26 mars 2007
GRP (gravement ras les pieds) 5/X
Note de Laouen:
Tout ce qui va suivre, je l'écris pour vous relater les faits, et surtout pas pour étaler ma soit disant "force physique ou morale", et encore moins pour me faire plaindre, ou pour que vous fassiez des commentaires du genre "oh! quelle exploit, quelle femme" etc...
Vous avez bien sûr le droit de l'écrire (roooooo çà fait du bien), mais très loin de moi l'idée de me vanter, car j'ai vécu cette journée comme une défaite perso.
Je n'étais pas obligé de faire ces conneries, si je les ai faites c'est que je voulais les faire, je ne suis ni à plaindre, ni à applaudir.
Je suis tout simplement têtue... et conne!! :-)))
Je vous disais donc que j'allais vous prouver définitivement que j'étais irrémédiablement et totalement folle.
Non, je mets un bémol.
J'ai été tout de même raisonnable, dans un sens...
300 mètres après l'étang de la Marette, je passe devant... mon gite.
Il est tard. J'avais prévu de faire... 27km de plus!
A l'allure moyenne à laquelle je marche, çà me fait rentrer au gite à 23h, pas moins.
Je suis dans un état proche de l'épuisement total. Sous les pieds, je n'ai pas besoin d'ôter mes chaussures pour le savoir, j'ai deux superbes ampoules sous les talons, et une sous la plante du pied gauche, ceci malgré les protections.
Chaque pas devient terriblement douloureux. On a beau avoir un moral "au dessus de pas mal de choses", le mal aux pieds est quelque chose de lancinant, qui vous ronge jusqu'à vous détruire. un Rambo en pleine forme finirait en pleurs, comme tout le monde.
Ajoutons à cela, mon dos. Deux poignards enfoncés dans les épaules, voilà ce que je ressens.
Les heures passant, à tout ceci s'est ajouté une fatigue musculaire intense, et le début (puis l'amplification) de douleurs ligamentaires, articulaires et autres. Hanche gauche, ligaments du genou droit, je traine littéralement les jambes au lieu de marcher, raide, boitant, je suis pitoyable.
J'ai compris qu'il me faudra renoncer à l'aller retour à la chambre au Loup, et au tour de l'étang de Tremelin.
Rien n'est impossible: j'ai dans mon sac une lampe frontale qui peut permettre de marcher de nuit. Mais sur sentier très bien balisé (c'est très loin d'être le cas), pas garnis d'ornières et de bourbiers qui vous font vous tordre le pied à chaque pas en plein jour, sans les escarpements rocheux à escalader (vraiment de la grimpe à un endroit!) de la Chambre au Loup.
Et... en étant en forme, ce qui est très loin d'être le cas.
La mort dans l'âme, je renonce. Mais...
Je suis têtue, terriblement têtue, alors, connement, mais alors connement, je vais continuer le sentier, et vers 19h, je ferai demi tour, pour revenir sur le gite, en m'aidant peut être de la frontale sur la fin.
Je ne le sais pas encore, mais les 6km qui arrivent sont une vraie catastrophe, style "marécages de la guerre du Vietnam, version bretonne".
Là, vous vous dites: elle est bonne à enfermer!!
Bah oui, je l'avoue. Je vais marcher pour rien, même pas pour le plaisir, sur un sentier qui n'a aucun interêt, pour aller nulle part, juste pour faire demi tour au prochain hameau et revenir.
Au fond de moi, je m'en veux de devoir renoncer aux 70-75km prévus, alors c'est peut être une punition que je m'inflige, je ne sais pas. Ou plus simplement la volonté inébranlable d'aller au bout de ce que je peux atteindre, et même un peu plus loin.
Je vis ce moment comme une défaite intense, même si c'est une réaction ridicule, j'en conviens.
La boue, le sac, les imprévus ont eu raison de moi.
Pauvre idiote que j'étais! Croire qu'en 12h j'aurais bouclé entre 70 et 75km! Mais comment, dans cet enfer boueux, avec un sac plein à dégueuler, tenir 12h à 6km/h sans s'arrêter une seconde hein?
Je savais bien avant de partir que ce n'était pas possible, mais j'ai tenté quand même.
Je m'engage sur le sentier qui mène à un lieu dit nommé "Le Perray". Etonnant, mais la boue et les ornières défoncées ne m'abattent pas plus. D'ailleurs, plus, est ce possible?
Je me contente de regarder, et d'enregistrer, car quand je repasserai par là la visibilité sera quasi nulle.
Au plus j'avance, au plus çà se dégrade, j'ai bientôt de la boue jusqu'à mi mollets. Mais...
Je rejoints une route qui n'en finit pas, le Perray est au bout.
J'avance, les yeux rivés sur ma montre.
Soudain, j'entends un véhicule arriver lentement à ma hauteur. Le conducteur baisse la vitre, et me demande: "bonsoir, vous êtes perdue"?
Il est presque 19h, le soir tombe, je suis seule, en pleine brousse, plus du tout lucide. Je pense à des trucs idiots, genre guet apens, chassant rapidement cette idée. Mais bon, on ne sait jamais, même avec quelqu'un qui a l'air fort sympathique.
Je réponds, et c'est l'exacte vérité: "non non, çà va, je ne suis pas perdue".
Le conducteur semble etonné. Je pense: il est tard, il doit se demander ce que je fous là, sachant qu'il n'y a aucun dodo en vu, sauf le gite 5km derrière moi.
Je continue...
Au loin, je vois le fourgon faire demi tour, et me croiser. J'avance.
Il est 19h, je pose mon sac, j'ai rempli le contrat passé avec moi même. Pause de 7minutes exactement. Le soleil baisse, baisse...
Me lever demande un effort surhumain. Je titube, comme une vieille femme saoule. Un pas, un autre... J'ai sorti la frontale du sac. Maintenant, je ne peux plus reculer, le gite est à 1h de marche, si je ne traine pas.
Je ne peux pas marcher sur les talons, car j'ai trop mal, je ne peux pas marcher sur la pointe des pieds, car j'ai trop mal aussi. Mais je ne peux pas marcher sur les mains non plus, alors il faut bien avancer.
Je vais, en serrant les dents, avancer bien plus vite que ce que je pensais être capable de faire. Le soleil est couché depuis longtemps, visibilité quasi nulle, j'ai les yeux fixés sur les arbres, ne pas rater une balise, et en même temps sur les ornières, ne pas me fraiser la gueule...
Je me dis, encore 10 minutes et tu n'y verras plus rien, cravache, avance...
Et j'arrive à la route, à la nuit.
Encore 500mètres peut être, en côte, et c'est le gite. Je passe devant les écuries, et je vois, dans un box du garage, le fourgon qui m'a croisé tout à l'heure.
Là, je n'ai même plus la force de rire, mais je le fais intérieurement.
Bien plus tard, le propriétaire me dira: des randonneurs sur le GRP en mars, y en a pas. Des femmes seules qui randonnent sur le GRP en mars, encore moins. Alors, quand je vous ai vu, je me suis posé des questions. C'est sur!! j'étais dans la direction opposée au gite, c'était illogique!!
Si il s'était présenté, en tant que proprio du gite, j'aurais craqué, je serais montée dans le fourgon.
Il ne l'a pas fait.
Et maintenant que j'ai digéré mon "échec", je suis bien contente qu'il ne l'ai pas fait, car je suis allée plus loin que mes forces.
Je sais désormais que mon projet de faire 100km d'un trait en moins de 24h avec un sac à dos lourdement chargé, et en montagne svp, est quasiment irréalisable.
On ne marche pas avec un sac de 65l chargé comme on marche à vide.
Mais... Je le tenterai quand même, et qui sait, je trouverai peut être la force en chemin...
Les derniers mètres je les monte au ralenti. Arrivée devant la porte du gite, je m'assois dans les cailloux, et je tente d'ôter mes chaussures.; Elles pèsent une tonne. Je ne peux pas rentrer dans le gite aussi sale. Mon pantalon est recouvert de 5mm de boue jusqu'au niveau des genoux, je le retrousse car je ne peux pas entrer dans le gite en boxer tout de même!!
Je reste 10 minutes assise, tentant de trouver la force de me lever, et je pousse la porte.
Là, le proprio point d'interrogationne: mais je me suis arrêté tout à l'heure etc...
Je tente de lui expliquer le truc, défi perso, etc... Il doit me prendre pour une échappée de l'asile.
Sa femme arrive, je recommence mon récit: j'ai marché plus de 60km, je suis raide, sac trop chargé etc...
Je file enfin dans ma chambre. Là, je pose le sac, je regarde le lit. Je m'assieds sur le bord, enlève mon pantalon dégueu en prenant 1000 précautions pour ne rien salir, et au lieu de m'allonger sur le lit, je me lève, m'accroche aux meubles car la douleur est intense, et je me couche par terre.
J'ai si mal au dos, que seul un sol dur et frais peut tenter de me soulager. J'essaie de me mettre à l'équerre contre un mur, jambes en l'air, pour faire circuler le sang dans l'autre sens, mais mes jambes restent crispées. Je reste ainsi 15 ou 20 minutes. Le téléphone sonne, je me traine par terre pour le saisir.
Mes pieds sont dans un état atroce.
Aller à la douche me semble aussi dur que courir un marathon, j'ai froid.
Enfin propre, je me jette sur mes provisions du soir:
Je touille un immonde mélange au "gout soit disant chocolat", à base de 3 mesures de maltodextrine (sucres lents) et 2 mesures de protéines insipides. C'est totalement immangeable, à vomir, mais c'est ce qui est recommandé après un effort intense et surtout prolongé. Sucres lents pour les réserves, et protéines car les muscles ont besoin d'être reconstitués.
Un peu de nouilles froides gluantes, cuites de la veille, du jambon, un bout de fromage, du chocolat.
Et je me couche.
Je sais que demain sera pire encore. 30 km de prévus, avec des pieds dans cet état... Il va bruiner. Et comble de l'horreur, je viens d'apprendre que l'on change d'heure cette nuit.
Laouen, tu n'est pas une randonneuse experte, tu es une sous marcheuse!!
çà signifie, qu'au lieu de décoller à 7h30, tu attendras une heure de plus que le jour soit levé! Tous mes projets du dimanche sont à l'eau. Je pense arriver à ma voiture à 13h, je ne sais pas encore qu'il me faudra 2h de plus...
Muscles bouillants, douleurs généralisées, j'avale un décontractant musculaire pour tenter de dormir un peu, et je finis par sombrer.
J'ai marché à peu près 12 heures, je ne sais même plus. Et j'ai été ridicule (enfin, pour moi)...
Quelque chose à dire?
oulala....
franchement tu es zinzin!!!!
:))))))
mais ..te connaissant bien...
enfin...un peu plus que les autres..
:)))
je te comprends totalement...
tu es logique avec toi même
et il n'y a rien d'inutile dans cette "conquérance"...ni aucune defaite ou echec...!!!
c'est quand même plus "admirable" de faire une moins longue distance dans des conditions epouventable,qu'une tres longue distance dans des conditions idéale..
non???
:))
tout à fait: il faut simplement avoir dormi une nuit, et fait le tri dans sa tête pour s'en rendre compte.
le jour même, seule la défaite apparait
Pourquoi ?
Tu ne t'engages pas dans l'armée, à Coet, ils t'auraient poussée et t'aurais réussi ton pari contre toi-même.
Allez engage toi Laouen !
Va te faire enfermer avec des militaires, t'as déjà les vêtements....
Fastoche !
!-)))))
non, le contraire!!!!
tu sais quoi?
j'ai fait des recherches sur le Net! mais je suis bien trop vieille, bien sûr
snif
et tu sais quoi aussi?
je suis tombée par hasard sur le site d'un jeune soldat, avec plein de jolies photos de parcours du combattant, marche forcée etc.
il explique, avec humour, avoir du "gérer une population hostile", j'étais morte de rire!
par contre, quand il parle de marche forcée de 15km, là, je suis plus que morte de rire!!
15km, pfffffff!!!!!!
ce sont les soldats de Coetquidan qui devraient s'engager chez Laouen!!!
:-))
Conquérance, Mélusine ? Moi je vote pour "Conquéritude" MDR.
Laouen, tu es un être de défis. C'est ce qui porte loin. Et plus haut.
Bises.
As-tu reçu mon mail ?
euh? Nijenn, si tu as écris à l'adresse indiquée sur le blog, je ne sais pas si je vais pouvoir le lire: çà fait plus de 6 mois que je n'ai pas ouvert cette BAL, je ne me souviens du plus du mot de passe, et elle a du exploser vu le nombre de spams en 6 mois.
je tente, sinon je t'envoie mon adresse, la vraie, par mail
Ben tu as été au bout de ce que tu pouvais faire quand a savoir si tu es folle ou trop butée je crois juste que c'est ta façon de faire et donc ca se respecte tout simplement même si je crois que je n'aurai jamais pu en faire autant !
La volonté ca peut se montrer utile ;o) En tous cas j'aime la façon dont tu le racontes !
je viens de lire ceci sur un forum de randonnée:
il y a pire que de ne pas avoir réussi: c'est de ne pas avoir essayé.
cette phrase me colle aux chaussures!
Allez-y: lachez vous!
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