 7 degrés
1ere limite : sensation de froid sérieuse, en position foetale: 2 degrés
limite extrême: hypothermie très sérieuse, mais on ne meurt pas: - 13 degrés.
Il fait moins de 2 degrés...
Je vais dormir par petits bouts de 1/4 d'heures à peu près... Pas plus d'une heure et demi en tout.
L'excitation...
Le sol terriblement dur malgré le matelas: l'herbe au camping, c'est plus souple que du bois!
Le bruit: et oui... vous croyiez qu'un lac de montagne c'est calme?
Et bien non!!
Vous connaissiez les oiseaux diurnes, et les rapaces nocturnes, chouettes et hiboux? Et bien il existe des oiseaux qui ne DORMENT JAMAIS.
Ce sont les canards sauvages. Toute la nuit ils canardent... Plus ou moins fort. Et il y a aussi un autre oiseau, de la taille d'une grive, nageant comme un canard, qui fait encore plus de raffut.
En fait, je m'en moque.... Je suis près du lac, la lune bien que cachée le fait briller... J'aurais bien passé la nuit à regarder, mais demain je marche, alors j'essaie de me reposer.
Mais il y a le froid... Comme une conne, je n'ai pas le courage de sortir du sarcophage pour enfiler un pantalon de k-way (prévu pour çà uniquement), et d'autres vêtements. Je verrai demain soir...
Je passe la nuit à attendre le jour.
A 5h30 je trouve le courage d'ouvrir la fermeture éclair. Je n'allume pas le réchaud, je testerai le soir. Je bois une petite bouteille de lait aux ferments dont je ne ferai pas la pub de chez D'âne - one, je mange un peu de muesli au chocolat, et j'essaie de faire mon sac.
Je vous le disais... Faire rentrer le sac de couchage dans son sac de compression, c'est l'enfer!!
Sans mentir, doigts gelés, je m'énerve, et çà me prend bien 45781323 tentatives et 20 minutes.
Dégonfler le Laouengonflant, c'est pareil: c'est censé se regonfler seul ce truc, bonjour le vice!!!
Va falloir faire des progrès rapide (ce sera le cas, une vraie pro).
6h10. J'ai ma frontale allumée, et j'hésite.
Entre filer droit vers le Sud vers le Felberg, comme prévu, et rester ici une semaine. Le lac frissonne et me pousse vers le Sud, je le remercie et lui dit au revoir.
6h30... Le jour se lève. Je marche, et j'ai déjà mal aux pieds...
Les mêmes hauteurs qu'hier soir (c'est l'Ouest), zoomées, au petit matin
La suite du récit en cliquant sur "ici"
ewigkeit, le retour(2)
Sifflotement de celle qui en a vu d'autres...
Me revoilà, beaucoup plus tôt que prévu.
Bête et conne, j'avais oublié que j'avais coupé le chauffe eau électrique en partant.
Résultat: une douche froide, une...
Je ne suis plus à çà près. C'était presque "confortable".
Je ne vais pas vous raconter mon voyage ce soir, trop long, et il faut que je mette de l'ordre dans mon récit à venir. Fâcheuse tendance à commencer par la fin...
D'ailleurs, c'est ce que je vais faire. Enfin presque.
Simplement pour que vous compreniez certaines choses.
Pour ceux qui n'étaient pas là en 2005, je suis déjà allée randonner en Forêt Noire, et j'ose l'avouer: c'était çà, ou le suicide (sérieusement).
Là bas, je suis entrée dans une autre dimension. Bref, allez lire mes récits d'octobre 2005, je ne peux pas résumer ce soir.
J'avais trouvé une photo sur internet, un lac, le Glaswaldsee, totalement par hasard. La photo m'a fascinée. Je m'y suis accrochée.
Garde fou?
Oui, j'étais folle. Je le suis toujours d'ailleurs.
Une après midi, tout proche du saut final, j'ai fait un sac en 1/4h, et je suis partie. 2400km rien que pour voir ce lac. Une semaine. Je dormais chez l'habitant, et chaque jour j'allais au lac à pieds (entre 10 et 35km selon le chemin) par un chemin différent.
Ne cherchez pas la signification du "pourquoi du comment du parce que", çà se ressent, çà ne s'explique pas.
Zut, je viens de résumer...
Un an et demi après, pas de grand saut prévu, je vais bien, je suis juste comme un oeuf brisé qu'on aurait recollé, la lumière passe à travers les fissures. Mais je me sens bien.
Une envie d'y retourner. Plaisir, pas "besoin".
L'angoisse que çà ne me fasse plus "le même effet"?
Non, pas du tout. Car ce coin là, j'ai murement réfléchi, c'est là que je désire finir ma vie, et pas que la finir si possible.
Pour plein de raison.
La montagne, le climat, la beauté du paysage, et aussi, pour ses habitants.
Ce soir, j'ouvre donc une parenthèse du récit, pour expliquer dans quelles conditions (mentales) je suis repartie là bas, et tenter de vous ouvrir les yeux sur quelque chose.
J'avais décidé, au départ, de faire une étape de 100km non stop, du Glaswaldsee jusqu'en haut du Feldberg, point culminant de la Forêt Noire (1493m). 120km exactement d'ailleurs.
Ceci, avant de décider sur un coup de tête de partir en Avril.
J'ai changé d'avis, bien avant d'être sur place et de hurler de douleur à cause du mal aux pieds (vous y aurez droit lors des prochains épisodes).
Car:
1) En Avril, les jours sont courts. Marcher 100km c'est 24h de marche en comptant les pauses à un super rythme, et marcher avec une lampe frontale sur des sentiers de montagne, ce n'est pas évident. (j'ai testé pour vous, je vous raconterai).
2) En Avril, il fait FROID. Et là vous vous dites? Froid? Mais ici, dans les Alpes, les Pyrénées, les etc, il ne fait pas si froid que çà non?
Pourquoi? Vous y avez dormi à la belle étoile? Testez...
Oui, ici, même à basse altitude (entre 600 et 1500m) il fait très froid la nuit. Climat continental, l'hiver est un enfer. -2 degrés à 14h mercredi, vous imaginez la nuit à l'air libre? Les autres jours ont été ensoleillés, mais les nuits restent glaciales.
Ici, la vie des "locaux" était terrible, des documentaire l'attestent, avant l'invention du tourisme vert.
D'une extrême pauvreté, le pays est passé à un état de richesse plus ou moins visible, ici on se fait un fric fou avec les touristes. Tout en ayant gardé le pays tel quel, aussi nature qu'avant je précise.
3) On ne marche pas 100km (ni 50, ni même la moitié) avec des chaussures de montagne neuves!!!!
Commandées fin mars, reçues 3j avant le départ. Rien n'était prévu, alors que faire? Partir avec les vieilles, à la semelle naze, qui prennent l'eau de toute part?
J'aurais eu des ampoules énormes (comme avec les neuves), moins d'échauffements (mon problème durant tout le parcours, j'en ai pleuré) mais elles n'auraient jamais passé le Feldberg. Car vous allez voir ce que j'ai vécu là bas! Je m'étais renseignée sur un forum de marche allemand: chaussures costaudes plus guêtres obligatoires. Les crampons alu d'alpinisme n'auraient pas été de trop...
Il me fallait du Goretex pour ne pas avoir les pieds gelés dès le premier centimètre de neige. Evident.
4) On ne marche pas 100km avec un sac à dos qui pèse un mort (pourtant j'ai fait mon maxi, je pouvais pas faire mieux, génial!) sauf si, je le répète, on est chargé (en dope) comme un mulet.
Un "mulet", en rando, c'est AUSSI le gars qui se porte un sac de 25kg avec rien que d"u lourd qui sert à rien dedans"...
Bref, avant de partir, je savais que je ferai mes 120km jusqu'au Feldberg, mais pas d'un trait, et pour AUCUNE des 4 raisons citées plus haut, ou du moins, SURTOUT pour la cinquième raison:
Si un jour je veux marcher 100km, ou 24 non stop, je le ferai, par exemple, autour de ma maison (torture mentale extrême), ou sur 100km pas franchement fascinants (faut du moral pour aller au bout).
Mais le Westweg (le nom du sentier que j'ai parcouru), c'est une merveille. Et plus que çà.
Car ce pays là, je l'aime. En automne, au printemps, sous la neige, sous la pluie....
Ce pays là, quand mes enfants seront grands et casés, j'irai y vivre.
ALORS IL N'EST PAS QUESTION QUE JE MARCHE 100KM EN REGARDANT MES PIEDS SANS LEVER LA TETE!
Et VOIR...
Marcher 100km, ce n'est pas VIVRE. C'est avoir un but: terminer ces putains de 100km.
Depuis longtemps, je n'ai plus de but: envie d'aller en haut du Feldberg? Ce soir? ou demain? ou une autre fois au cas où.. il ne partira pas le Feldberg, je le sais... Plus de but, juste du feeling.
Le seul truc qui pour moi était indispensable, c'était de revenir et de passer la dernière nuit là où j'ai passé la première, et d'où je suis partie. Du lac.
Autre parenthèse:
Pourquoi, en plus de la beauté de la montagne, j'aime ce pays?
Pour ses habitants.
Je vous l'expliquerai tout au long de mon récit, lors de mes rares rencontres avec des "êtres humains".
Mais il faut que je vous raconte l'épisode du jour.
Gare de Appenweier. Minuscule gare au milieu de rien, j'attends mon 2eme train, correspondance qui me mènera vers le 3eme, à Strasbourg.
Un groupe de retraités se prend en photo sur le quai. Sourires, gaieté de rigueur. J'ai posé mon sac, et je pose mes fesses sur une barrière de bois, assez loin d'une dame qui a l'âge de ma mère, pour ne pas l''importuner par mes éventuelles odeurs de transpiration.
La dame me regarde, et me dit (en allemand bien sur):
la place entre vous et moi est gratuite aussi.
Traduction: je suis vieille, mais c'est pas contagieux. Elle pense que je la fuis.
Je commence à parler, avec mon très très mauvais allemand... je suis française, désolée, mais...
Elle me coupe:
Ah!!! la France.... Entre la France et l'Allemagne, il y a toujours eu un espace qui jamais ne se comble. (ton désolé)
Traduction: elle a du naitre pendant ou juste après la guerre, et elle sait que la majorité des Français n'aiment pas les sales Boches...
D'ailleurs, avouez le: parmi vous, il doit y en avoir qui ont pensé: mais elle est allée faire quoi en Allemagne?
La Forêt Noire, c'est pas la Digue aux Seychelles, y a mieux!!!
Et l'Allemagne, c'est un pays froid, avec des Allemands en plus!!! Et ils sont rigides, pas commodes etc...
Alors oui, en Allemagne, comme ailleurs, y a des cons.
Mais jamais je n'ai été accueillie aussi bien que là bas. Et pas que par les commerçants qui en veulent à mon fric je précise.
Car avouez le aussi, parfois, en France, le commerçant, même si il en veut à votre fric, il ne vous dit même pas bonjour...
Et le client ne dit même pas bonjour au commerçant non plus...
Bref, sans même parler de "chaleur humaine", en France, la politesse c'est pas çà du tout...
Vous aurez droit à pas mal d'exemples, dont des trucs dingues, mais reprenons avec l'histoire de la dame et du groupe de retraités.
J'explique à la dame que "oh non que d'espace y en a pas, du moins pas pour moi, car je viendrai finir ma vie ici etc..."
Ah bonn? (ville allemande)
Vi. Et je continue: ce n'est juste parce que j'ai passé une semaine ici en forêt, c'est réfléchi.
La dame est heureuse, et le dit à tout le groupe qui se rapproche. Elle me questionne: vous avez fait de la randonnée?
Rapide résumé, sans me vanter, car je n'ai pas à me vanter du tout. Tant de km seule, dormi dehors sous des abris, neige parfois jusqu'à mi cuisses, heureuse... Très beau, merveilleux, etc.
Méééééééééé, seule??????????
Vi
Méééééééééé, pas peur?
Je tente d'expliquer: seule en ville, j'aurais peur. En forêt, j'étais vraiment seule!!!
Méééééééééééé, vous n'avez parlé à personne pendant une semaine?
Nan, quasiment pas.
Tout le groupe m'entoure.
Mééééééééééé, vous n'avez pas mal aux pieds?
Oh si!!
Ils veulent voir... Je leur montre. Hurlements! Une dame me propose des pansements, je lui dit que j'en ai déjà. Plus de place pour en mettre un seul.
On rigole...
Je ne saisis pas la totalité, mais je participe... Peur de rien, elle sort son pistolet, et boum dit un vieux monsieur en riant...
Tous me congratulent sincèrement, je ne comprends même pas pourquoi, je n'ai rien accompli de fabuleux (enfin... çà sortait de l'ordinaire quand même)...
Dans la discussion, j'entends un truc: "c'est des choses qu'on fait quand on est jeune, mais quand on vieillit hein...)
Nous continuons à discuter. La dame me dit: quand j'étais à l'école, j'ai appris l'anglais, mais il ne me reste plus rien...
Je lui dit: quand j'avais 18ans, moi aussi je parlais bien allemand... Mais à 40 j'ai tout oublié.
Ma voisine de siège tique: 40? vous avez 40ans?
Bah oui pourquoi?
Et c'est reparti: elle appelle tout le groupe, ceux à qui elle disait justement "quand on est vieux etc"..) Elle a 40ans!!!
Nooooooooooon!!!!!!
Mais si!!!!!!!!!!!!
Noooooonnnn!!!!
Bon ok, je fais plus jeune, je suis vêtue comme une sauvageonne, mais quand même pensais je...
J'éclate de rire, je baisse la tête et je leur dit: regardez mes racines blanches!!! (car quand on part faire un trek en solitaire, on ne va pas rencontrer George Clooney, alors on oublie la teinture fraiche et l'épilateur électrique pour les jambes).
Hurlements de rire des dames, toutes bien habillées et bien coiffées.
Ma voisine me prend le bras, et me dit: je vous souhaite bonne chance, pour aujourd'hui, et pour tous les jours de votre vie.
P'tain... Je vous jure, çà fait bizarre...
Dans les yeux de ces gens, je comprends qu'ils ont peut être compris. Que je suis passée certainement par des caps à doubler où j'ai manqué sombrer. Où j'ai sombré. Où j'ai refais surface, autrement.
Et puis... non, ce sont tout simplement des gens qui aiment les autres, qui sont chaleureux, rien de plus. Mais çà, çà devient rare...
Nous montons dans le train. Je m'isole, je les laisse entre eux.
Ils descendent à Kehl, avant la frontière, pour prendre un autre train.
Ma voisine de toute à l'heure s'avance, et me tend la main: elle me donne un oeuf de Pâques bleu, peint à la main. Joyeuses Pâques me dit elle, me fait une 'tite caresse sur la joue, et me serre la main. (ici Pâques est une vraie fête, les jardins et les maisons sont décorés)
Une autre me serre la main, et une autre, et un autre, et tout le groupe... J'hallucine, l'oeuf dans la main, c'est fou ce que ce geste me touche.
Le reste du wagon ne doit rien piger au film...
Et qu'on ne me dise pas le contraire: en France, si vous voyez quelqu'un qui ressemble à un routard, sale, mal coiffé, look sdf baroudeur, vous lui offrez des oeufs de Pâques en le serrant dans vos bras?
Non.. vous passez devant sans regarder, et sans respirer.
Mais je n'ai pas le regard de celui qui n'a rien... Je me me sens... intense.
A bientôt peut être alors, quand vous vivrez ici me disent ils.
Une dame rebrousse chemin et me dit: vous avez besoin de calories, joyeuses Pâques!! Elle me met une petite tablette de chocolat noir dans la main. Je croque dedans, comme si c'était le meilleur chocolat du monde. D'ailleurs, çà l'est.
Je les salue, ils me saluent, le train repart...
Le Rhin.
Là, depuis 5h30 ce matin qu'elle est coincée, la larme se libère enfin et coule sur ma joue gauche. Je ne peux rien faire du tout, tant pis pour le reste du wagon.
Le jeune homme d'en face, tourne la tête, surtout faire celui qui n'a rien vu...
Voilà.
Pour vous qui lisez, cela ne "parle pas". Mais je vous le dis: il ne faut pas s'arrêter sur des visions figées... Sur les on dit, les conneries du passé...
Là bas, il n'y a pas que la forêt.
Et ce n'est pas parce que j'ai passé une semaine absolument seule que j'ai apprécié plus que ce qu'il aurait fallu ces 40 minutes avec ces gens là.
Dès mon arrivée, j'ai rencontré des gens géniaux, je vous en reparlerai... Des rencontres qui ne durent que quelques minutes, mais qui vous font dire: l'être humain est simple/bon/sympa.
Parfois...
Je vais me forcer à aller au lit. Je n'ai pas sommeil.
Euh?
C'est quoi un lit?
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