26 mars 2007
GRP (gravement ras les pieds) 6/X
Dimanche matin. Je me lève, il est déjà plus de 7h30. Hier soir, au lieu de mettre ma vieille montre à sonner à 7h10, je l'ai mise à 7h10 du soir.
Se mettre debout semble possible, marcher, un peu moins. Les ampoules sont superbes, je les couvre de pansements compeed, en sachant que dans une heure mini ils ne serviront à rien car l'eau les aura transformé en chewing gum collant à la chaussette trempée et gluante de boue.
Je petit déjeune, de crèpes, de confitures et de miel.
Au diable l'heure! Je m 'en tape complètement, foutu pour foutu, je préfère manger convenablement.
Je fais et je refais mon sac 50 fois, mais il reste lourd. Un peu moins d'eau, moins de nourriture, c 'est déjà un progrès.
J'ai changé de pantalon, l'autre n'est même pas bon à jeter aux ordures, il pue, il pèse une tonne tant il est boueux.
Quand aux chaussures, ce n'est pas racontable. Rentrer mes pieds là dedans? C'est gluant, puant, trempé, informe.
J'ai apporté avec moi ma paire de chaussures de trail.
Seul problème: elles me vont bien quand mes pieds sont secs, non gonflés, et en bon état.
Dès qu'il s'échauffe, elles sont trop serrées, et la marche devient infernale. J'essaie de les mettre, je n'arrive même pas à rentrer dedans, mes talons me font hurler.
Oui mais les autres sont vraiment immettables.
Je choisis de forcer mes pieds à rentrer dans les tiges basses, et je vais passer 5h45 à le regretter. 300mètres après le départ mes pieds seront déjà trempés et boueux. Mais l'idée de les plonger propres dans mes godasses immondes me paraissait à vomir.
Avant de partir, je triche: je laisse dans un sac poubelle mes chaussures pourries, et mon pantalon sale. 2kg de moins dans le sac. Sinon, avec la boue et l'eau, il aurait été plus lourd qu'à l'aller. Je ferai un gros détour tout à l'heure en voiture pour revenir les chercher.
Et je reprends le GRP, direction Trudeau. Départ par 300m de pure pente, puis un adorable bourbier qui vous casse le moral en mille morceaux, comme si ce n'était déjà pas le cas. Je boite atrocement, mais le dos tient le coup.
Très très belle partie du GRP, vraiment.
Et totalement impraticable actuellement, y mettre ses pieds est un enfer.
Venez, mais attendez les beaux jours, vous ne le regretterez pas.
Première halte, et premier détour, le chêne des Hindres.
C'est un chêne sessile, ou chêne rouvre. Non, il ne se ré-ouvre pas dès le 1er avril comme le GRP, c'est son nom.
Ok, je sors...
Le panneau indique: hauteur 23m, circonférence à 1m30 du bas (c'est précis) 5m07.
Le chêne est entouré par une cloture imposante. Ses branches sont très longues, il couvre une sacrée superficie, il est donc impossible d'approcher de l'arbre.
Raison invoquée: il est vieux ( 4 ou 500 ans) et ses branches seraient cassantes. C'est vrai, j'ai remarqué de nombreuses branches mortes. Mais avec un élagage sérieux des parties mortes, l'arbre serait fort, comme.. un chêne.
Je pense que c'est plutôt pour le protéger des connards vandales, car contrairement au hêtre de Ponthus ce chêne se situe en forêt domaniale de Paimpont, sur un sentier balisé, et est très bien indiqué.
Bruine légère, lumière misérable, les photos sont minables:
Derrière le chêne, quand on arrive du sentier, un étrange emplacement rond, recouvert de feuilles, que seul un oeil averti remarque:
Ceci est le reste d'une fouée, ou meule, de charbonnier.
Non, pas une mine de charbon!
Une fouée, c'est en gros, un énorme tas de bois de chêne de préférence, 10 à 15 cordes de bois (une corde = 3 stères) en rondins entassés, que l'on fait bruler à couvert pour faire du charbon de bois.
C'est par exemple très bien expliqué ici
Aucune des photos du grand chêne ne rend sa majesté. Mais, à ses pieds pousse un houx, et un jeune hêtre qui a encore conservé son feuillage roux automnal.
J'ai aimé ce contraste entre la rousseur du jeunot (qui doit déjà être plus grand que moi!), et l'énorme tronc du vieux chêne.
Photo fortement zoomée:
Et je vous dis: ces deux arbres là... Ils me réconfortent de l'intérieur.
Mais mes pieds vont de plus en plus mal... je ne vais pas gémir sur ce blog à chaque ligne. Voici quelques photos en vrac de la forêt, je n'avais plus le coeur à chercher le beau cadrage ou tout simplement la merveille à immortaliser.

La forêt n'est jamais noire, jamais... Je le dis, je le confirme, même quand on se retient de hurler tant on a mal aux pieds! :-)
Proverbe du marcheur sur le GRP: quand le sentier semble "à peu près propre", c'est que cela ne va pas durer.
Là, çà commence à peine à se dégrader, c'est juste dégueu, mou, et collant.
Ensuite, je ne pouvais plus sortir l'appareil, j'étais trop occupée. Mode économique, concentration, ne pas péter un plomb, ne pas hurler, çà ne servirait à rien.
Sur la carte, le lieu traversé se nomme Bouroux.
600 mètres. 22 minutes. Sans commentaires...
A Trudeau, j'ai craqué. J'ai modifié mon parcours, courcircuité la chose de 5km pour ramener le circuit prévu à 25 bornes, car j'étais à moins de 4km/h!!!
Alors, il m'a fallu, raison de vie ou de mort (vous voyez l'auréole sur ma tête?) emprunter à nouveau une ligne très privée, et fortement signalée comme telle, par des panneaux.
Ligne qui n'en finissait pas...
Du genre:

ou çà:
Là, j'ai voulu me coucher sur les tas de bois et attendre de me transformer en charbon, recouverte de feuilles... :-)
Tout au bout de la ligne droite, les Forges de Paimpont. Et encore une fois... Non, je ne vais pas recommencer avec mes coups de gueule!!
Bah si.
Il existe une variante du GR37 qui débouche sur cette ligne interdite. Elle n'est ouverte qu'à partir du 1er Avril.
J'arrive à la Fenderie, ancienne scierie, et je me trouve nez à nez avec un portail assez haut, aux barreaux verticaux, et un grillage à maille serrée (impossible à escalader sans l'abimer).
Damned!!! Bien fait pour moi, mais ce n'est pas deux portaux (ils sont deux) qui vont m'arrêter!!
Je jette les batons par dessus, je hisse l'énorme sac à dos que je fais basculer de l'autre côté, et je commence à tenter de me faire basculer moi même.
Courbaturée et épuisée comme je l'étais, je ne vous raconte pas la partie de plaisir!!
J'ai posé le pied sur une charnière, tenté de passer une jambe (trop courte vu la hauteur) par dessus le portail. Avec peine j'ai réussi à me mettre à cheval dessus, puis à sauter de l'autre côté en pensant très fort :" aïe, mes talons"...
Si à ce moment, un propriétaire belliqueux m'avait surpris, et avait ouvert la bouche.. je crois qu'il aurait été surpris par ma réaction. Une vraie bête fauve la Laouen, quand elle est au bout du bout du bout...
En avançant vers les Forges j'ai eu l'agréable surprise de me trouver assez près du Pavillon pour pouvoir zoomer sur ceci:
Et en marchant sur le kilomètre de bitume qui me séparait de l'entrée de la vallée de l'Aff, j'ai pris deux photos des maisons ouvrières des Forges, et tant pis pour la propriété privée etc...
L'état des maisons se passe de commentaires!
La première est habitée. Hallucinant. Et encore, la branche d'arbre cache le bordel fouillis entassé devant la maison.
La deuxième non, car ni porte ni fenêtres, mais le toit en bon état laisse présager une future restauration.
Je vous laisse digérer tout çà avant le dernier épisode, un vrai chemin de croix sur 10km de pourtant pure merveille (boueuse)...
Quelque chose à dire?
Superbe
Merci de toutes tes photos la forêt est vraiment superbe même en hiver, je me doute de ton calvaire mais quelle récompense, pour certains c'est l'océan d'autres la montagne, je suis un fou amoureux de la forêt des ses odeurs de ses bruits... Merci tu m'as fait rêver...
Allez-y: lachez vous!
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